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La crise qui secoue l’univers scolaire sénégalais doit nous interpeller tous, car l’avenir de nos enfants est en train d’être remis sérieusement en question par cette très longue grève des enseignants. Oui, la législation autorise la grève. Oui, quand on a des revendications, on a le droit de les exposer à qui de droit. Oui, les enseignants doivent être mis dans de bonnes conditions pour une meilleure prise en charge des enseignements-apprentissages. Oui, une solution doit être trouvée pour mettre fin aux lenteurs administratives. Oui, une bonne diligence doit être apportée au paiement des rappels d’avancement et de validation. Oui, les accords doivent être respectés. Oui, l’éducation doit être prise en charge avec soin, car on dit souvent qu’elle est une mamelle de la Nation, l’autre étant la santé. Oui, oui, oui. Mais faudrait-il rappeler à mes chers collègues que le tableau de la prise en charge du secteur névralgique de l’éducation n’est pas aussi sombre que les leaders syndicaux veulent nous faire croire et qu’il y a des limites qu’un éducateur ne doit pas franchir.
La vérité des faits est que, sur trente-trois points de revendications, vingt-huit sont satisfaits. Cela est un fait évident que le commun des Sénégalais doit savoir. Le point essentiel qui constitue l’enjeu de la grève qui secoue le système actuellement est celui de l’alignement de l’indemnité de logement à celle des autres corps ; ce qui n’est pas possible pour des raisons de soutenabilité et de respect du cadrage budgétaire. Sur ce point précis, l’Etat, au sortir de la toute dernière rencontre avec le G6, a fait l’effort d’augmenter la somme à hauteur de 25% soit 75 mille F Cfa par enseignant en lieu et place des 60 mille F Cfa actuels. C’est un pas important si l’on prend en considération l’effectif du monde enseignant qui tourne autour de 97 mille agents. Pourquoi les leaders syndicaux ne peuvent-ils pas, comme le gouvernement, faire un pas ? Non seulement, nous enseignants ne sommes pas les seuls agents de ce pays, mais aussi le budget de l’éducation doit, au-delà des dépenses liées aux salaires, servir à des investissements pour des infrastructures, la mise à disposition d’intrants pédagogiques, la formation, la logistique et l’organisation des évaluations.
Chers collègues, l’Etat doit aussi construire des écoles et fournir du matériel didactique. Dans cet ordre d’idées, nous saluons le programme de construction de 6 400 salles de classe pour éradiquer les abris provisoires, la construction en cours de 240 mille mètres de mur de clôture à travers le pays, la mise à disposition de matériels scientifiques, les efforts dans la formation, le renforcement des capacités des enseignants, les efforts dans la distribution de manuels scolaires, entre autres actions réellement exécutées.
Les revendications pécuniaires ne doivent pas noyer les nombreuses avancées notées dans la prise en charge du système éducatif. Elles ne doivent pas conduire au nihilisme. Un proverbe africain dit : «L’homme n’est rien sans la femme ; la femme n’est rien sans l’homme, l’homme et la femme ne sont rien sans l’enfant». Moi j’y ajouterai que l’autorité scolaire n’est rien sans l’enseignant ; l’enseignant n’est rien sans l’autorité scolaire ; l’autorité scolaire et l’enseignant ne sont rien sans l’élève. Ainsi donc, il est impérieux de penser à cet enfant innocent que nous avons l’obligation de couver, d’éduquer et d’insérer dans le monde auquel il est destiné. Pensons aux enfants de grâce ! Ils n’ont rien fait pour être sacrifiés sur l’autel de revendications corporatistes. Dès l’instant que le gouvernement fait des pas importants, dès l’instant qu’il est très ouvert à la négociation, il faut un sursaut patriotique de la part des enseignants. Il y a des moments où il faut savoir s’oublier. Le gouvernement n’est pas votre ennemi, c’est clair.
Je considère que le jusqu’au-boutisme ambiant est animé par des gens mus par des desseins lugubres. Chers enseignants, ne vous laissez pas embarquer dans des bateaux de politiciens encagoulés, couvert du manteau syndical pour faire semblant, et qui ne font que se sucrer sur votre dos ! N’acceptez pas d’être utilisés par des égoïstes qui n’ont d’yeux que pour leur ascension personnelle ! Ne cautionnez pas un anéantissement de l’école qui a fait de vous ce que vous êtes et que vous devez sauver pour permettre aux autres jeunes de bénéficier des retombées positives de votre éducation ! La pire lâcheté est de réussir et ensuite d’empêcher aux générations futures de faire de même. La transmission des valeurs de notre société est une chaîne que vous n’avez pas le droit de rompre. N’acceptez pas d’être entraînés dans le terrorisme pédagogique qui est en train de créer la psychose dans les familles des élèves ! Pensez à ces pères et mères de famille qui font confiance en notre école ! Le quantum horaire est sérieusement érodé aux dépens des élèves qui n’ont pas besoin de cette situation porteuse d’angoisse et de peur du lendemain. «L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde», avait dit Nelson Mandela. Faisons en sorte que cette arme ne se retourne pas contre ces enfants qui vous appellent en classe de tous leurs vœux ! Oui au dépassement ! Non au terrorisme pédagogique !

Mamadou Moustapha FALL
Coordonnateur
Fédération des enseignants et éducateurs pour la République (Feer)
Section départementale de Tivaouane

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