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Depuis plus de neuf mois, les inconditionnels de «Bawdi», la lutte traditionnelle chez les Pulaars, sont orphelins des séances de lutte. Nostalgiques de l’ambiance indescriptible des arènes improvisées ou des magnifi­ques «baak» et des combats énergiques qui opposent des lutteurs sveltes et souples. Durant ces séances, l’accoutrement des lutteurs, leurs pratiques mystiques et le show assuré par les lutteurs et les batteurs de tam-tams drainent plus de monde que les combats proprement dits.

Le mois d’octobre de chaque année voyait le démarrage des programmes d’organisation de combats de lutte dans le Fouta, précisément dans les régions de Saint-Louis et Matam. Dès le mois de septembre, les coordonnateurs pour la région de Matam de l’écurie Fouta Toro, Thierno Ndiaye et Gardo ko kootoowo, coordonnateur de Matam, terminaient l’harmonisation des programmes. Les localités devant abriter les séances de combats de lutte disposaient de leur calendrier pour faire la promotion de leur activité. Si la lutte est un sport, l’aspect culturel tient une place considérable et attire plus les amateurs et spectateurs. Les lutteurs foutankés se sont toujours évertués à mettre cet aspect en valeur. De Simpal Tourass à Mamadou Lamine Diaba en passant Amadou Ndiaye, Hamidou Bodowal, Oumar Sarr et Daouda Wallah, le show est au rendez-vous. Le jour de la séance, à 17 heures déjà, le son des tam-tams retentit, accompagné de la voix du maître de cérémonie. La séance se tient le plus souvent sur un terrain vague entouré d’une bâche. Environ 2 heures après les premiers appels du tam-tam, les lutteurs se préparent pour retrouver les spectateurs. Logés dans des sites différents dans les localités hôtes, les lutteurs, dès le premier son des tam-tams, s’affairent autour des bains mystiques. S’ensuit l’enroulement des amulettes qui prend une place importante. Pour regagner l’enceinte où les batteurs de tam-tams et le maître de cérémonie maintiennent l’ambiance, les lutteurs arrivent individuellement ou avec un partenaire de section. Si les lutteurs aiment se faire attendre, à leur sortie de leur lieu d’hébergement juste à la porte, le leader de la section transcrit sur le sable des écritures arabes que tous ses partenaires enjambent et la même chose est reprise à l’entrée de l’enceinte de l’arène.
Leur entrée très attendue déjà faite, ce sont les batteurs de tam-tams et de tama, amenés par le talentueux Ousmane Samba Gaye pour des airs typiquement foutankés, qui se déchaînent pour le démarrage des «baak» où les coups de sifflet des lutteurs très audibles se mêlent au son des tam-tams. C’est Woul de Wallah, le maître de cérémonie, qui donne de la voix avec son «mbadé yo woul» (Que ça chauffe !) ou «ndaara yesso ndaara caggal tchatcha» (regarde devant et derrière et avance). En compagnie de deux choristes, c’est lui qui incite les lutteurs au dépassement en citant leurs ascendants et leurs hauts faits. La première partie des «baak» est assurée par des lutteurs comme Léry, Toufam Berndé, Sarrel Sarr. Parmi ces lutteurs de second rang, le plus célèbre est Sarel Sarr. Reconnaissable avec son «nguemb» et ses chaussures «tik tik», le lutteur venu de Ngouye anime à sa manière les arènes du Fouta. Les passionnés de lutte se souviennent encore de la prestation de Sarel lors de son jubilé et plusieurs d’entre eux se désolent du vide qu’il a laissé. Dans le «baak» de ce qu’on peut appeler «les grands lutteurs», il y a Hamidou Abdrahmane Niang dit Hamidou Bodowal que les spectateurs réclament s’il tarde à entrer. Son chant «éyoo hamidoyam, hamidou bodowal» entonné par ses supporters le fait surgir avec ses acrobaties et pas de danse dont lui seul a le secret. La prestation du lutteur de Aram est toujours précédée des «baak» de Ama Ndiaye, un lutteur très apprécié des spectatrices, de Thiéwnguel Sow ou de Moussa Mbarodi. La concurrence du Bosséa ne se faisait pas attendre avec les prestations de Bouna Barry, Rambo de Thilogne et du défunt Oumar Sarr. Mais depuis une dizaine d’années, l’ambiance des combats est assurée par Daouda Wallah qui a côtoyé l’ancienne génération avec un accoutrement toujours aux couleurs nationales. Interrogé sur le lutteur qui l’a marqué, il cite Hamidou Bodowal en acquiesçant de la tête et chantant les louages du lutteur. Même si les amateurs sont nostalgiques des acrobaties des lutteurs de l’ancienne génération, l’actuelle, accompagnée par Daouda Wallah, arrive encore à tenir en haleine les passionnés de «Bawdi».

Relève assurée
Parmi les amateurs actuels de lutte traditionnelle, la plupart n’ont d’yeux que pour les «baak» de Daouda Wallah. Cependant Ama Diagne de Wordé, Aliou Badara Sall de Guédé, Mamadou Lamine de Diaba et Ousmane Diallo de Wallah, assurent la relève au moment des «baak» et livrent des combats de haute facture. Chacun de ces quatre lutteurs a son public dans le département de Podor comme dans celui de Matam et jusqu’en Mauritanie. Les amateurs qui avaient déjà prédit la fin de la diversité du spectacle dans la lutte au Fouta suite à la retraite de grands lutteurs comme Hamidou Bodowal, Ama Ndiaye, Bouna Barry et après le décès de Oumar Sarr sont convaincus que la relève est assurée. Les plus jeunes, Ama Diagne et Aliou Badara Sall, font vibrer partout ils passent. Mais leurs aînés, Ousmane Diallo et Mamadou Lamine, ne se laissent pas faire car ils se dressent en dépositaires du «baak» classique. Rien qu’à voir Mamadou Lamine Diaba dans ses «baak», on croirait voir Hamidou Bodowal à l’œuvre.
Dans les arènes du Fouta, le spectacle est toujours au rendez-vous car le show culturel l’emporte sur les combats. Toutefois, les spectateurs ont droit à des combats énergiques où les adversaires font preuve de plusieurs techniques de lutte. Les lutteurs du Fouta sont connus pour leur prestation spectaculaire mais ce sont aussi des lutteurs véloces et vigoureux malgré leur physionomie svelte comparée à celle des lutteurs de la capitale qui pratiquent la lutte avec frappe.

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