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Pour Me Augustin Senghor, l’arrêt des compétitions depuis mi-mars et qui pourrait durer encore plusieurs mois, va avoir un impact considérable sur le sport africain et le football local. A tel point que la survie même de la Fédération sénégalaise de football qu’il dirige, est en jeu…

Comment le football sénégalais est-il impacté par l’arrêt des compétitions depuis trois mois ?
Je pense que nous avons été impactés à différents niveaux. Le premier, c’est le niveau sportif. Dès que les premiers cas se sont révélés dans le pays, nous avons été obligés d’arrêter toutes les compétitions (le dernier match de Ligue 1 sénégalaise a eu lieu le 8 mars dernier, Ndlr). Ensuite, les autorités ont pris des mesures pour fermer les stades et interdire toute activité sportive. Et à côté de ça, il y a bien sûr l’impact économique et social avec de nombreux emplois qui sont menacés dans le monde du football et les clubs qui sont impactés financièrement, tout comme la fédération.

Le continent africain n’est pour le moment pas autant touché par la crise sanitaire que les autres continents. Et pourtant, on a la sensation que le sport africain va payer encore plus cher l’arrêt des compétitions. Est-ce que c’est le cas pour le football sénégalais ?
A coup sûr ! Si je parle du football local, on était en plein milieu de la saison. On allait vers la trêve et c’est tombé à ce moment-là. Il reste donc une moitié de saison à jouer. Beaucoup de clubs vont souffrir car il n’y aura pas de transferts, ils vont devoir supporter des charges sans jouer. Et comme notre Equipe nationale ne peut plus évoluer depuis quatre mois, on n’en mène pas large.

On sait que l’Equipe nationale du Sénégal est très performante. Mais comment les clubs locaux vivent-ils cette période sans revenus et sans compétitions ?
Je dois dire qu’aujourd’hui, c’est très difficile. S’ils ne bénéficient pas d’une aide conséquente, ils pourront difficilement s’en relever. Nous n’avons pas un football professionnel très fort. On n’a pas de gros marchés de sponsors, pas de droits télévisés, pas d’appui de l’Etat et les clubs prennent tout en charge. Les ressources des clubs reposent sur le capital des joueurs, en transférant vers l’Afrique du Nord, l’Asie ou l’Europe. Donc c’est très compliqué. La fédération a décidé d’accompagner dans un premier temps et nous espérons des aides de la Caf et de la Fifa.

Vous êtes également président de l’Us Gorée, qui évolue en première division. Comment le club vit-il la crise actuelle ?
Comme les autres clubs, l’Us Gorée va souffrir. On n’a pas de gros moyens et on arrête pendant six mois durant lesquels on doit respecter nos engagements contractuels vis-à-vis des joueurs. Les clubs négocient avec les joueurs pour essayer de baisser leurs salaires mais ils ont besoin d’un minimum pour survivre. A Gorée, chaque joueur touchera une moitié de salaire d’ici à novembre. Mais ça reste très difficile et sans l’aide des autorités, de la Fifa et de la Caf, ça va être très compliqué.
Vous annonciez début avril que la Fsf pouvait se retrouver avec une dette de près de deux milliards Cfa (3 millions d’euros). La survie même de la fédération semble être en jeu…
Depuis trois ou quatre ans, la Fsf s’est engagée à financer l’intégralité des charges de fonctionnement et d’organisation de la Ligue professionnelle. Dans une logique normale, une ligue professionnelle sert à aider le football amateur et engranger, et pas l’inverse. En tant que fédération, je ne sais pas comment on va tenir. Beaucoup de nos fonds de nos sponsors risquent d’être compromis. Nos partenaires vont appeler à une révision des termes des contrats. L’absence de compétitions internationales impacte également notre budget parce que le Sénégal fait partie du Top 3 du football africain. Ça compte parce que ça attire des sponsors et nous recevions des droits commerciaux de la Caf et de la Fifa pour les éliminatoires de la Can. Les «prize money» impactaient positivement notre budget, mais toutes ces ressources sont perdues. Si cette situation devait perdurer pendant quelques mois, l’équilibre de la Fsf serait en péril.

Qu’attendez-vous de la Caf et de la Fifa ?
Au moment où l’on parle, la Fifa comme la Caf n’ont pas encore fait d’aide d’urgence. Ils ont libéré de l’argent, en anticipant les versements qu’ils donnent habituellement. La Fifa donnait 500 000 dollars en septembre, mais qu’on ne recevait pas intégralement si on n’avait pas rempli un certain nombre de critères, sachant qu’il y avait dix critères à 50 000 dollars. Ils ont décidé de lever ces dix critères. L’année dernière, on a reçu 350 000 dollars, avec trois critères non atteints. Ils ont donc levé ces critères pour cette année mais même les critères non atteints l’année dernière ont été ajoutés. D’ici à fin juin, le conseil de la Fifa va voir quel appui d’urgence ils peuvent mettre en place. Et la Caf a décidé d’examiner une possibilité de faire un appui exceptionnel aux fédérations sur ses réserves pour aider les clubs et les fédérations.

De manière plus globale, comment envisagez-vous l’impact de la crise sur le sport africain ?
Je pense qu’on va dépasser cette situation. Je suis de nature optimiste mais je pense que le football et les autres sports vont reprendre leurs droits dans les mois à venir. C’est aux Etats d’accompagner le secteur sportif, leur fédération, toutes disciplines confondues, pour les relancer sur de bonnes bases pour aller vers une professionnalisation. La capacité de résilience des clubs européens est réelle parce qu’il y a un socle très solide mais ici, à part dans les pays d’Afrique du Nord et en Afrique du Sud, le football local peine à trouver les financements nécessaires. Les Etats n’accompagnent que l’Equipe nationale qui est la vitrine. Le football et les autres sports continueront parce que c’est dans l’Adn du continent africain de vivre le sport. Le sport est une religion ici en Afrique.
Avec Francetvinfo

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