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Kiné Lam a célébré samedi dernier ses 42 ans de carrière au Grand Théâtre national. Contrairement à l’attente du public, ce fut une belle mascarade. Des 42 ans de carrière de la grande voix de la musique sénégalaise, l’on ne retiendra que le désordre sur scène, le décor inapproprié, l’humiliation de ses congénères et les multiples délégations qui jouaient à qui mieux-mieux pour «battrer» des millions. En gros ce fut  un pur désordre.

C’est à minuit pile que Kiné Lam débarque sur scène. Habillée tout en blanc, elle débute avec un morceau célébrant Bamba khadimou Rassoul «Serigne Saliou Dieureudieuf», l’entend-on chanter  (Ndlr : merci Serigne Saliou). Touchant par ces mots la corde sensible des talibés mourides, la salle l’accueille par des tonnerres d’applaudissements. Le tour est joué et la chanteuse continue sur cette lancée. Mais dans le décor, on remarque dès l’entame de la soirée que les choses ne tournent pas comme il se doit. D’abord le trône installé au milieu de la scène, et sur lequel Kiné Lam devait s’installer, est resté vide tout le long du premier morceau. Devenant encombrant, il sera finalement enlevé à l’exécution de la seconde chanson. Certainement, cette chaise encombrante n’avait plus sa place sur cette scène remplie de bout en bout. Il faut relever que sur cette scène du grand Théâtre, il y avait un véritable embouteillage. Les 15 percussionnistes qui accompagnaient Tapha Ndiaye Rose, en plus des membres de la troupe de danseurs de Pape Moussa qui comptait environ une dizaine de personnes, de même que d’autres danseurs de «Ndawrabbine», sans compter l’orchestre lui-même qui aussi avait plus d’une dizaine de membres (choristes, guitaristes, batteurs, percussionnistes…), faisait au total une cinquantaine de figurants.
L’on se demande donc à juste raison, quel était véritablement le rôle de ces derniers sur cette scène ? N’étaient-ils que de simples éléments du décor dans ce spectacle qui n’en n’avait pas besoin ? Sans doute, l’artiste voulait apporter une touche traditionnelle. Mais Kiné Lam a bien raté l’effet escompté. Entre décor inapproprié et gestion calamiteuse de la scène, la grande diva de la chanson sénégalaise enchainait les impairs, allant même jusqu’à ne pas faire chanter ses collègues de l’Ensemble lyrique traditionnel de Sorano, venus la soutenir.
La fausse note de Kiné Lam
Khar Mbaye Madiaga, Dial Mbaye, Daro Mbaye, Ndèye Fatou Ndiaye, Soda Mama Fall… toutes les cantatrices de l’Ensemble lyrique traditionnel étaient présentes aux 42 ans de carrière de l’épouse de Dogo Thiam. L’ayant rejointe sur scène, elles resteront pendant toute une chanson à danser pendant que Kiné Lam faisait un duo avec Coumba Gawlo Seck. Ce duo terminé, Kiné Lam ira directement se changer, laissant ses consœurs sur scène. Essoufflées certaines chercheront à s’asseoir pendant que d’autres rejoindront, dépitées leurs sièges. Pour la chanson qui suivra, seules Dial Mbaye et une autre chanteuse prendront le micro. Dans le public, on lit cette attitude, comme discourtoise. Pour éviter d’être interpellée sur le sujet Dial Mbaye détournera le regard, feignant de ne pas entendre la question. Tandis que Daro Mbaye fera clairement comprendre, suite à nos interpellations, qu’elle ne s’adresse pas aux journalistes. Ndèye Diouf y ira elle de manière plus frontale.
«Si Kiné Lam ne nous donne pas le micro, ça la concerne. Je ne sais pas pourquoi elle l’a fait. C’est à elle de répondre à cette question», dit-elle vexée. Pour Khar Mbaye même si elle n’a pas chanté, l’essentiel était d’être présente à cette nuit et de venir appuyer sa petite sœur. «Je devais être présente, malgré mon âge avancé. Je souhaite être, à chaque fois, en bonne santé pour pouvoir honorer les invitations qui me sont faites». «Nieuw reik ma warr» (Ndrl : C’est une obligation que de venir). La grande diva de la nuit, avait quant à elle, une tout autre obligation : respecter son contrat avec ses «gueer» (Ndlr : nobles).
Le concours de «battré»
Il était 3h 30 et Kiné Lam, continuait toujours à chanter d’une voix essoufflée. Elle voulait chanter tous ses «gueer» qui avaient contribué, d’une manière ou d’une autre, à la réussite de sa soirée. Cette fois ci c’était le tour de la couturière Binta Khouma qui a cousu les jolis boubous, que Kiné Lam a portés au cours de la soirée. Avant elle, Cheikh Amar (Dg de Tse), Cheikh Kanté (Dg du Port autonome de Dakar et parrain de cette soirée) ont eu droit à leur morceau. Ils ont remis leurs enveloppes bien fournies tout comme Youssou Ndour et beaucoup d’autorités. Un tel a remis 1 million de F cfa, un autre 2 millions, criaient les différentes délégations. Tandis que d’autres se bousculaient sur scène pour faire leur «battré» en direct. «Notamment celle venant d’Atlanta». Durant toute la soirée Kiné Lam a reçu de grosses sommes, qu’elle s’est gardée de révéler.
« Je remercie Macky Sall, Marième Faye Sall, Farba Ngom, le 1er ministre, le ministre du budget, le ministre de l’économie et des finances Amadou Bâ…», s’est-elle juste contentée de dire. La chanteuse Soda Bousso, langue bien fourchue, révélera la somme que Amy Diawara (femme de Cheikh Kanté) a remis à Kiné Lam pour sa soirée : 20 millions. «Amy Diawara hamna mane hame na», soutient Kiné Lam, pour rectifier le tir. Toujours est-il que Kiné Lam, s’est rempli les sacs d’argent. Deux jeunes filles faisaient la ronde pour ramasser les billets de banque qui jalonnaient la scène. Une belle mascarade !
aly@lequotidien.sn

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