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Depuis quelques semaines, le Sénégal procède à un réajustement stratégique de ses Armées en créant de nouveaux cantonnements militaires. Face à la montée de la menace terroriste et d’autres menaces transnationales, il s’agit d’une nécessité sécuritaire pour faire face à la dégradation de la situation sécuritaire dans la sous-région ravagée par des attaques terroristes.

Goudiry, Fatick, Louga… L’Ar­mée procède depuis quelques mois à une réécriture de la carte sécuritaire en créant de nouveaux cantonnements militaires. L’Etat-major des Armées sénégalaises procède depuis un certain temps à un maillage du territoire national. De l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud en passant par le Centre, on constate l’installation de camps militaires un peu partout dans le pays. Hier, le ministre des Forces armées a procédé à l’inauguration et au baptême du camp militaire de Louga, qui a été érigé ans la commune de Nguidila. Le 15 septembre dernier, il a posé le même acte à Némading dans la région de Fatick vers la frontière gambienne.
Le 14 juillet dernier, la cérémonie de pose de la première pierre du camp militaire de Goudiry, situé à l’Est du Sénégal, à la frontière malienne, a été effectuée par le ministre des Forces armées, Me Sidiki Kaba, et le chef d’Etat-major général des Armées, le général de corps aérien, Birame Diop. Grâce à sa position, ce cantonnement militaire accueillera le 4ème Bataillon de reconnaissance et d’infanterie de l’Armée. Qu’est-ce qui peut expliquer cette militarisation accélérée de plusieurs zones ? Evidemment, la situation explosive de la sous-région où se meuvent des terroristes pousse tous les pays à réajuster leur stratégie sécuritaire pour faire face aux menaces transnationales.
Face à l’expansion du conflit malien dans la région du Sahel et la menace qu’elle pose aux régions côtières d’Afrique de l’Ouest comme le Sénégal, il est évident de renforcer la capacité de réponses des soldats. Ancien patron de la Dirpa, le colonel à la retraite Antoine Wardini explique : «Les gens parlent de terrorisme, c’est à la mode, donc pour ne pas être pris de court également, mieux vaut prévenir que guérir du moment que le terrorisme est à nos portes, tout le monde dit que tous les pays autour du Sénégal sont menacés, pour ne pas dormir sur nos lauriers, il faut prendre ses dispositions. Donc mettre des camps militaires, ça nous permettrait d’avoir un œil un peu partout, d’être au courant de ce qui se passe à gauche et à droite pour pouvoir prendre les devants et ne pas attendre à la dernière minute pour commencer à intervenir.» Et d’ajouter: «Surtout actuellement le contexte dans lequel nous vivons, le contexte de pandémie d’abord, le contexte de terrorisme, on comprend aisément pourquoi on veut prendre les devants pour ne pas être surpris en installant des cantonnements militaires pour pouvoir intervenir en cas de besoin.» Il s’agit d’un recadrage stratégique.

Colonel Antoine Wardini : «On veut prendre les devants pour ne pas être surpris»
Aujourd’hui, les Forces armées ont besoin d’avoir une présence avancée pour être proches des citoyens. Selon le militaire à la retraite, cela se justifie aussi par le fait que l’Armée a besoin d’être à proximité de ses populations avec le concept Armée-Nation pour les aider. «Le fait d’implanter à gauche, à droite, certainement c’est pour mailler davantage le territoire national, parce que partout où on est, on doit avoir des garnisons à gauche, à droite pour pouvoir intervenir en cas de besoin. Les urgences sont là : quand il y a inondations, des catastrophes naturelles, l’Armée est toujours là pour aider», soutient le colonel Antoine Wardini. Ce dernier renchérit en déclarant que «l’installation des camps militaires participe à la sécurisation des populations et de leurs biens. D’abord si on considère que l’Armée tient beaucoup à son concept Armée-Nation, une armée pour la Nation, on peut comprendre pourquoi on est en train de déployer des camps militaires un peu partout dans le pays. Parce que c’est pour se rapprocher des populations, sécuriser les populations, surtout travailler, aider celles-ci».
Il est dans le même sillage que le ministre des Forces armées, qui justifie la création du camp de Goudiry pour une nécessité sécuritaire avec une explosion des menaces transnationales. «Cela participe de la volonté de renforcer la sécurité aux frontières et de protéger les populations conformément à la volonté du Président, chef suprême des Armées. Ce nouveau camp de Goudiry permettra d’assurer notre présence et notre capacité de réaction sur l’axe Tam­bacounda-Kidira. Il pourra aussi servir de base avancée pour des opérations de coercition ou des actions humanitaires dans des situations d’urgence», avait exprimé Me Kaba.

Dégradation de la situation sécuritaire de la sous-région
Avec sa proximité avec le Mali, ravagé par des groupes terroristes, et la Mauritanie, la construction de ce cantonnement militaire devenait un impératif sécuritaire. «Depuis 2010, notre sous-région connaît une intensification des violences et une multiplication des conflits, des attaques violentes des organisations extrémistes, la criminalité transfrontalière, entre autres, qui menacent au quotidien notre pays. Et c’est pourquoi la zone militaire no 4, située sur la façade Est de notre pays, limitrophe avec 4 pays, demeure une priorité dans la politique de défense de notre pays», insiste le ministre, qui estime que «la menace des organisations extrémistes nous commande de renforcer notre veille au niveau des frontières. Et c’est tout le sens qu’il faut donner à l’implantation du camp de Goudiry. Il obéit à la fois à une vision stratégique et opérationnelle et confirme la volonté permanente des autorités de renforcer la sécurité nationale et d’apporter une riposte appropriée face aux menaces protéiformes.»
Alors, le maillage se dessine entre l’Est, le Centre et le Centre-ouest pour parer à toute éventualité. Bref, il s’agit d’une présence préventive…

La Dirpa sur l’installation des nouveaux cantonnements militaires : «C’est pour s’adapter à l’évolution du contexte stratégique régional» 

Après la création du nouveau cantonnement de Goudiry, le ministre des Forces armées a procédé aussi à l’inauguration des camps militaires de Némading (Fatick) et de Nguidila (Louga). L’ouverture de ces cantonnements entre dans le cadre de la volonté des hautes autorités de densifier le maillage territorial des unités afin de s’adapter à l’évolution du contexte stratégique régional et répondre davantage aux besoins des populations en matière de sécurité. Par exemple, l’unité qui va être déployée à Goudiry, zone frontalière avec le Mali, prochainement dans cette localité, permettra, en liaison avec les autres forces de sécurité, de lutter avec plus d’efficacité contre l’insécurité et les menaces transfrontalières. Elle permettra également de mieux opérer avec les unités des pays voisins, dans le cadre de la coopération transfrontalière, selon la Direction de l’information et des relations publiques des Armées (Dirpa). Cette dernière ajoute que l’implantation des autres nouveaux cantonnements obéit aux mêmes impératifs sécuritaires pour une protection maximale de l’intégrité territoriale du pays.
msakine@lequotidien.sn

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