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Xavier-Jean Keïta regrette la «malhonnêteté intellectuelle» de certains chefs d’Etat qui critiquent la Cour pénale internationale (Cpi) et la traitent de Cour coloniale. L’avocat, conseiller principal du Bureau public de la défense de la Cpi, indique que ce sont les mêmes chefs d’Etat qui ont volontairement signé et ratifié le Traité de Rome.

Il a vite enfilé sa robe d’avocat pour défendre la Cour pénale internationale (Cpi). Xavier-Jean Keïta, conseiller principal du Bureau de conseil public de la défense de la Cpi, a profité de son entretien avec les journalistes ouest africains présents à la Cpi pour plaider du bien-fondé de cette Cour sous la critique des chefs d’Etat africains. Pour lui, c’est facile de critiquer la Cour parce que, note-t-il, celle-ci n’est pas encore parfaite. «Il faut la parfaire dans la durée pour mieux lutter contre l’impunité», plaide-t-il.
Il indique qu’il n’y a pas de développement sans paix et, selon lui, la paix passe par la justice. M. Keïta trouve scandaleux le fait que des chefs d’Etat africains qui ont signé et ratifié le Traité de Rome de manière volontaire reviennent pour dire que cette Cour est contre nous et menacent de sortir en masse, car celle-ci ne juge que les Africains. Or, éclaire-t-il, «sur les affaires que la Cpi est en train de juger, 6 sont déférées par des Présidents africains. C’est une malhonnêteté intellectuelle de la part de certains chefs d’Etat africains».
Seules deux affaires sont à l’initiative du procureur de la Cpi, Fatou Bensouda (Kenya et Burundi), les deux autres cas sont déférés devant la Cour par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il s’agit de la Libye et du Soudan, fait-il savoir.
L’avocat soutient qu’il faut arrêter de dire que cette Cour est coloniale. Il estime qu’elle est importante, car elle est dissuasive. «S’il n’y avait pas cette Cour, la révolution ne serait pas possible dans beaucoup de pays comme le Burkina Faso ou d’autres pays. Les polices ne tirent plus sur la foule et les dirigeants des pays réfléchissent maintenant avant d’ordonner des répressions meurtrières», souligne-t-il.
Abordant un autre sujet relatif au fonctionnement de la Cpi, l’avocat sénégalais semble ne pas se satisfaire de la place de la défense dans le procès. «Elle devrait avoir un statut. Pour l’instant, elle se contente d’un Bureau», relève-t-il. Un Bureau que l’avocat Xavier-Jean Keïta ne trouve pas assez fort pour contrebalancer tout le poids du procureur dans le procès. Le fait que 7 personnes qui composent sa section face à près de 40 personnes du Bureau du procureur peut sembler inéquitable sur la balance. Le conseiller principal de la défense considère qu’on peut parfaire ce modèle de justice en élevant la défense au même rang que la greffe.
Pour autant, l’avocat indique que son équipe apporte toute l’assistance et le soutien nécessaire à la défense. Il en était ainsi, indique-t-il, après l’arrestation de Al Hassan, le djihadiste malien poursuivi devant la Cpi pour «crimes de guerre, crimes contre l’humanité». Le mandat du Bureau, c’est de garder les droits de la défense intacts. «On ne se mêle pas des éléments de preuve de la défense, encore moins de leur stratégie de défense, mais on apporte l’aide en termes d’assistance judiciaire», souligne-t-il.

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