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Pour assurer la mise en quarantaine des cas contacts suivis par les autorités sanitaires, le gouverneur de la région de Dakar a réquisitionné quatre réceptifs hôteliers de la capitale. Il s’agit de quatre grands hôtels de Dakar : Savana, Ibis Novotel, Ngor Diarama et Lagon 2. Ainsi, c’est un total 752 chambres en pension complète qui sont mises à la disposition des autorités sanitaires. Lesdits réceptifs hôteliers ainsi que leurs personnels et services sont réquisitionnés et mis à la disposition de l’Etat du Sénégal dans le cadre de la riposte au Covid-19.

La corniche Est de Dakar est vide de cette animation diurne qu’elle devait aux activités de nombreux clubs, restaurants et hôtels de bord de mer. Ces lieux sont, pour cause de Covid-19, fermés au public et seul le Lagon 2 a une présence devant ses portes. En apercevant des agents de la Croix-Rouge, l’on comprend que cet hôtel est réquisitionné par les autorités pour accueillir les personnes contacts qui sont mises en quarantaine par les autorités sanitaires qui, par ce moyen, tentent de faire face à la propagation de la pandémie.
Dès l’entrée de service, gel hydro-alcoolique obligatoire et masque de rigueur adoptés, il est alors permis de rencontrer le responsable du lieu. Il se nomme Etienne Thibault, grand bonhomme souriant et affable, qui est aussi président du Syndicat des hôteliers indépendants. A ce titre, ses propos, dit-il, seront tenus en rapport de la problématique qui concerne tous les réceptifs concernés. Après avoir félicité les autorités sénégalaises pour les bonnes décisions prises, il remercie toutes ces personnes dont on ne parle pas, et qui sont nécessaires à la mission qu’on leur a confiée. «Le Service d’hygiène fait un gros boulot, et les bénévoles de la Croix-Rouge sénégalaise font avec les moyens du bord, c’est-à-dire qu’ils sont peu nombreux pour faire face à un service que nous, hôteliers réquisitionnés, ne pouvons effectuer, du simple fait qu’un hôtel n’est pas un hôpital. Nous ne pouvons avoir aucun contact avec les personnes mises en quarantaine, nous n’avons plus accès ni à la réception ni même aux couloirs qui mènent aux chambres.»
Pour Monsieur Thibault, les problèmes qui se posent aux hôteliers réquisitionnés sont souvent identiques et sont structurels. «Les ratios en vigueur dans le secteur demandent à ce qu’un hôtel de 100 chambres ait en temps normal 100 employés, répartis entre réception, jardinage, sécurité, bar, conciergerie et restauration. Or les tâches qui sont dévolues à ceux qui doivent supplanter nos personnels ne sont effectuées que par 4 personnes au Lagon 2, alors que nous avons 40 chambres occupées à gérer pour la restauration, l’hygiène et la gestion des déchets. De la même façon qu’il convient de rendre hommage aux laboratoires et services de santé privés qui sont sur le pont H24, il faut aussi encourager les bénévoles de la Croix-Rouge qui, à mon humble avis, mériteraient de se voir octroyer plus de moyens.»
Le Sénégal, qui mise sur l’engagement de tous pour vaincre la pandémie du Covid-19, peut compter sur un dispositif opérationnel de 1 175 volontaires de la Croix-Rouge sénégalaise, déplo­yé à travers le pays dans le cadre de la riposte au Covid-19.
Ces volontaires déjà formés, médecins, infirmiers et infirmières, hygiénistes, mènent des activités de surveillance, de suivi des contacts, de sensibilisation et d’appui aux soins dans les centres de traitement et d’isolement des contacts mis en quarantaine à Dakar, Rufisque et Thiès. Mais leur mission requiert plus de moyens qu’à l’habitude, situation inédite et exceptionnelle oblige. C’est cette carence qui a provoqué la survenue d’une information faisant état de mauvaises conditions de vie des personnes en quarantaine à l’hôtel Ngor Diarama, dont l’une fustigeait la qualité des repas, souvent servis froids et se plaignant d’un confinement qui avait des allures d’emprisonnement, au point d’avoir pu donner à une personne des idées macabres de suicide.
Au Diarama de Ngor, ce sont 94 chambres qui ont été mises à la disposition des personnes contacts confinées. Et pour un réceptif de cette étendue, il n’y a que 4 bénévoles pour faire le travail. Il est inévitable que les repas qui sont mis à la disposition de ces bénévoles, seuls à avoir accès aux couloirs et aux chambres pour les acheminer aux confinés, arrivent froids. C’est M. Ousmane Ndao, secrétaire du directeur général, qui raconte les soucis causés par des dispositions qui ne relèvent pas de leurs compétences et de leur rôle, pour parer à certaines difficultés.
«Nous ne gérons ni la réception ni les ascenseurs, ni les couloirs ni les valets et équipiers. Les problèmes surgis depuis la nuit de vendredi à samedi dernier datent de l’accueil de ces 94 personnes, et ne sont pas de notre responsabilité. Les éléments de la Croix-Rouge font avec conscience ce qu’ils peuvent faire. Seul leur petit nombre est leur limite. Nous avons en outre un souci avec les mesures d’hygiène à faire respecter. Qui traite le linge sale, la literie, les serviettes, les déchets, les poubelles ? Les éléments de la Croix-Rouge ne sont pas là pour ces tâches et se contentent de leur donner les produits nécessaires au maintien de la propreté de leurs chambres. Même les blanchisseries industrielles qui recueillent ce linge doivent être averties de leur provenance et être en mesure de se protéger. En outre, nous n’avons à l’heure qu’il est reçu aucune mesure de sécurité publique comme il était convenu avec le gouverneur, ce qui peut donner lieu à des dysfonctionnements inquiétants.» Effectivement, l’arrêté ministériel précise que la police et la gendarmerie se chargent de la sécurisation des lieux précités et qu’aucune sortie n’est autorisée.
M. Astacko Seck de la Croix-Rouge, qui va de site en site pour encourager ses bénévoles et rassurer les personnes contacts mises en quarantaine, estime que parfois les médecins ne disent pas la totale vérité aux personnes qui ont été en contact avec des malades positifs au Covid-19. Certains pensent qu’ils ne sont là que pour quelques jours, histoire de juste leur faire un ou deux tests. «C’est là, qu’en plus des moyens que nous attendons de toute la collectivité nationale en termes de dons, une assistance psychologique est aussi nécessaire, car des personnes supportent très mal la quarantaine. La Croix-Rouge a besoin de plus de bénévoles, cela faciliterait la gestion des personnes en quarantaine. En ce qui concerne les déchets, nous avons trouvé une solution de les incinérer, et pour les aspects hygiéniques, nous savons gérer, mais désirons avoir une aide en ce qui concerne la blanchisserie.»
Monsieur Astacko Seck réitère ses appels à l’aide de la part des citoyens et donateurs pour que la Croix-Rouge puisse s’atteler avec efficacité à sa mission et atteindre les objectifs de contention du coronavirus au Sénégal. Avant d’asséner, philosophe, mais pas résigné du tout : «Tout le monde peut se retrouver ici en quarantaine dans une chambre pendant 14 jours sans le vouloir. Alors la solution, c’est de rester chez soi et d’éviter les déplacements inutiles. Nous avons vu que les cas communautaires commencent à se multiplier : respectons les mesures d’hygiène, portons des masques et surtout ‘’toglen sen kër’’.» Pour que la mission ne devienne pas impossible.

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