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Plein de choses se sont passées au Sénégal sur le plan culturel, mais rien n’a été aussi remarquable que la consécration du cinéaste Alain Gomis, à travers son film Félicité. En plus de lui avoir permis d’être le second réalisateur africain à remporter deux fois l’Etalon de Yennenga au Fespaco, ce film, plusieurs fous distingué dans les festivals mondiaux, a des chances d’être nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger, à Hollywood, aux Etats-unis. Ce qui serait une consécration .

Macky Sall avait décrété 2017 «Année de la culture». A l’heure du bilan, que doit-on en retenir ? Beaucoup et peu de choses à la fois. 2017 a été une année culturelle toute en Félicité. Et pour cause, le dernier long métrage du réalisateur Franco-sénégalais Alain Gomis a été la fierté culturelle de l’année. Il a reçu durant toute l’année 2017 une pluie de sacres. Félicité, après avoir remporté un Ours d’argent lors du Festival de film de Berlin en février dernier, a été le grand favori de la 25ème édition du Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) où il s’est vu décerner l’Etalon d’or en présence des Présidents ivoirien et burkinabè et de nombreuses représentations africaines. Son réalisateur rentrait ainsi dans l’histoire, devenant le second réalisateur africain, après Souleymane Cissé, à avoir reçu à deux reprises cette distinction.

Une épopée de vie
Après le Fespaco 2017, les félicitations se sont enchaînées de partout pour consacrer cette production. Ce quatrième long métrage de Alain Gomis, devenu par la force des choses l’une des plus grosses fiertés du cinéma sénégalais, s’est aussi imposé comme un film porte-bonheur. Dans cette fiction, l’histoire d’une vie, celle de Félicité (l’actrice principale), bascule et dans la réalité, celle du réalisateur Alain Gomis prend aussi une autre tournure. Le film trace un portrait sensible d’une femme. Pour sauver son fils gravement accidenté, elle se lance dans une course effrénée à travers les rues d’une Kinshasa électrique, un monde de musique et de rêves. Une œuvre cinématographique portée par l’intensité de ses acteurs et le magnétisme de la musique.
Alain Gomis, à travers son film, réussit à toucher l’universel depuis un bar. Et grâce à cette prouesse, le chef de l’Etat, face aux acteurs sénégalais du 7e art, n’a eu d’autre option que de porter à deux milliards la subvention de l’Etat destinée à l’industrie cinématographique et audiovisuelle, soit le double de son montant actuel. Le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (Fopica) va ainsi fortement gonfler en 2018. Une aubaine ! Entre-temps, ce film porte-chance pour le Sénégal a sillonné le pays et s’est vu diffuser un peu partout pour atteindre le maximum de public. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement. Plusieurs chaînes de télévision l’ont également diffusé. Puis, Félicité s’impose encore et encore dans de nombreux festivals. Il a notamment été récompensé au Maroc. L’œuvre remporte non seulement le Prix spécial du jury au Festival du cinéma africain de Khouribga (Maroc), mais également le Prix de la Fédération nationale des Ciné-clubs du Maroc (Jury Don Quichotte). Et l’actrice principale, Véronique Beya Mputu, qui joue le rôle de Félicité, reçoit le prix de la meilleure interprétation féminine.

En course pour les Oscars 2018
Il n’y avait pas que ça. Dernièrement, Félicité a obtenu aux Journées cinématographiques de Carthage (Jcc 2017) le Prix de la meilleure musique originale et l’actrice Véronique Beya Mputu a été à nouveau gratifiée du Prix de la meilleure interprétation féminine. Alain Gomis a aussi remporté le Prix du meilleur long métrage de la 14ème édition du Festival du cinéma africain de Tarifa (Fcat) qui s’est tenue en mai dernier dans le sud de l’Espagne. Puis en octobre, son producteur sénégalais, Oumar Sall, annonçait que le film a remporté le Prix spécial («Silver Hugo») du jury de la 53e édition du Festival international du film de Chicago. En même temps que Félicité, des films d’Argentine, de Pologne, d’Iran, de Colombie, d’Espagne et d’autres pays ont été primés lors de cette cérémonie de remise de prix. De quoi donner l’envie au Sénégal de pousser encore plus loin son cinéma tout en (re)toilettant sa diplomatie culturelle.
Les autorités sénégalaises, en accord avec Alain Gomis et son producteur, ont donc décidé de présenter le film aux Oscars, dans la catégorie «Meilleur film en langue étrangères». Il se dit que «c’est le premier film présenté par le Sénégal à la prestigieuse Académie des Oscars», en précisant que Félicité est en compétition avec près de 90 autres films pour décrocher une place parmi les nominés. L’œuvre est donc présélectionnée pour la 90ème édition des Oscars du cinéma, prévue en mars 2018 aux Etats-Unis. Peut-être que le Sénégal de la culture qui, entre-temps, s’est vu flanqué d’un nouveau ministre en la personne de Abdoulatif Coulibaly restera-t-il toujours en 2018 dans la Félicité !

arsene@lequotidien.sn