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Un pays fait son histoire mais subit sa géographie, disait Bismarck. Affirmation ne peut mieux se vérifier que dans le cas de la Gambie, pays voisin dans le Sénégal… Pardon ! du Sénégal.
La géographie des deux Etats rend complexe la solution à apporter à la crise post-électorale née en Gambie voilà presque deux semaines.
Les uns préconisent le règlement par voie diplomatique, les autres optent pour l’intervention militaire en cas d’échec de la diplomatie.
Mais déjà, il faut se féliciter de l’activité diplomatique intense menée par le Sénégal en l’espace de quelques jours, ce qui a permis de braquer tous les projecteurs du monde sur la Gambie et d’obtenir du coup une réprobation mondiale de la volte-face de Yahya Jammeh. Ce beau succès diplomatique sous l’ère du président Macky Sall doit être salué à sa juste valeur par tous les Sénégalais et j’allais même dire, les Sénégambiens. Même le nouveau président élu américain, Donald Trump qui est vu comme un partisan de l’isolationnisme, n’a pu s’empêcher de mettre en garde le Président Jammeh.
Pour une fois, toute la classe politique en tout cas pour le moment, est unanime pour se solidariser de la démarche des autorités sénégalaises. On a par exemple vu l’ancien directeur de cabinet du Président Abdoulaye Wade, Habib Sy, se féliciter des efforts du gouvernement pour la résolution de cette crise. Il devrait en être ainsi pour toutes les questions majeures sur lesquelles la voix du Sénégal est attendue.
Le leadership du Sénégal devrait s’affirmer davantage dans la sous-région et sur le continent africain, puisque notre belle démocratie, nos ressources humaines et aujourd’hui nos ressources minières, nous y prédestinent.
Sur ce registre, l’intervention militaire doit tout sauf être envisagée en Gambie. D’abord pour les raisons évoquées plus haut, mais aussi et surtout pour les risques que cela peut engendrer dans la partie sud du pays. On peut toujours commencer une guerre mais on ne sait jamais comment et quand est-ce qu’il faut la terminer.
Sauf maladresse dans la stratégie déjà empruntée par le gouvernement sénégalais et la Cedeao, le pouvoir de Jammeh déjà chancelant, est un fruit mûr que l’opposition gambienne peut ramasser pacifiquement à tout moment, bien avant même le délai constitutionnel prévu.
Au concert de réprobations de la communauté internationale, provoqué par le lobbying efficace de la diplomatie du Sénégal sont venues s’ajouter les défections qui commencent à être notées dans les rangs de l’armée et de la diplomatie gambiennes. Sans compter l’excellent travail  de la diaspora et de la société civile gambiennes, pour accompagner l’unité de son opposition.
Au regard du déroulement des évènements, Yahya Jammeh serait plutôt en train de chercher des garanties après son retrait du pouvoir en dépit de sa saisine de la Cour suprême qui ne l’est que de nom.
Il appartient aux autorités sénégalaises de maintenir le tempo et de continuer à faire montre du même tact, de la même intelligence stratégique pour une issue heureuse à ce bras de fer sans issue engagé par le fils de Kanilaï.
Et il ne faut jamais perdre de vue que l’arme fatale, plus efficace même qu’une intervention militaire contre Yahya Jammeh, est le risque de contournement du bac déjà brandi par les transporteurs sénégalais. Le premier contournement a été révélateur de la fragilité du pouvoir gambien face à son puissant voisin sénégalais. Si jamais les transporteurs mettent leur menace à exécution, cela sonnerait définitivement le sort de Jammeh, puisqu’il ferait face dans ce cas à une révolte intérieure plus dangereuse pour lui qu’une intervention extérieure.
Retenons cette sagesse pour terminer, le pire ennemi de la paix est la haine engendrée par la guerre.
Mamadou BA
Expert en ressources humaines
Diplômé du Cfpa et de l’Ena de France
Administrateur du cabinet Allo! Drh.com
allodrh.com@gmail.com

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