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Depuis près d’un mois, les cours sont suspendus au sein de plusieurs établissements privés d’enseignement supérieur, à cause du non-respect des clauses du contrat qui les relient à l’Etat. Hier, la Fédération des établissements privés d’enseignement supérieur (Fepes) a fait état de la situation actuelle lors d’une conférence de presse et prévoit de tenir un sit-in devant le ministère des Finances pour le contraindre à payer les 24 milliards qu’il leur doit.

La Fédération des établissements privés d’enseignement supérieur (Fepes) est particulièrement remontée contre l’indifférence dont fait montre le ministère de l’Economie, des finances et du plan dans le cadre du traitement de leur situation. Abass Fall, vice-président de la Fepes, a expliqué que les difficultés rencontrées pour le paiement des 4 milliards d’avance, décidé par le président de la République par décret d’avance, se situent au ministère des finances. Alors que le ministère de l’Enseignement supérieur aurait effectué toutes les démarches nécessaires pour le paiement immédiat des 24 milliards F Cfa. «Pour le décret d’avance, on nous a donné de fausses informations disant que c’est le ministre de l’Enseignement supérieur qui n’a pas déposé les documents dans les délais. Lorsque nous avons eu à creuser, nous nous sommes rendu compte que ce n’était pas la vérité et que le ministère de l’Ensei­gnement supérieur avait fait exactement ce qu’il devait faire parce que ce n’était pas dans son intérêt de faire capoter ce programme. Le problème se trouvait au niveau du ministère des Finances», révèle M. Fall.

En présence de plusieurs représentants et directeurs d’établissements privés, le vice-président de la Fepes a condamné les agissements du ministre des Finances, qui ne considérerait pas l’éducation comme une priorité. M. Fall s’exclame : «Le ministre des Finances ne veut pas, il a ses priorités. L’enseignement supérieur privé n’en fait pas partie. Il a une autre volonté derrière. Dans tous les pays du monde, l’éducation et la santé sont des priorités. Nelson Mandela disait que l’arme la plus puissante pour changer le monde c’est l’éducation. Nous ne pouvons pas comprendre qu’un ministre des Finances se comporte comme un roi et fasse ce qu’il veut et ne prenne pas en compte ces priorités. Jusqu’à preuve du contraire, c’est au niveau du ministère des Finances que tout est bloqué, raison pour laquelle nous avons décidé d’y aller et d’y faire un sit-in.» Au vu de la situation, la Fepes a décidé de dérouler des actions dans les prochains jours afin d’informer toutes les parties, qui pourraient être impactées par cette situation. La Fepes a justement déposé une demande de sit-in devant le ministère de l’Economie à la Préfecture de Dakar. «En début de semaine prochaine, d’autres actions seront posées», annonce Abass Fall.

«L’Etat doit comprendre qu’il a le devoir d’appuyer et non de pousser à la faillite des entreprises privées comme les
nôtres s’il veut arriver à l’émergence»
Il faut savoir que toute cette tension est due au retard de paiement de la dette de 24 milliards F Cfa due à la Fepes. En détails, 8 milliards constituent 50% des 16 milliards de l’année dernière. A ces 8 milliards s’ajoutent 16 milliards, qui constituent les frais d’inscription des 30 mille inscrits dans les établissements privés, membres de la fédération. Il est stipulé dans le contrat que l’Etat doit verser en début d’année académique 50% de la somme de l’année, 25% à la fin du premier semestre et les 25% restants en fin d’année. Selon la Fepes, les étudiants suivent les cours depuis le mois d’octobre dans leurs établissements alors qu’ils n’ont rien perçu. Par conséquent, les cours ont été suspendus pour contraindre l’Etat à payer la facture. Selon Habib Faye, administrateur des programmes et représentant de Ismec-Isst, «80% des inscrits dans les établissements privés sont des nouveaux bacheliers orientés par l’Etat, ce qui constitue un énorme manque à gagner pour les établissements. Voilà pratiquement 2 ans que l’Etat n’a rien versé du tout. C’est depuis 2013 que la situation perdure». En écho, M. Fall renchérit : «Au-delà de ces milliers de jeunes sénégalais dont il (l’Etat) piétine le droit à la formation, les établissements privés d’enseignement supérieur sont des entreprises qui font nourrir des milliers de concitoyens et qui sont obligés de faire face à des charges multiples.»
Malgré la situation, la Fepes ne ferme pas la porte aux négociations. Selon le vice-président de la Fepes, si l’Etat manifeste une volonté de régler la situation, les établissements reprendraient les cours tout en poursuivant les négociations sur le reliquat. Bien sûr, la condition qu’il y ait préalablement «un échange franc» avec les autorités compétentes. «C’est une question de principe, quand un Etat signe un contrat avec des tiers, il se doit de les respecter. S’il a des difficultés, il devrait communiquer. On nous a fait croire qu’il y a de l’argent dans les caisses de l’Etat, s’ils n’ont pas payé, c’est que c’est une question de mauvaise volonté.» Il ajoute : « Chaque année nous essayons de négocier et depuis un an, rien n’a été versé.» Que devient le contrat signé avec le gouvernement ? «Le contrat avec l’Etat n’a presque plus de valeur», avoue Abass Fall qui ne parle pas cependant d’une rupture.
Stagiaire

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