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La première chose que l’on nous a apprise à l’école a été de savoir lire, écrire et compter. La lecture représente pour le cerveau ce qu’incarne le sport pour le corps. Comme un éternel recommencement, lisez, lisez à chaque fois que l’occasion se présente, peu importe la qualité du document ou de l’auteur, que cela soit une ordonnance, une facture, un contrat… car comme le dit si bien l’adage «l’appétit vient en mangeant» pour ensuite passer aux manuscrits de référence.
Mais le constat est alarmant. La plupart des gens considèrent la lecture comme un loisir dont ils peuvent se passer. Pourtant, un vieux, bien qu’il soit analphabète, nous disait toujours : «Si la personne qui a reçu une instruction qui lui conférerait la compétence de lectrice ne lisait pas, qu’est-ce qui la distingue de celle qui n’a pas la capacité de lire.» A vrai dire, elle n’existe point puisque que lorsqu’on cesse de lire, on commence à être laissé en rade en ce qui concerne les nouveautés (dans tous les domaines) que le monde a à nous offrir. Nous ne sommes pas aidés dans cela par certains de nos sites web des plus populaires qui nous proposent des articles dont le sujet aurait pu être développé en une petite bibliothèque, constitués seulement d’un paragraphe de moins de 4 lignes ; ce que nous pouvons qualifier d’escroquerie intellectuelle.
Nous savons tous qu’avec les nouvelles technologies, les choses changent à une vitesse phénoménale. Cependant, grâce à internet dont nous n’exploitons pas la vraie potentialité (Ymgx)1, se mettre au parfum, au diapason est chose aisée. Vous avez stoppé d’acquérir des connaissances, sachez que l’individu à côté de vous est un dévoreur de livres, il est insatiable quand il s’agit de bouquiner et d’accumuler des connaissances. Ces gens auront chaque jour un pas d’avance par rapport à vous.
Récemment, nous discutions avec un ami de cet état de fait et il a utilisé une expression, pour justifier cela, qui nous était incompréhensible, nous citons : «Paresse intellectuelle.» Il s’en est suivi un débat houleux bien qu’assez philosophique sur un réseau social (Mdr)2 comme vous pouvez vous imaginez. Finalement, on s’est accordé sur le fait qu’avoir la paresse de lire et en même temps être intellectuel est quelque chose de difficilement conciliable dans la mesure où être intellectuel c’est plus une faculté à agir et réagir par la pensée et la raison.
Donc fondamentalement, on peut retenir qu’une personne ne continuera pas à agir par l’intelligence si elle cesse d’apprendre, dont le plus grand vecteur est le livre puisque ses connaissances, d’où elle tire sa perspicacité, deviendront sous peu de temps obsolètes.
En échangeant avec une copine cette fois-ci, nous avons été confronté à une deuxième notion aussi inacceptable, à savoir : «Je n’ai pas assez de temps.» C’est vrai que de nos jours, il devient de plus en plus pénible de trouver le temps de lire avec tous les divertissements auxquels nous sommes exposés. Dès lors, le tuyau est d’essayer d’ouvrir un livre la nuit, au moment où vous êtes allongé sur votre lit en pyjama, en attendant de tomber dans les bras de Morphée.
Au-delà du fait d’être en mesure de bouquiner tranquillement, cela vous permettra d’éviter d’avoir une insomnie (expérience personnelle). D’ailleurs, nous vous invitons à être tentés de lire un livre, un document ou surtout un e-book (livre électronique) sur votre smartphone ou votre tablette lors de vos longs séjours dans les moyens de transport dont vous vous apitoyez à raison ou dans les files d’attente à n’en plus finir.
Néanmoins, le plus grand paradoxe que les Sénégalais qui aiment lire font face est une absence criarde d’infrastructures adaptées et adéquates pour assouvir leur soif de connaissance. Nous ne pouvons pas nous imaginer dans une Nation où plusieurs chefs d’Etat post-indépendances (Houphouët-Boigny de la Côte d’Ivoire, Modibo Keïta du Mali, Hubert Maga du Bénin…) ont effectué leurs études (à l’Ecole normale William Ponty de Gorée) et où se trouve l’une des plus anciennes et des plus renommées universités de l’Afrique de l’Ouest, qu’il n’y ait pas une salle de lecture dédiée, capable d’accueillir plus de 100 personnes (bibliothèques universitaires exclues) pour un territoire qui compte 14 millions d’habitants environ.
Nous mettons quiconque au défi de nous en suggérer une parce que nous en avons bien cherché en vain alors qu’on inaugure çà et là des salles de cinéma et des stades et la construction de la future Arène nationale en fait déborder le vase. Nous ne faisons pas dire à Gœthe : «Le déclin de la littérature indique un déclin de la Nation. Les deux gardent le même rythme dans leur tendance à la baisse.»
On veut notre bibliothèque nationale qui aurait dû être mise à la disposition des Séné­ga­lais depuis des décennies. Comment peut-on prétendre à l’émergence sans une recherche et un enseignement forts consolidés par une bibliothèque nationale et archives dignes de ce nom. Cela doit être une exigence et une priorité nationale.
Les syndicats d’enseignants (Saes, Cusems…), au lieu d’en faire leur cheval de bataille, se mettent, à chaque fois qu’ils montent au créneau, à parler d’intérêts pécuniaires et autres. Nos journalistes, n’en parlons pas, la plupart passent leur temps à nous rabattre les oreilles avec de la politique politicienne de gauche à droite en omettant les vraies questions prioritaires qui tiennent à cœur les Séné­galais.
Sur ce, nous nous en allons vous dire : «Un esprit sain dans un corps sain.» Donc, tout en vous souhaitant un bon mois de ramadan, nous vous en conjurons de commencer et/ou continuer à entretenir votre esprit et votre cerveau par la lecture tout comme vous le faites pour votre corps parce que le futur d’un Sénégal émergent en dépend.
Seydou NDAO
1. Ymgx : Yama gueuneu xam : toi-même tu sais
2.  Mdr : Mort de rire

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