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Le premier cas de Sédhiou est une bombe à retardement à cause de l’impossibilité de retracer ses contacts. Coincé à Louga au moment du démarrage de l’Etat d’urgence, il a réussi à rallier Sédhiou en traversant plusieurs régions et la Gambie, continué à travailler et s’est rendu au poste de santé de son village et à l’hôpital régional de Sédhiou.

Sédhiou, qui a enregistré hier son premier cas positif au Covid-19, reste dans une situation très fragile. Originaire du village de Mankonomba, commune d’Ou­dou­car, ce premier cas de cette région, interné au Centre de traitement des épidémies de Kolda, est issu de la transmission communautaire. Agé d’une quarantaine d’années, le porteur du virus est un prédicateur qui a traversé plusieurs régions avant d’être contrôlé positif. Après un bref séjour dans la région de Louga, il est rattrapé par l’Etat d’urgence qui ne l’a pas empêché de vouloir regagner son domicile. Il ainsi entamé un long et pénible voyage. Après une «escale à Mbour», divers moyens de transport auraient été mis à contribution pour lui permettre de retrouver sa famille le 5 avril dernier, via la Gambie.
Ce n’est pas tout : Se plaignant de grippe, il s’est présenté à trois reprises au poste de Santé de Mankonomba où sa température élevée inquiéta l’infirmière qui a donné l’alerte. Dans la nuit du samedi à dimanche, il est joint par téléphone après moult tractations. «C’est moi qui ai filé son contact téléphonique au médecin chef de district», témoigne Sankoung Sagna, maire de la commune. Après avoir échangé avec le médecin qui lui a recommandé de rester sur place, le patient qui croyait qu’il souffrait d’une simple grippe a préféré se rendre seul le lendemain à l’hôpital à bord d’une moto Jakarta. Et le prélèvement effectué au centre de santé de Moricounda se révéla positif quelques heures plus tard.
C’est la panique générale à Sédhiou où la nouvelle distillée en début de matinée sur les ondes d’une radio communautaire a fait le tour de la contrée. Au moment où une réunion de crise se tenait dans l’enceinte de la région médicale, une équipe effectuait des prélèvements sur des membres de sa famille ainsi que l’infirmière et la sage-femme. Ces personnes qui ont eu des contacts avec le patient sont mises en quarantaine. Il en est de même des animateurs de la radio municipale Pakao Fm. En effet, le prédicateur y a animé samedi, de 16h à 17h, une conférence sur le Ramadan. Pour les mettre à l’abri, le directeur de la radio et une quinzaine de ses collaborateurs ont été confinés dans des auberges.
L’hôtel de ville d’où émet la radio municipale n’est pas aussi épargné par la mesure. C’est ainsi que le vigile fait partie des personnes affectées alors que l’hôtel a fermé ses portes aux autres agents. Sa famille, itou.

Des autorités administratives et sanitaires se barricadent
Sans doute prises de court par la tournure des événements, la gouvernance et la région médicale n’ont pas voulu se prononcer sur la situation. Joint par téléphone, le président du Comité régional de prévention des épidémies n’en revient pas. Papa Demba Diallo, dont la voix trahit son émotion, nous renvoie à la région médicale qui attend de «recouper» pour se faire une idée de cette mauvaise surprise à l’allure d’un supplice.

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