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A Thiès, l’élève Ousmane Mbaye a perdu son nez et son camarade Amady Touré son œil droit. Ces derniers ont été grièvement atteints par des grenades lacrymogènes suite aux violents affrontements entre élèves et policiers depuis lundi. Un acte qui révolte leurs camarades qui poursuivent leur mouvement d’humeur dans les rues de Thiès.

C’est une vague d’indignations qu’a suscitée la blessure des deux élèves du Lycée El Hadji Malick Sy Malick Sy suite aux affrontements avec les Forces de l’ordre depuis lundi. Ousmane Mbaye, élève en classe de seconde audit lycée, a perdu son nez et Amady Touré, en classe de terminale, son œil droit. Un acte criminel, selon leurs camarades, qui dénoncent la bavure policière. «Ils ont tous les deux reçu à bout portant une grenade lacrymogène en pleine figure», révèlent les élèves. Très en colère, ils assènent : «S’ils pensent que nos camarades internés au service des urgences de l’hôpital El Hadji Amadou Sakhir Ndié­guène nous ébranlent, ils se trompent. C’est cette bavure même qui nous révolte. Nous condamnons l’acte et exigeons toute la lumière sur cette affaire.» Ce d’autant, poursuivent-ils, «ils sont désormais devenus des handicapés à vie alors qu’ils ne demandaient que de retourner dans les salles de classe et recevoir leurs bulletins de notes».
Revigorés, ils disent poursuivre la lutte jusqu’à bout. «Chaque jour, nous allons remettre çà. Et ce, jusqu’à la fin de la crise scolaire.» Dans la même lancée, le père de l’une des victimes, Cheikhna Touré, inspecteur de l’enseignement élémentaire à la retraite, depuis 5 ans, déplore lui, qu’«au Sénégal, nous sommes coutumiers de ces bavures. Ce cas-là n’est certes pas mineur puisqu’il a perdu un œil. Mais ce n’est rien comparé à ceux qui ont perdu la vie à cause de ces bavures. Chaque année, notre système est ponctué de pertes en vie humaine d’apprenants. Je ne vais pas citer leurs noms puisque tout le monde les con­nait. Et c’est toujours des enfants qui vont ou qui reviennent de l’école. Ce qui est inacceptable. Et notre système fait tout simplement pitié».
Le père de Amady Touré se devait de revenir sur le film du drame. «J’ai appris la nouvelle, le mardi, aux environs de 12 h. Quelques-uns de ses camarades sont venus m’alerter. Ils m’ont dit que Amady a reçu un projectile dans les yeux à la suite de tirs de lacrymogènes par les agents de la police. Automa­tiquement, je me suis rendu au service des urgences de l’hôpital régional de Thiès et j’ai trouvé mon fils dans un état lamentable. Il venait de bénéficier ainsi des premiers soins. Et on m’avait informé que le projectile l’avait atteint à l’œil droit et avait occasionné des dommages assez sérieux.» Cheikhna Touré de poursuivre dans ses explications : «Il est par la suite admis au bloc opératoire ou il a subi une intervention chirurgicale.» S’agissant de la suite a donné à cette affaire, il renseigne attendre «d’avoir le certificat médical pour aviser. Parce que le dommage est grave. Quand on perd un œil, on devient un handicapé et puis il est jeune».
Désemparé, l’acteur du système éducatif à la retraite déplore «les grèves cycliques qui ponctuent le système scolaire depuis  une dizaine d’années et leurs conséquences sur les apprenants». L’inspecteur de l’enseignement élémentaire à la retraite fustige : «Ces grèves ont gravement endommagé le système. Les années scolaires ont été replâtrées au fil des années au détriment de nos apprenants.» Pour dire que, selon lui, «le système est profondément malade depuis des années puisqu’on est parti de replâtrage à replâtrage jusqu’à ce que cela donne cette situation d’instabilité chronique. Les apprenants à la rue au quotidien et avec un apprentissage extrêmement faible.» Et pire encore, conclut-il, «les différents acteurs ne semblent pas s’y attaquer profondément». Et de regretter : «Aujourd’hui je suis meurtri, non seulement parce que je quitte un système en lambeaux, mais le dernier de mes fils est aujourd’hui handicapé à vie.»
Les élèves, qui poursuivent toujours leur mouvement d’humeur dans la rue, exigent la libération de leurs camarades en garde à vue au commissariat des Parcelles assainies de Thiès.
nfniang@lequotidien.sn

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