PARTAGER

Tout le monde a besoin de s’habiller, et même de bien s’habiller. Néanmoins, au Sénégal, les couturiers, maîtres de l’élégance de ce pays, semblent être les plus mal lotis. Du moins, c’est ce qu’a dénoncé la présidente de leur association.

Avant-hier, le complexe Sadiya a refusé du monde : couturiers, tailleurs, créateurs de mode et brodeurs en tout genre s’y sont retrouvés pour discuter de la Mutuelle nationale de santé mise à la disposition de tous les acteurs culturels (Mnsac). Saisissant l’occasion, Sadiya Guèye, présidente des Cou­turiers, créateurs associés du Sénégal (Ccas) a listé les maux dont souffre son secteur. Pour elle tout marche dans ce pays, sauf la mode et la couture.
«99,9% des tailleurs travaillent jusqu’à la retraite, sans avoir de toit… Il y a énormément de choses à dire dans notre milieu. Tout le monde avance sauf nous… 20 ans que je suis dans ce secteur, voila le problème. On est oublié, mais c’est un peu de notre faute… Il est temps qu’on avance… » Voilà un résumé succinct des complaintes de Sadiya Guèye, lors de la rencontre des couturiers du Sénégal dans son complexe.
La présidente des Ccas, estime que le secteur de la couture a besoin d’être revu de fond en comble. «Il faut que les choses changent, il est temps que l’on avance», exhorte-t-elle, non sans jeter un regard inquiet sur ce qui se passe dans le monde de la couture et l’empêche de marcher. «Nous avons énormément de problèmes : le créateur, tailleur et gens de la mode, n’ont pas leurs places ici. Je suis très bien placée pour le dire ». Ayant été dans la haute couture, Mme Guèye révèle qu’elle gagnait 5 millions par heure de travail. « Il n’en est pas question ici. On est en déphasage et nous nous demandons pourquoi on n’a pas réellement notre place. Cer­taines gens de la mode pensent d’ailleurs qu’ils ne font pas partie de la culture», explique-t-elle.
Reprenant de plus belle sa plaidoirie, la propriétaire du complexe Sadiya soutient que le secteur de la couture ne doit pas être laissé en rade, d’autant plus que 44% des acteurs culturels sont englobés dans la mode. Pour elle, «c’est un chiffre énorme et révélateur de l’importance qu’on doit accorder à ce secteur. On peut se lever sans manger, ni boire, mais personne n’ose sortir sans vêtements», remarque-t-elle. Voilà pour elle, une raison bien suffisante, pour amener les autorités à s’intéresser à la mode.
Depuis 2012 qu’elle est à la tête des Ccas, Sadiya Guèye a toujours œuvré pour réunir les acteurs de la mode. Dans le temps, rappelle-t-elle, il y avait Mariam Chalar, Diouma Dieng, Binta Salsao, Belle Dame, Dasha, «des gens connus». Aujourd’hui son vœu le plus cher reste l’élargissement. Ainsi, elle a fait le tour de quelques régions du Sénégal : Kaolack, Fatick, Kaf­frine, Tamba, Kolda, Ziguinchor, Saint-Louis… Après quoi, la présidente du Ccas a convoqué une réunion dont le premier objectif était de parler de la Couverture maladie universelle pour les acteurs culturels. Elle a assuré que «c’est un premier pas. Ça valait le coup, je me suis inscrite, avec ma famille et mes ateliers. Sans la santé on ne peut rien faire. Mais en dehors de la santé, il y a beaucoup de choses qui nous manquent. Et la formation, et le matériel, et les financements, et la cité des créateurs et l’assainissement du marché». Elle a estimé que c’était le moment de dénoncer tous les problèmes.
Pour sa part, le chargé du dossier de Mnsac a indiqué qu’à ce jour il y avait 3000 adhérents, et que cette initiative sera pérennisée «même auprès des autres ministres de la culture qui viendront».
aly@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here