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Depuis quasiment 70 jours, le Sénégal a adopté une stratégie de riposte face au Covid19 qui certes, a donné des résultats intéressants mais n’a pas été à la hauteur des attentes.
Une simple observation laisse constater que la surveillance épidémiologique est toujours statique avec l’investigation des cas suspects et confirmés, le suivi des cas contacts et le dépistage des cas  asymptomatiques qui ont fréquenté les structures de santé de niveau 3. Il a été annoncé aussi le début de l’utilisation de la stratégie numérique qui tarde à prendre son envol. Ces mêmes constats sont notés dans la communication avec le même style de communiqué utilisant les mêmes supports avec les mêmes acteurs. Or, nous sommes à la phase active de la pandémie qui se propage avec une grande célérité touchant plus d’une trentaine de districts, dans plus d’une vingtaine de départements de plus d’une dizaine de régions avec en toile de fond des cas communautaires. Ces derniers, jusque-là ne sont détectés que lorsqu’ils sont symptomatiques. Combien sont-ils parmi nous ? Ils sont dissimulés tranquillement dans la population générale entretenant la flamme de la contamination. Dès lors, nous sommes tenus de réajuster les méthodes et stratégies de lutte. L’épidémiologie de terrain nous apprenait qu’une stratégie de lutte doit être dynamique d’autant plus qu’avec le Covid19, l’une des particularités est son caractère mutagène avec des surprises à tout point de vue. Toute vérité d’aujourd’hui peut devenir facilement obsolète demain. Doit-on alors continuer à riposter ou ne devrons-nous pas déclencher la grande offensive contre le Covid19 et envisager l’assouplissement des mesures ?
Il urge d’opérer des mutations majeures et ne pas toujours subir la maladie.
Un bilan hebdomadaire en lieu et place de celui mensuel permettrait, avec des indicateurs objectivement vérifiables et des moyens de vérification, d’évaluer les gaps. Cela suppose que des objectifs hebdomadaires soient fixés par rapport à la réduction des cas incidents, à l’appropriation de certaines mesures barrières et à l’observance des  règles tant pour les patients que pour le personnel de santé aussi bien en milieu hospitalier qu’en milieu extra hospitalier. Ces objectifs doivent être formulés pour chaque zone tenant compte des spécificités comme l’existence des cas communautaires. Ces cas constituent une équation dont la résolution semble poser problème aux autorités sanitaires.
Nous estimons qu’il faut réajuster la stratégie destinée à ces dits cas. La solution n’est plus d’attendre la manifestation des signes chez ce type de cas pour le dépister et l’interroger afin de savoir qu’il n’est pas traçable. Il est temps de lancer l’offensive contre les cas communautaires asymptomatiques en privilégiant une démarche d’échantillonnage aléatoire au niveau des quartiers «covidogènes» pour, à la fois, tester, dépister, traiter et arrêter en même temps la chaîne de transmission. Cette approche est techniquement et financièrement possible et est utilisée dans les enquêtes démographiques et de santé dans nos pays pour le recensement de la population.
Le flux de patients qui découlerait de ces approches serait pris en charge en mutualisant les campus universitaires pour les cas simples à modérés en impliquant les étudiants en fin de cycle des différentes facultés de médecine du Sénégal et toute autre personne ayant des connaissances en santé, après bien sûr une mise à niveau idoine. Toutes ces stratégies combinées aux mesures et règles barrières qui, du reste, sont d’une extrême importance, contribueraient à limiter la propagation des cas issus de la transmission communautaire.
Les données issues de ces méthodes aléatoires permettraient parallèlement d’alimenter les modèles de prédiction mathématiques compartimentés avec des variables contextuelles pouvant estimer avec un risque d’erreur faible, le taux de reproduction de base. Ce taux appelé R0 est le nombre attendu de nouveaux cas d’une infection engendrés par un individu infecté, uniquement dans une population ayant un contact.
La cartographie de la pandémie nous impose aussi d’envisager dans les meilleurs délais, un réajustement des mesures au regard des externalités négatives issues des mesures de restriction pour éviter des pandémies parallèles sur le plan médical, économique, social entre autres.
Par exemple, les régions avec 0 cas tout comme celles qui ont enregistré quelques cas sporadiques doivent bénéficier de stratégies particulières d’assouplissement tout en surveillant rigoureusement les différents points d’entrée ou de sortie de ces localités et en érigeant des sites sentinelles au niveau communautaire avec plus de responsabilités conférées aux populations.
Cet allègement doit également être étendu à certains lieux de culte et autres commerces avec un encadrement et un respect scrupuleux des mesures et gestes barrières comme le port systématique de masques et la distanciation sociale. Impatients sommes-nous d‘entendre son Excellence Monsieur le Président Macky Sall. Son adresse à la Nation rassure. En temps de guerre l’apparition, de temps en temps, du chef de l’Etat peut décrisper l’atmosphère, remonter le moral des troupes et renforcer la confiance du Peuple. Monsieur le Président, à l’instar de tous les autres leaders temporels comme spirituels, est invité à se prononcer souvent pour préserver la cohésion et l’unité face au Covid19.
Tous, ensemble, pour barrer la route au Covid-19
Pr Massamba DIOUF
Epidémiologiste et Agrégé en Santé publique

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