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Le représentant du Parquet a requis hier une peine de 2 ans avec sursis contre le pharmacien qui officiait en 2009 au centre de santé Gaspard Camara. Oumar Fall est poursuivi pour le délit de «concussion» pour avoir vendu à l’époque un produit, qui coûte 4 900 francs Cfa, à 15 mille 900 francs Cfa.

Pharmacien de profession, Dr Oumar Fall encourt 2 ans d’emprisonnement assortis du sursis. En plus, le procureur estime qu’il doit payer une amende de 250 mille francs Cfa au Trésor public sénégalais. Il a été attrait hier devant le juge de la Chambre correctionnelle pour le délit de concussion. Autrement dit, il est poursuivi pour malversation dans le maniement des fonds publics. Les faits remontent à 2009. Au moment de ces faits, le prévenu exerçait au centre de santé Gaspard Camara, sis à la zone B Sicap Amitié 1. Il était chargé de recevoir les dotations en médicaments venant de la Pharmacie nationale d’approvisionnement (Pna). Et les postes de santé tels que ceux des Hlm, Hann village, rattachés à Gas­pard, se ravitaillaient auprès de lui pour garnir leurs officines. Un jour, un responsable du Comité de santé de l’une de ces différentes structures partenaires a constaté une différence de prix sur l’ampicilline. Un produit pharmaceutique qui coûte 4 900 francs Cfa, mais vendu par le prévenu à 15 mille 900 francs Cfa, soit 11 mille francs de plus sur le prix normal.
Face aux multiples questions des juges, le pharmacien tergiversait dans ses réponses. Lui-même a reconnu avoir majoré tous les produits de 15% sans pour autant dire exactement les motivations réelles de cette louche méthode. Seulement, il dit avoir reçu des instructions du médecin-chef du centre, Amadou Touty Ndiaye, pour appliquer cette mesure. Mais d’après le représentant du Parquet, le concerné qui n’a pas comparu hier avait réfuté cette accusation devant les enquêteurs. «Vous parlez de gratuité et de majoration. Je ne comprends pas. On ne majore pas pour rien. Et le surplus ?», lui demande le président du Tri­bunal. Il répond : «Quand je majore, il me reste un surplus de médicaments, pas d’argent. Dans le cadre des dotations, on ne majore pas. C’est après que j’ai compris. Je l’ai fait en méconnaissance de cause.»
Le juge revient à la charge pour demander ce qu’il gagne en procédant à la majoration. Des médicaments, dit-il, que nous redistribuons gratuitement aux populations lors des consultations médicales. Pour le procureur, «il s’agit d’un taux excessif, un tarif démesuré par rapport au tarif de la Pharmacie nationale d’approvisionnement. C’est dans l’ordre de 200 à 300%. Il a appliqué un taux qui n’était pas légal».
A l’enquête préliminaire, poursuit le maître des poursuites, il a soutenu que sur les 690 mille francs Cfa qu’on lui reproche, il y avait une valeur de 190 mille francs Cfa en nature scellée dans son bureau. Et que des médicaments d’une valeur de 500 mille francs Cfa ont été prêtés au poste de santé des Hlm qui a remboursé après.
Par ailleurs, la défense a rappelé que sur les 12 millions de francs Cfa reçus par le centre en dotations, les 6 millions revenaient à Gaspard Camara, donc le reste devrait être réparti entre les autres structures. «Comme un novice dans une gestion, il a maladroitement accepté de bonne foi de gérer. Il ne savait pas. Il était entraîné par cette idée de rendre service aux autres. Il ne prévoyait pas de recevoir de l’argent. Il n’avait pas l’intention et c’est elle qui compte. Il n’était pas animé par le désir de s’enrichir. Tenez compte de cela, considérez qu’il n’a jamais profité de ce qu’il faisait», a plaidé l’avocat de la défense. Ce dernier a sollicité une application extrêmement bienveillante de la loi pénale à défaut de renvoyer son client des fins de la poursuite.
Le délibéré est fixé au 20 décembre 2018.
msakine@lequotidien.sn

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