PARTAGER

«Gouverner, c’est prévoir ; et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte»1

Les faits :
L’épidémie de coronavirus qui s’est déclenchée en Chine en fin 2019 a fait à ce jour (17 mars 2020) un nombre de 7 426 décès sur 179 111 cas décelés à travers le monde, avec 150 pays touchés. Dans ce décompte, l’Afrique a une part de 228 cas dont 4 décès enregistrés. Malgré le fait d’être le 3e pays africain le plus touché du continent avec 27 cas, le Sénégal n’enregistre pas de décès2.
L’épidémie, entre-temps reclassée pandémie par l’Organisation mondiale de la santé (Oms), a également d’importantes répercussions économiques avec un effet domino depuis une Chine usine du monde et représentant 20% du Pib mondial. Dans un contexte de systèmes économiques et financiers fortement mondialisés, les mesures exceptionnelles de confinement général ou partiel en Asie, en Europe (Italie, France, etc.), et en Amérique, paralysent une partie de l’économie de ces pays mais également celle des pays moins ou pas touchés (ex des pays d’Afrique). Aujourd’hui, même pour ces pays développés ou émergents, la distribution de produits alimentaires à la population devient problématique.

Les prévisions :
Il y a un consensus général qu’il est impossible à l’étape actuelle de faire des prévisions solides sur l’évolution de la pandémie ainsi que sur ses impacts économiques.
Toutefois, sur le plan sanitaire, on notera que le nombre de cas décelés dans le monde a doublé en 17 jours, et au Sénégal en 2 jours. Et, en tout état de cause, les spécialistes considèrent que le nombre de cas est toujours sous-estimé puisque l’ensemble de la population n’est pas testé.
En définitive, à l’instar des pays très touchés tels que la Chine, l’Italie et la France, il y a une grande probabilité d’une forte augmentation des cas décelés en Afrique.
Sur le plan économique, après avoir tenté en vain de retarder l’échéance d’un confinement généralisé aux effets désastreux, les pays les plus affectés y ont été contraints. Concernant ces effets, l’Afrique risque également de ne pas être épargnée. Il est déjà estimé que le taux de croissance en 2020 qui était prévu à 3,2 % devrait tomber à 1,8%.

Que faire ?
Sur le plan sanitaire, le Sénégal, à l’instar de plusieurs pays africains, a récemment pris des mesures de confinement partiel avec la fermeture des écoles, l’interdiction des rassemblements de personnes et des vols en provenance des pays les plus affectés. L’Etat a également annoncé la mise en place d’un budget de 1 milliard 400 millions F Cfa pour le financement du plan de riposte. L’espoir est que ces mesures combinées avec les efforts de maîtrise de l’épidémie par les équipes médicales puissent permettre de juguler la crise. Toutefois, c’est à ce niveau que se situe le plus grand problème : après des décennies de sous-investissement -le Sénégal consacrant moins de 5% de ses dépenses publiques à la santé par rapport à la norme mondiale de 15%- le système de santé, classé 173e sur 195 pays en 2017, était déjà à l’agonie et n’est certainement pas en mesure de gérer une épidémie de grande ampleur. Dans ce contexte, le gouvernement doit mobiliser des ressources financières mais également humaines (recensement et mobilisation des diplômés en santé) beaucoup plus importantes pour parer au pire, tout en renforçant le contrôle sur la gestion des structures de santé.
Sur le plan économique, il nous faut aussi agir vite. Des pans entiers de l’économie sénégalaise tels le tourisme et l’hôtellerie, le secteur aérien avec ses activités connexes, le commerce, et en particulier celui de l’import-export agroalimentaire, sont touchés de plein fouet. Les conséquences seront immédiates avec des pertes d’emplois et de revenus, ainsi que des pénuries. Avec l’effet domino et dans un scénario d’aggravation de la crise, ces conséquences risquent de se généraliser. La réduction des transferts d’argent des Sénégalais de l’extérieur qui sont concentrés dans des pays largement affectés par la crise sera un facteur aggravant de la crise économique.
C’est pourquoi il y a nécessité pour le gouvernement sénégalais d’élaborer un plan d’urgence économique. Ce plan devrait contenir une combinaison de mesures tels :
La réduction des prix de l’eau, de l’électricité et du carburant devant faciliter un encadrement de la baisse des prix des denrées alimentaires de base ;
une aide au chômage aux travailleurs à faibles revenus qui ont perdu leur emploi ;
la généralisation des bourses familiales pour les ménages les plus démunies, permettant également d’impacter les familles des travailleurs du secteur informel ;
un soutien aux entreprises, en particulier les Pme, en priorisant les secteurs les plus affectés : ce soutien pourrait prendre la forme de suspension du paiement des impôts et taxes dus, prêts à taux bonifiés et subventions ;
la subvention de la fourniture d’eau en milieu rural et la suspension de la coupure pour non-paiement de facture d’eau en milieu urbain ;
une coordination étroite avec les producteurs et les commerçants pour la mobilisation de stocks alimentaires de sécurité pouvant couvrir les besoins essentiels nationaux pour une période pertinente.
Il est évident que la question fondamentale sera celle de la mobilisation des ressources financières nécessaires à la réalisation de ce plan. Cette crise est certainement une opportunité majeure pour repenser l’allocation des ressources publiques dans notre pays. En effet, pendant longtemps, les secteurs capables d’impulser une demande orientée vers une production nationale, de catalyser une croissance inclusive, et d’assurer un bien-être sanitaire et social partagé ont été négligés. Il s’agira donc de changer de paradigme en renonçant à la course aux infrastructures prestigieuses qui n’ont pas de véritables impacts transformationnels et en réduisant à sa plus simple expression le train de vie de l’Etat. En tout état de cause, le moment est aux priorités : la santé et la sécurité alimentaire des populations.
Dans ce contexte, il est aussi évident qu’il urge d’avoir une concertation régionale pour, entre autres, lever les limites à l’endettement et au déficit public. Il est vrai que le Sénégal est déjà fortement endetté, mais dans ce contexte nous risquons de n’avoir d’autres choix que d’augmenter sensiblement notre dette : à ce niveau il nous faudra surtout faire les bons choix en empruntant auprès des bailleurs offrant des taux concessionnels (La Banque mondiale a déjà annoncé son engagement auprès des pays pauvres). La Bceao aura aussi sans nul doute sa partition à jouer en particulier en poussant les banques commerciales à sortir de leur zone de confort pour mieux financer l’économie.
L’heure est à l’action rapide pour nos gouvernants, car considérant l’évolution accélérée des situations liées à cette pandémie, tout retard dans l’action pourrait nous conduire vers un chaos sanitaire, économique et social.
Ousmane Ndoye
Citoyen
ous_2000@yahoo.com
1 Emile de Girardin
2 World Health Organization (Who) Situation Reports – 17 mars 2020

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here