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Si certains pays de l’Union monétaire ouest-africaine (Umoa) restent dans le fond du classement du Doing business publié chaque année par la Société financière internationale (Sfi), filiale de Banque mondiale, c’est dû en partie aux mauvais scores réalisés par ces pays en matière de disponibilité de l’information sur le crédit. Raison pour laquelle la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) a mis en place depuis 2013, un projet de promotion des Bureaux d’informations sur le crédit (Bic).

Le Doing Business, ce classement que la Société financière internationale (Sfi), filiale de la Banque mondiale, publie chaque année, se veut une vitrine de l’environnement des affaires dans les pays. Une des raisons pour lesquelles certains pays membres de l’Union monétaire ouest-africaine (Umoa) demeurent dans le bas du classement reste l’absence d’une information fiable sur le crédit. Dans la zone Umoa, les pays obtiennent régulièrement une note comprise entre 0 et 1 sur une échelle de 8, tandis que des pays tels que le Ghana et le Rwanda affichent respectivement les notes de 6 et 8. La Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), qui fait ce constat, a décidé d’apporter des solutions à ce problème. C’est pourquoi, depuis 2013, la Bceao a initié un projet de promotion des Bic dans la zone Umoa «conformément aux recommandations du Rapport du Haut comité ad hoc des chefs d’Etat sur le financement des économies». Dans sa note n° 4 de l’année 2017, la Bceao fait un large focus sur ce dispositif qui «assure la disponibilité d’informations économiques et financières sur les clients pour faciliter la mise en place de crédits en leur faveur et l’analyse des risques pris dans ce cadre». Selon la Banque centrale, l’objectif est «de réduire l’asymétrie d’information sur la solvabilité des emprunteurs, qui contribue notablement au rationnement du crédit et de renforcer l’accès au crédit à moindre coût, tout en préservant la qualité du portefeuille des banques». L’existence de Bic comporte des avantages certains pour l’économie des pays. Selon la Bceao, «le Bic contribue à l’amélioration du financement des agents économiques, à moindre coût, du fait de ses avantages pour les emprunteurs et les prêteurs. Il contribue également, à renforcer l’efficacité de la supervision de l’activité de crédit, notamment la prévention du surendettement, ainsi qu’à la maîtrise du risque systémique. Les Bic participent aussi, au renforcement de l’attractivité des Etats vis-à-vis des investisseurs étrangers, à travers l’amélioration du climat des affaires». Pour les clients également, le recours aux Bic est positif en ce sens qu’il peut améliorer l’accès au crédit, à un coût réduit et avec de moindres exigences de garantie. D’après la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, il permet de prendre en compte la qualité de leur réputation dans les critères d’appréciation des organismes de crédit et d’améliorer la qualité du service et de la relation avec les institutions financières et les autres adhérents et de disposer d’outils innovants (outils web notamment) pour leur permettre d’avoir accès à leur notation, de vérifier l’exactitude des informations les concernant et de procéder, le cas échéant, à des réclamations. «Globalement, l’impact économique de la création de Bic dans les économies en voie de développement s’est traduit notamment, par une hausse du crédit bancaire. A titre d’illustration, d’après une enquête menée par la Société financière internationale (Sfi) en 2006, l’encours des crédits octroyés par les banques de l’Equateur a doublé en l’espace de 6 ans. Par ailleurs, au Maroc, il a été noté une augmentation de 143,7% du nombre de contrats de prêts entre janvier 2010 et août 2012», souligne la Banque centrale. Pour les établissements assujettis, le Bic constitue un outil efficace d’analyse, d’évaluation et de gestion des risques, qui permet d’anticiper le surendettement des emprunteurs, de prendre de meilleures décisions pour l’octroi des crédits, et d’augmenter le volume des crédits, indique la banque, qui précise que «60% des banques ont noté une diminution des crédits impayés de 25% et la moitié des institutions sondées ont enregistré une forte diminution du temps d’instruction des demandes de crédit. En outre, en Egypte, l’arrivée des Bic a favorisé une baisse des taux de provisionnement sur les prêts (11% à fin décembre 2011 contre 13,4% à fin 2009)».

Volo agrée pour le Sénégal
Favorable à la mise en place de Bic, la Bceao a toutefois, mis en place des mesures censées réguler l’exercice de ces entités. «Le Conseil des ministres a fixé à 500 millions de francs Cfa, le montant du capital social minimum des Bic, lors de sa session du 26 septembre 2013», informe la Banque centrale. En outre, elle a convenu des instructions pour l’application de la loi uniforme.  «Ces textes réglementaires se rapportent aux questions d’agrément du Bic et d’obtention du consentement du demandeur de crédit pour le partage des informations le concernant. Ils sont relatifs également aux modalités de transmission des informations sur le crédit aux Bic, à l’homologation des grilles tarifaires des Bic ainsi qu’aux modalités de réception et de traitement des réclamations des clients par les Bic. Ces instructions d’application portent aussi sur les modalités de communication des comptes annuels des Bic à la Bceao et de transfert de la base de données ainsi que des copies électroniques de secours des Bic à la Banque centrale, en cas de retrait d’agrément», précise la Bceao.
Au Sénégal comme au Burkina, au Mali, au Niger et au Togo, c’est Volo qui agrée en qualité de Bic.
En ce qui concerne le Sénégal, Ahmadou Al Aminou Lô, Directeur national de la Bceao, avait signalé, en marge de leur dernière réunion trimestrielle avec l’Association des professionnels des banques et établissements financiers du Sénégal (Apbef), que le Bic n’est toujours pas opérationnel. «Nous restons encore malheureusement, dans une situation où les clients des banques ne veulent pas donner leur consentement et ça porte préjudice à l’opérationnalisation du dispositif. Nous avons échangé sur les voies et moyens de sensibiliser, de convaincre le grand public sur le consentement à donner. Nous nous sommes aussi appesantis sur les grosses sociétés auprès desquelles aussi nous restons confrontés à quelques difficultés dans la délivrance de leur consentement. Ce qui n’est pas compréhensible, parce qu’une grande société qui doit de l’argent à une banque doit pouvoir lui donner naturellement, son consentement et permettre que les données qui la concernent fassent l’objet de partage», avait déploré M. Lô.

mamewoury@lequotidien.sn

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