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Après avoir réalisé son plus faible niveau de croissance en 20 ans, l’Afrique subsaharienne connaît un léger rebond. Le Sénégal rame à contre-courant de cette tendance et affiche une croissance vigoureuse et supérieure à 6%. Seulement, le Fmi prévient que cette croissance qui repose sur l’investissement public est insoutenable.

La morosité n’a pas encore quitté l’Afrique subsaharienne. Après avoir atteint son plus faible niveau de croissance en 2016, la région reste dans la zone de turbulences. «Un rebond modeste, avec une croissance de 2,6% attendue en 2017», est constaté, selon le Fonds monétaire international (Fmi) qui a publié hier ses Perspectives économiques pour l’Afrique subsaharienne. Le Fmi note que pour les pays de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa), les perspectives sont plus positives. Dans ces pays, le Fmi prévoit cette année encore des taux de croissance de 5 à 7,5%. «Il y a des pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal qui ont des croissances fortes. La question, c’est comment maintenir cette croissance parce que pour réduire la pauvreté, il faut que cette forte croissance soit maintenue sur plusieurs années», indique le représentant-résident du Fmi au Sénégal, Boileau Loko. Seulement, M. Loko ne cache pas son inquiétude dans le cas du Sénégal. «Cette croissance est essentiellement soutenue par l’investissement public» ; ce qui la rend insoutenable, constate M. Loko.
L’expert souligne qu’il est important que le secteur privé prenne le relais, parce qu’il y a des limites objectives à ce que l’investissement public peut faire. «Il arrive un temps où il faut retourner à une croissance tirée par le secteur privé», souligne M. Loko qui estime qu’il faut «continuer à avoir des politiques qui permettent de maîtriser le cadre macro-économique et que le secteur privé, notamment les Petites et moyennes entreprises (Pme), puisse créer des emplois.» Mais pour cela, des choses sont à améliorer en termes d’environnement des affaires. «C’est essentiel de faire des routes, de promouvoir des projets, mais aussi de faire des réformes. Celui qui vient de l’étranger pour investir dans le pays doit pouvoir le faire le plus rapidement possible et avec le moins de contraintes possibles», conseille le représentant du Fmi au Sénégal.
«Pour les pays pauvres en ressources naturelles de l’Uemoa, il importera de veiller à ce que l’investissement public qui a entraîné une montée rapide de l’endettement soit résolument ramené à des niveaux normaux et compatibles avec la viabilité budgétaire et extérieure à moyen terme», renseigne le rapport.
Pour M. Loko, les pays doivent respecter les critères de convergence de façon à contenir les vulnérabilités et maintenir la croissance. Le Fmi relève également qu’au Sénégal, la mobilisation des recettes est un des problèmes. «On ne peut pas continuer à financer la croissance par la dette», souligne M. Loko qui note que le taux de la dette fiscale est élevé et a atteint 7%.
Globalement, la situation économique en Afrique subsaharienne connaît un léger rebond. Selon le directeur adjoint de la région Afrique au Fmi, Roger Nord, ce léger rebond est porté en partie par le Nigeria et l’Angola, des pays où la production de pétrole a augmenté. «Mais les prix du pétrole restent en dessous de leur niveau historique. Et ces pays ont besoin de s’ajuster à ces nouvelles réalités», fait remarquer M. Nord. Il conseille à ces pays pétroliers de s’ajuster à la nouvelle réalité

Secteur informel : Renforcer la productivité

Au Sénégal, 99,8% du tissu économique sont composés de Petites et moyennes entreprises (Pme). 97% de ces Pme sont dans l’informel. Mais de l’avis de M. Boileau Loko, ce secteur est incontournable pour lutter contre la pauvreté et créer des emplois.
Dans ses perspectives pour l’Afrique subsaharienne, le Fmi fait un focus sur ce pan de l’économie du continent dont la contribution au Produit intérieur brut (Pib) représente en moyenne 40% et jusqu’à 60% de l’emploi non-agricole. La faible productivité de ce secteur qui est le principal pourvoyeur d’emplois sur le continent a d’importantes conséquences sur les résultats économiques, prévient le Fmi. «Il faut se dire qu’il y a là un gisement et se demander comment l’utiliser, comment faire pour que le secteur privé puisse se développer et contribuer davantage à la production et aux emplois. C’est en cela que l’on demande aux Etats d’aider le secteur à accroître sa productivité. Plus elle l’accroît plus les contributions à l’économie vont augmenter et plus le secteur informel pourra créer de l’emploi. Il ne faut pas simplement le voir comme un secteur qui va payer des impôts», relève Boileau Loko.

mamewoury@lequotidien.sn

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