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Une bassine qui, désemplissant de 10%, se remplit en même temps au rythme de 20%, ne court pas le risque de la sècheresse ! Cette boutade aurait pu suffire comme réponse à l’honorable député Mamadou Lamine Diallo, qui s’est attaqué à l’endettement du Sénégal qu’il juge excessif. Les Usa sont à 20.000 milliards de dollars soit 103% de leur Pib ! Je crois que l’honorable député devrait séjourner au Comité national de la dette publique, logé au ministère des Finances qui, chaque semestre, sort un document sur l’analyse de la viabilité de la dette du Sénégal. Dans le dernier rapport disponible de ce comité, on lit que «Le Sénégal continue de présenter un profil de risque de surendettement faible».
Il est vrai que pour garantir une viabilité de la dette, il faut plusieurs choses concomitantes. D’abord, il faut une croissance soutenue et durable du Pib, ce que le Pse nous donne avec un taux de croissance déjà proche de 7%. Il faut aussi une maîtrise des déficits. Le déficit budgétaire de 6,7% en 2011 est à 4,2% en 2016, pour aller à 3,7% du Pib en 2017 avant d’atteindre les 3% des critères de convergence de l’Uemoa en 2018. Il faut également une hausse des exportations, ce qui est le cas actuellement au Sénégal. Il faut surtout, comme c’est le cas dans notre pays, des projets structurants pour aller dans le sens de l’émergence et le développement. L’industrialisation et la mécanisation de nos processus de production, si chères à l’honorable Mld, sont les premières à bénéficier de ce changement de trajectoire !
Monsieur Diallo doit savoir qu’au sein du Comité national de la dette publique, des ratios de solvabilité et liquidité sont analysés pour donner un flash semestriel sur la capacité de l’Etat à faire face à sa dette. En plus des recettes d’exportation et de celles budgétaires, l’analyse va jusqu’à donner sur le long terme, les facteurs de risque, pour permettre les ajustements nécessaires. Pour dire simplement que le Sénégal, contrairement à l’honorable Mld n’a pas une approche dogmatique de la dette. Nous sommes dans un réalisme froid pour profiter des bonnes opportunités.
Il est vrai que les experts du ministère des Finances qui font ce travail de pilotage, ne produisent pas les mêmes décibels médiatiques que l’honorable député, qui gagnerait à faire preuve de plus d’humilité.
Dire que nous sommes surendettés, alors que nous sommes à 10 point de moins que les 70% du Pib retenus par les critères de convergences de l’Uemoa, n’est pas juste. Le dire aussi au moment où le Sénégal peut librement, depuis décembre 2015, s’endetter sans passer par le Conseil d’administration du Fmi, est tout aussi injuste. Le dire est injuste quand on sait que la capacité de remboursement des emprunts est évaluée par les agences de notation financière et que sous ce rapport l’Agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a récemment confirmé la note «B+/B» du Sénégal pour sa dette souveraine à long et à court terme, qui est à 60% de nature concessionnelle. Dire que le Sénégal est surendetté, sans tenir compte des changements fondamentaux en cours dans ce pays, est plus que nihiliste. La politique de la frilosité ne permettra pas à ce pays d’émerger. Le Président Macky Sall l’a compris. C’est pourquoi notre endettement est productif. Il est dynamique et non figé sur de la théorie économique.
Pour finir, je veux juste rappeler à l’honorable député Ma­madou Lamine Diallo que pour la bassine Sénégal, le plus important est le flux et non le stock. Je ne causerai pas à l’honorable député le tort de revenir sur la définition de ces deux termes à la fois si proches et si éloignés. Monsieur Diallo doit se convaincre que le Pse est un cadre global dont le pilotage aussi est, au-delà du prisme de la dette, un ensemble cohérent. Face au risque, le Pse a aussi prévu ses instruments d’ajustement interne tout en restant dans ce que le Professeur Cheikh Anta Diop appelait «Le Pro­blème». Le Problème est d’abord infrastructurel et l’endettement intelligent en cours est pour le résoudre sans la nouvelle donne Pétrole qui ne sera qu’un adjuvant de taille, un accélérateur de l’émergence du Sénégal.
Avec l’espoir que le débat économique libre n’agace pas l’honorable député qui, sans doute aurait aimé une réponse plus fascinante venant du ministre des Finances, qui a assez clarifié les choses. Oui à un débat économique moins enrobé de politiques politiciennes creuses.

Mamadou NDIONE
Économiste Écrivain
Conseiller départemental à Mbour
Responsable politique Apr Diass