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En décidant de lever les mesures restrictives liées à la gestion du Covid-19, le Président Macky Sall parie sur le sens de la responsabilité des Sénégalais qui avaient déjà du mal à respecter les mesures barrières pour relancer la machine économique, éprouvée depuis deux mois.

C’était une sortie aussi attendue que l’heure de l’Iftar qui contraint les fidèles à s’agglutiner devant leur poste de télévision. Ce discours à la Nation du Président Sall met un terme au jeûne des libertés auquel étaient astreints les Sénégalais depuis plusieurs semaines : le réajustement des horaires du couvre-feu (21h-5h), des horaires des bureaux (9h-16h), la réouverture des marchés (6 jours/7), des loumas, des lieux de culte… Bien sûr, ces mesures qui «déconfinement» les citoyens, relancent l’économie, ne permettront pas de ralentir la propagation du virus. Il dit : «Aujourd’hui, après deux mois de mise à l’épreuve, nous devons sereinement adapter notre stratégie, en tenant compte une fois de plus de notre vécu quotidien. J’ai consulté à cet effet une équipe pluridisciplinaire d’éminents experts nationaux. Il ressort de leurs analyses et évaluations minutieuses que dans le meilleur des cas, c’est-à-dire si nous continuons d’appliquer les mesures édictées, le Covid-19 continuera encore de circuler dans le pays jusqu’au mois d’août, voire septembre.
Ces projections montrent que l’heure ne doit pas être au relâchement, mais à l’adaptation.» D’après Macky Sall, «l’Etat continuera donc de veiller à l’application des mesures de contingentement de la maladie» tout en oubliant qu’il a été très difficile de faire respecter les gestes-barrières à certains Sénégalais depuis le début de la pandémie qui est loin de reculer. Que faire ? «Plus que jamais, la responsabilité de chacune et de chacun de nous est engagée.
Dans cette nouvelle phase qui va durer, non pas quelques semaines, mais au moins trois à quatre mois, nous devons désormais apprendre à vivre en présence du virus, en adaptant nos comportements individuels et collectifs à l’évolution de la pandémie. En conséquence, il nous faut adapter notre stratégie de façon à mener nos activités essentielles et faire vivre notre économie, en veillant à la préservation de notre santé et celle de la communauté», conseille-t-il.
Cette relance des activités publiques concerne 551 mille élèves, du public et du privé, appelés à reprendre les cours dès le 2 juin. Alors que les classes intermédiaires devraient se contenter «du dispositif ‘’Apprendre à la maison’’, décliné dans ses plateformes télévisuelle, radiophonique et numérique». «En ce qui concerne l’Université, le ministre en charge de l’Enseignement supérieur poursuivra les concertations avec les différentes académies pour aménager les enseignements à distance», ditil. Cette forme de liberté retrouvée dans les écoles, les lieux de culte, les espaces publics, les marchés,… est assujettie au respect «strict» des «mesures de distanciation physique et aux gestes barrières, notamment le port obligatoire du masque et le lavage des mains». Selon lui, «le respect de ces conditions est essentiel pour éviter des risques de contamination», tout en annonçant que le «gouvernement y veillera de près et prendra, le cas échéant, toutes les mesures appropriées afin de prévenir la propagation du virus». Ces mesures seront accompagnées par la distribution de 10 millions de masques dans les établissements scolaires, les lieux de culte, les marchés et les transports publics. Le Président Sall parie sur «la redynamisation progressive de la vie nationale», surtout avec l’approche de l’hivernage qui requerra des «assouplissements nécessaires au transport public, afin de permettre aux travailleurs agricoles de rejoindre leur localité».
Aujourd’hui, le Président Sall montre qu’il a pesé et soupesé ses décisions éclairées par les orientations de certains spécialistes dans l’intimité de son bureau. En se levant ce matin, il ne pourra pas échapper à certaines questions : Qu’est-ce qui a changé pour justifier cet assouplissement des mesures restrictives ? L’Etat a-t-il cédé aux pressions de l’establishment religieux ? Du patronat ? A-t-il entendu les cris de détresse des
travailleurs du secteur de l’informel ? A-t-il décidé de suivre la vague de «déconfinement» ouverte par d’autres pays de la sous-région ? Autant de questions sans réponses, mais la réalité des chiffres montre que le plan de contingentement n’a pas apporté les résultats escomptés. Lors de sa dernière adresse à la Nation (le 3 avril), le Sénégal était à 207 cas, dont 1 décès et 139 sous traitement. Et le 11 mai, on en est à 1 886, dont 1 151 malades hospitalisés, 19 décès, 7 182 cas en quarantaine, 12 régions sur 14 touchées, 23 départements sur 45 ont au moins un cas. Une simple opération de soustraction permet de savoir que la situation épidémiologique ne s’est guère améliorée.
Mais il semble avoir une autre grille de lecture de la situation qui lui a permis d’assouplir les restrictions en demandant aux Sénégalais d’apprendre à vivre avec le virus. Un Sall pari pour une immunité collective déguisée, qui risque de donner plus de crédit aux projections alarmistes de l’Oms : entre 83 mille et 190 mille personnes pourraient mourir de Covid-19 en Afrique si la maladie n’est pas maîtrisée. Wait and see!

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