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Dr Seck (nom d’emprunt) est un chirurgien. Après avoir accepté de parler sous l’anonymat sur l’hymenoplastie, il parle d’une pratique devenue courante à Dakar. Comment se fait cette opération chirurgicale ? «L’hymen est une couche. La membrane est là et elle est perforée. Cela veut dire que puisque la membrane est collée au départ en dehors de l’appareil vaginal, il y a une ouverture au milieu. Ceci dit qu’il y a une partie de l’hymen qui est encore intacte. Ce qu’il faut faire, c’est juste tirer les deux bouts, puis coudre. C’est facile, maintenant s’il n’y a pas cette possibilité de tirer les deux bouts, les scientifiques pensent qu’on peut prélever autour des lèvres et autres qu’on reconstitue pour plâtrer. Donc, on pose juste là où c’est ouvert, puis on coud. On reconstitue à partir des membranes du pourtour. Main­tenant, si c’est insuffisant, on prend les autres parois du vagin, on colle et puis on referme. Et cela nécessite une anesthésie locale», explique le médecin.
A la fin de l’opération, combien de temps doit rester la femme avant d’avoir des rapports sexuels ? «Si une fois l’hymen reconstitué, tu fais tes rapports 2 ou 3 semaines après, ça peut saigner un tout petit peu. Mais si tu dépasses plus de 2 mois, il peut y avoir perforation de l’hymen et sans saignement. Il est recommandé quand tu fais cela, que tu te mettes dans la tête que la nuit nuptiale arrive dans deux semaines», poursuit Dr Seck. Par contre, il essaie de comprendre les motivations des filles qui essaient de retrouver ce trésor perdu. Il dit : «Il y a des filles qui sont nées sans hymen. C’est pourquoi on dit dans le jargon chirurgical, l’hymen n’est pas un élément essentiel pour dire que telle est vierge. Vous pouvez sortir avec un homme. Alors, vous vous dites que c’est l’homme de votre vie, celui attendu des années. Et une fois mariée, vous vous rendez compte que ce n’est pas le bon. Votre choix n’est pas bon. Donc, vous rompez avec le monsieur dans l’espoir de trouver encore un nouvel homme. Vous allez faire une reconstitution de l’hymen. Il y a également des personnes violées qui ont des traumatismes. Ça leur fait mal moralement, mentalement, comme en Rdc», dit-il. Il pense au Dr Mukenge qui «répare» les filles victimes de viol dans le Nord Kivu. Et quoi encore ? «Il y a des filles qui sont prêtes à se marier pour ne pas perdre leur mari. Elles sont obligées d’aller la pratiquer», répond-il.
Sans donner de détails, il estime que la pratique existe au Sénégal. Mais il préfère rester prudent. «Je ne peux pas vous donner la date précise, parce que ce n’est pas praticable de façon officielle s’il faut le dire dans notre pays. Par contre, dans les pays occidentaux, cela fait déjà plus de 30 ans que cela existe là-bas, avec l’avènement des migrants surtout», ajoute-t-il. Il admet néanmoins : «Ce n’est pas vraiment répandu comme la chirurgie maxillo-faciale, c’est très diffèrent. Parce que c’est quelque chose qui n’est pas officielle comme je l’ai dit tantôt. Il y a d’autres qui le font, mais ce n’est pas recommandé par la loi et autres. Il n’y a aucune loi qui parle de cela, mais ce sont les chirurgiens plastiques qui le font. De temps en temps, on voit des femmes et des jeunes filles qui se font réparer leur hymen.» Il informe que l’âge des files qui courent après cette pratique oscille entre 18 et 25 ans. «Voire même 35 ans. Il s’agit de filles qui s’apprêtent à se marier ou autres qui ont des problèmes de rupture etc. Ça leur pousse à faire une réparation de l’hymen, des jeunes filles généralement», précise-t-il.

Technique
Aujourd’hui, il est difficile d’avoir des statistiques, car l’hymenoplastie est pratiquée en cachette. «C’est difficile de donner un nombre exact, parce que c’est une question de santé publique. Quand on dit santé publique, cela veut dire qu’il faut que cela soit officiel que l’on peut pratiquer l’hymenoplastie dans tel ou tel centre et on va prendre le nombre de personnes dans chaque centre et à la fin on fait la sommation pour trouver le nombre exact», précise-t-il.  Est-ce que le résultat est garanti à 100% ? «Bien entendu parce que c’est une chirurgie qui est très simple. Elle ne dure que 30 minutes et le lendemain la fille peut vaquer à ses occupations. Mais en ne fournissant pas d’efforts physiques, donc cela se passe dans les meilleures conditions. Même pour la cicatrisation, on utilise des fils qui sont très fins. C’est pour vous dire que ça se passe dans les meilleures conditions si c’est bien fait par un spécialiste», persiste Dr Seck. Quelle est la différence entre l’hymen réparé et celui naturel ? «Déjà, il y a une différence parce que l’hymen c’est naturel. C’est un organe anatomique, mais il faut comprendre que l’hymen est une membrane qui sépare la vulve du vagin. C’est comme le rideau qui sépare la chambre et le salon. Maintenant, l’hymenoplastie c’est quand on vient réparer cette membrane qui est déchirée. Donc, on va mettre un peu de fil pour reconstituer l’hymen en place. Voilà un peu la différence. La couche est là, mais avec une légère cicatrisation, or l’hymen naturel n’a pas une cicatrisation», poursuit-il en soutenant qu’il n’est pas nécessaire de faire «des examens préopératoires». Quid d’une fille qui a perdu sa virginité et qui est restée 2 à 3 ans sexuellement active ? Est-ce que là on peut faire une reconstitution ? «C’est toujours possible. Ça ne disparaît pas totalement. Parce qu’il est dit, il y a des femmes par exemple de façon physiologique sans hymen. Ça on peut le mettre dans le cas des malformations. Et ça ne pose aucun problème. Maintenant, tu peux avoir l’hymen reconstitué et tu perds ça aussi. Par exemple, si tu pratiques le sport intense ou gymnastique ou bien tu passes ton temps à pédaler avec le vélo, puisque c’est une membrane qui est fragile en contact avec le siège du vélo, cela peut agresser la peau, et ça va se perforer», précise Dr Seck.
En tout cas, il faut casquer fort pour retrouver une seconde virginité. «En Europe par exemple, ça commence à partir de 900 euros jusqu’à 2 500 euros. Cela dépend de la façon de la présentation de l’hymen. Maintenant au Sénégal, selon ce que j’ai appris, c’est autour de 200 mille F Cfa», précise le spécialiste. Lequel précise le profil des spécialistes qui doivent effectuer cette délicate opération: «C’est un chirurgien qui a été formé pour cela. En général, en chirurgie plastique. Ils sont chargés de réparer ce qui a été gâté. Il y a des médecins qui sont formés pour cela, pas un gynécologue. Ce dernier peut le faire, mais s’il a fait la chirurgie plastique. Sinon, c’est un acte réservé à un chirurgien-plasticien.»

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