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Une  communication dissonante, des messages contradictoires, c’est ainsi que se résume la stratégie de communication des autorités sénégalaises. Au moment où le Sénégal a dépassé les 2000 cas, cette communication est particulièrement remise en question par les experts. Sahite Gaye, enseignant au Cesti et spécialiste de la communication de crise, parle de «dissonance communicationnelle».

Avec 2105 cas et 21 décès, la pandémie du coronavirus s’emballe en terre sénégalaise. Les chiffres de la journée d’avanthier ont jeté l’effroi dans une opinion qui sera encore plus fortement ébranlée par le desserrement du dispositif de riposte annoncé plus tard dans la soirée par le Président Macky Sall. Depuis le 2 mars qui marque le début de la pandémie, les règles édictées ne semblent pas produire les effets escomptés. Si pour certains, c’est l’indiscipline des sénégalais qui est en cause, pour quelques spécialistes que nous avons interrogés, c’est également la stratégie de communication déroulée par le ministère de la Santé et de l’action sociale qui n’est pas opérante. Ces spécialistes de la communication estiment en effet que les messages renvoyés sont pour le moins contradictoires. Pour l’enseignant chercheur en communication de crise, Sahite Gaye, l’on peut même parler de «dissonance communicationnelle». Les cafouillages liés au port du masque sont assez illustratifs à ce niveau. Quelques semaines après avoir défendu le contraire, le gouvernement prenait un arrêté rendant obligatoire le port du masque dans certains espaces publics. «Cela montre une sorte de communication dans laquelle il y a énormément de messages contradictoires et, dans ce cas, l’opinion ne sait pas quoi faire», indique le journaliste Samba Dialimpa Badji, rédacteur en chef de Africa Check.

Insuffisances dans la communication
Dans cette dynamique brouillonne, il faut dire que même les plus hautes sphères du pays se sont illustrées. M. Badji rappelle que le président de la République, au tout début de la pandémie, avait fait l’unanimité sur sa posture de combat face à cet ennemi. «Sa première déclaration annonçait des mesures fortes. Mais quelques jours après, Mouhammed Boun Abdallah Dionne se rend à Touba pour y faire la prière du vendredi. Cela a percé une certaine dynamique», dit-il. Depuis, les choses ne sont pas beaucoup arrangées il faut dire. La faute à une gestion erratique de la crise.
«Faute d’une étude sérieuse, ce serait difficile de juger. Mais au vu des premiers constats ou appréciations empiriques, ce qu’on peut dire, c’est que la gestion du Covid-19 nous a montré qu’il y a de grosses insuffisances dans la communication», estime avec prudence Hamadou Tidiane Sy, spécialiste de la communication et journaliste formateur. «Il ne suffit pas seulement de faire des vidéos de sensibilisation ou de faire passer l’information à
la radio. Ce n’est qu’un des aspects de la communication. Il y a beaucoup d’autres choses qu’il faut prendre en compte. On est en situation de crise et on a besoin d’une stratégie de communication de crise, qui prenne en compte l’ensemble de la situation. Ce n’est pas juste le moment de la parole qui fait la communication, ce sont tous les autres moments et actes posés pendant la crise et leur impact sur l’opinion qu’il faut penser et évaluer si on veut réussir la communication, ce qui n’est manifestement pas le cas», analyse-t-il.
Formateur au Cesti, Sahite Gaye explique qu’en matière de communication de crise, il faut avant tout réfléchir quand survient une crise. «Ensuite, il faut informer la population et là, il faut trouver la bonne personne
qui va informer de manière transparente. C’est pourquoi l’image du ministre ne passe pas. Un message donné par le Pr Seydi passe plus qu’un message donné par le ministre qui a une casquette politique», explique l’enseignant.
L’option prise par le ministère de la Santé et de l’action sociale de «délibérer» tous les matins à 10h sur la situation de la maladie est, dès lors, remise en question par les spécialistes. «Cette forme de communication du ministère est assez frustrante pour un journaliste. Aujourd’hui, les journalistes ont très peu de possibilités d’interroger les autorités. C’est à la limite comme si on veut que les journalistes soient une caisse de résonnance», analyse M. Badji.

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