PARTAGER

Le Sénégal est depuis minuit en Etat d’urgence. La décision a été prise hier par le président de la République à l’occasion d’un Message à la Nation pour lutter contre la propagation du Covid-19. Le chef de l’Etat a annoncé 1000 milliards de francs pour soutenir les entreprises et 50 milliards de francs en vivres pour secourir les ménages démunis.

«Ce soir, mes chers compatriotes, et je vous le dis avec solennité, l’heure est grave.» Face à une situation exceptionnelle, le chef de l’Etat a pris des mesures exceptionnelles avec surtout l’instauration de l’Etat d’urgence. Dans la lutte contre le Covid-19, qui s’est propagé dans 5 des 14 régions du Sénégal, Macky Sall a pris des décisions tendant à faire reculer la progression de cette pandémie qui touche aujourd’hui plus de 140 pays au monde. Deux décisions circulaient dans les tuyaux du Palais : le confinement ou l’Etat d’urgence. Face à la difficulté à concrétiser la première décision dans une société qui vit au jour le jour, le Président Sall a opté pour la seconde.
Cependant, il s’est empressé de préciser que ces mesures sont évolutives par rapport à leur efficacité. «La vitesse de progression de la maladie nous impose de relever le niveau de la riposte. A défaut, nous courons un sérieux risque de calamité publique. En conséquence, en vertu de l’article 69 de la Constitution et de la loi 69-29 du 29 avril 1969, à compter de ce soir à minuit, je déclare l’Etat d’urgence sur l’étendue du territoire national», a décrété le président de la République hier à l’occasion d’un Message à la Nation. Selon Macky Sall, «1561 personnes en contact avec la maladie sont présentement suivies et seront désormais confinées dans des réceptifs hôteliers par le ministère de la Santé et de l’action sociale». D’après lui, les 71 malades sous traitement se trouvent dans «4 arrondissements de Dakar, ainsi qu’à Mbao, Yeum­beul, Guédiawaye, Rufis­que, Tou­ba, Mbour, Thiès, Popen­guine, Saint-Louis et Ziguin­chor».

Couvre-feu de 20h à 6h du matin, à partir d’aujourd’hui
En clair, cette mesure trouve sa source dans la loi sur l’Etat d’urgence. Elle donnera, en particulier aux autorités administratives compétentes, le pouvoir de réglementer ou d’interdire la circulation des personnes, des véhicules ou des biens dans certains lieux et à certaines heures. Aussi, il sera interdit à titre général ou particulier, tous cortèges, défilés, rassemblements et manifestations sur la voie publique. De plus, Macky Sall a donné l’ordre de la fermeture provisoire des lieux publics et lieux de réunions. De plus, le chef de l’Etat interdit à titre général ou particulier, les réunions publiques ou privées de quelque nature qu’elles soient, susceptibles de provoquer ou d’entretenir le désordre.
Ces mesures sont assorties d’un couvre-feu sur l’étendue du territoire national, de 20 heures à 6 heures du matin. «Une limitation, et au besoin une interdiction, sera imposée au transport de voyageurs de région à région», ajoute le Président Sall. Ce dernier ordonne aux Forces de défense et de sécurité «de se tenir prêtes en vue de l’exécution immédiate et stricte» des mesures édictées sur l’étendue du territoire national. «L’Etat d’urgence que je déclare aujourd’hui n’est pas une fin en soi. Il ne s’agit pas également d’arrêter l’activité économique. Il répond à un péril imminent si nous ne redoublons pas d’effort», justifie le chef de l’Etat. A l’en croire, «l’Etat d’urgence nous donne les moyens de renforcer nos rangs et d’intensifier nos efforts de lutte pour vaincre notre ennemi commun».

«Si nous continuons de faire comme si de rien n’était…»
Ainsi, Macky Sall appelle ses concitoyens à changer de comportement à travers une conscience nationale. «Je rappelle que le virus porteur de la maladie ne se déplace pas de lui-même. Il circule à travers les personnes qui le portent, qui le déposent dans différents endroits et qui le transmettent ainsi à d’autres. Par conséquent, en limitant nos déplacements et nos rassemblements, nous arrêtons la circulation du virus. Si nous le faisons, nous avons la chance de gagner le combat contre le Covid-19», signale-t-il.
Par contre, prévient le Président, «si nous continuons de faire comme si de rien n’était, le virus va se propager de façon encore plus massive et plus agressive». Par conséquent, dit-il : «Malgré leur dévouement, nos personnels de santé seront alors débordés et ne pourront plus contenir la situation. C’est le pire des scénarios. Nous ne le souhaitons pas.»
Par ailleurs, l’Assemblée nationale sera saisie d’un projet de loi habilitant le président de la République à prendre, pour une durée de trois mois, des mesures relevant du domaine de la loi, afin de faire face aux impératifs d’ordre budgétaire, économique, social, sanitaire et sécuritaire de la lutte contre le Covid-19. «Dans ce cadre, j’ai déjà entamé les consultations avec les Institutions de la République. Je les poursuivrai demain avec l’opposition parlementaire», annonce le chef de l’Etat. A ce titre, Idrissa Seck, Ousmane Sonko, Khalifa Sall, entre autres opposants sont annoncés au Palais aujourd’hui.

1000 milliards de francs en soutien aux entreprises et 50 milliards en vivres pour les ménages démunis
Macky Sall se dit également «soucieux» des effets de la crise sur l’Economie nationale et sur les Sénégalais. Ainsi pour en atténuer l’impact, le président de la République est revenu sur la création du fonds Force Covid-19 annoncée lors de la réunion du Conseil des ministres de la semaine dernière. «Force-Covid-19 sera doté de 1000 milliards de francs Cfa. Ce Fonds sera alimenté par l’Etat et toutes les bonnes volontés. Je lance un appel à tous, au secteur privé et aux partenaires bilatéraux et multilatéraux, afin qu’ils apportent leur soutien au Force-Covid-19. Les ressources du Fonds serviront entre autres, à soutenir les entreprises, les ménages et la diaspora», explique-t-il mettant en garde contre toute spéculation dans la vente des denrées de première nécessité.
Le Président a aussi annoncé une enveloppe de 50 milliards consacrée à l’achat de vivres pour l’aide alimentaire d’urgence. De plus, insiste M. Sall, des mesures fiscales générales et spécifiques seront également prises en soutien aux entreprises. «Au titre des mesures générales, il sera accordé une remise partielle de la dette fiscale constatée au 31 décembre 2019 due par les entreprises et les particuliers, pour un montant global de 200 mil­liards», informe le chef de l’Etat.
De plus, des secteurs très affectés par la crise du Covid-19 comme l’hôtellerie, la restauration, le transport et la culture vont, selon le Président, bénéficier de mesures spécifiques. «Ces mesures seront également étendues à la presse, compte tenu des changements induits dans ses grilles de programme et du rôle de service public qu’elle joue dans le contexte de la crise», ajoute Macky Sall.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here