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Hommes politiques, société civile, monde artistique, tous avaient répondu à l’appel du Président Macky Sall aux premières heures de la lutte contre la pandémie de coronavirus. Quelques mois et 1 000 milliards de francs Cfa de budget plus tard, le rappeur Kalif diagnostique une diversité de motifs à cet engagement. Dans son single «Covid 20», il met en garde contre le manque de transparence et les manœuvres autour de cette manne financière.

Aux premiers jours de la pandémie de coronavirus au Sénégal, le Président Macky Sall avait organisé une série d’audiences avec les forces vives de la Nation. Hommes politiques, société civile, monde artistique, chacun avait répondu a l’appel du premier des Sénégalais pour barrer la route à l’ennemi commun. Près de trois mois après, cette unité a commencé à voler en éclats. Les 1 000 milliards destinés à financer la lutte contre la pandémie sont devenus un enjeu politique majeur. C’est cette situation que le rappeur d’UnderShifay, Kalif, a décidé de dénoncer dans son dernier single. Covid 20 est un pamphlet qui, plutôt que de verser dans la sensibilisation aux gestes barrières comme des dizaines d’autres artistes l’ont déjà fait, a choisi de s’attaquer à ce «corona business» qui risque petit à petit de saper les efforts déjà faits pour vaincre la maladie. Selon Kalif, Covid 20 cherche à aller au-delà. «Covid 20 vient après une autre chanson qui parle de la pandémie elle-même. Covid 20 ne veut pas dire qu’il y a un autre virus, une autre maladie. Il parle plutôt de la politique qui accompagne cette maladie au Sénégal. Le Président a décrété l’Etat d’urgence et mis en place le Force-Covid-19 avec 1 000 milliards de budget. Ma chanson, je l’ai focalisée sur cette politique qui est censée combattre la maladie», explique-t-il par téléphone. Dans son single, le rappeur de Guédiawaye dénonce les dérives notées autour de la lutte. Il fustige notamment la précipitation avec laquelle certains artistes sont allés répondre à l’appel du Président. «Des gens se sont sentis visés par ce que j’ai dit, parce qu’après on les a accusés d’avoir reçu 500 millions du Président. Je n’étais pas au courant, mais du moment que j’ai fait un son dans lequel je dis que tout le monde s’est bousculé au Palais parce qu’ils ont entendu parler de milliards, il y a quelques artistes qui se sont sentis visés et certains m’ont même appelé pour proférer des menaces», raconte Kalif.

Transparence
Covid 20 est une chanson engagée dans laquelle l’auteur pointe du doigt des manquements dans la gestion des fonds destinés à lutter contre la pandémie. «Au moment où je faisais cette chanson, je savais qu’il y aurait beaucoup de bruit autour de ces fonds. Et je dis même dans la chanson qu’après la pandémie, beaucoup de millionnaires vont émerger. Il y a beaucoup de gens qui vont s’enrichir de cette maladie», dit-il en se demandant si ces 1 000 milliards seront donnés aux personnes à qui ils sont destinés. «Il n’y a pas suffisamment de garanties quant à la bonne gestion de ces fonds. Ce n’est pas assez transparent, et actuellement les gens s’embrouillent. Il y a des grincements de dents des médecins, de la population qui n’a toujours pas reçu l’aide alimentaire promise», poursuit-il. Selon Kalif, il y a des zones d’ombre alors que la population a besoin de transparence. «Ce qui est grave, c’est que si ça continue comme ça, la population va commencer à remettre en question l’existence de cette pandémie ou sa gravité», se désole l’artiste qui rapporte que dans certains postes de santé, des cas sont déclarés positifs pour bénéficier des aides. Kalif dénonce également les politiciens qui utilisent cette maladie pour faire leur propre promotion. «Dans un premier temps, j’avais fait un son, avec quelques artistes de mon label Dme, sur la sensibilisation avec les messages clés sur les gestes barrières. Après, on a vu qu’il y en a eu des dizaines d’autres. Du coup, les gens savent maintenant comment se protéger de cette maladie. Mais moi je vois plus grave. D’accord, la maladie est là, les blouses blanches se sont retroussées les manches pour combattre la maladie. Les artistes ont sensibilisé, mais la politique qui accompagne cette pandémie est encore plus grave que la pandémie elle-même et je pense que nous sommes tous en danger par rapport à cette politique», indique-t-il.

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