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Naguère sec et dépouillé, le Diobass retrouve sa vocation agricole et maraîchère, grâce à la coopération de la Belgique.

L’ambassadeur de Belgique, M. Philippe Colyn, et le secrétaire général du ministère de l’Agriculture et de l’équipement rural, Dogo Seck, ont procédé hier à l’inauguration de la digue de retenue du village de Hanène, avant de visiter la digue semi-filtrante du village de Ndioukhane et des périmètres maraîchers. Des ouvrages réalisés par la coopération belge dans le cadre du projet de Bassins de rétention et de valorisation des forages (Barvafor).

«Depuis deux ans, je suis rentré au village pour m’engager dans le travail de la terre et je ne le regrette pas.» Mor Hann qui parlait ainsi est un jeune maraîcher trouvé dans son champ situé dans la vallée du Diobass, plus précisément à Hanène, un village de la commune de Notto Diobass. La trentaine révolue, cet ancien chauffeur qui exerçait à Dakar a simplement décidé, après un accident de la route, de tout laisser en plan pour rentrer au bercail et se consacrer au travail de la terre.
Une décision qu’il explique par les  difficultés énormes auxquelles il faisait face et la précarité des conditions d’existence dans la ville de Dakar. «Je ne pouvais plus continuer, après mon accident, dans cette profession. En plus, elle ne me permettait pas de prendre en charge ma famille. Alors, suite à l’information que j’avais reçue relativement à un programme de revitalisation de la vallée, je suis revenu pour me lancer dans le maraîchage. Et Dieu merci, je ne me plains pas.» En effet, Mor Hann s’active sur un demi-hectare de terre sur laquelle il cultive des céréales pendant l’hivernage et des produits maraîchers pendant la période de contre-saison. Ce qui lui permet de travailler toute l’année et de se procurer des ressources  assez consistantes pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille.
A l’en croire, après les récoltes de la saison hivernale, son activité de contre-saison lui permet d’avoir deux autres récoltes avec notamment la culture de l’oignon et du piment. La vue alentour est assez éloquente pour témoigner de la véracité de ses propos. La verdure et les champs s’étalent à perte de vue. Et partout, des paysans s’activent qui pour arroser qui pour enlever les mauvaises herbes. Une dense activité agricole en pleine saison sèche dans cette vallée qui, il y a seulement deux ans, était encore classée morte.
Ce regain d’activité, les populations le doivent à l’ambitieux programme dit de revitalisation de la vallée du Diobass, porté par les autorités municipales. En effet, en relation avec le projet Barvafor qui en assure la partie technique, le programme a permis la construction sur le lit de la vallée de quatre digues dont trois de recharge et une de retenue ou semi-filtrante, ainsi que de quatre puits. Lesquels permettent déjà l’exploitation de quatre hectares de périmètres maraîchers. Des ouvrages hydrauliques qui, ajoutés aux 24 forages prévus dans le cadre de ce programme de revitalisation de la nappe, vont permettre la mise à disposition de 2 000 hectares de terres arables.
Mais déjà, le constat est là et bien visible. En atteste le niveau de l’eau dans les puits qui est à moins de 10 mètres de la margelle. Toutes situations dont l’ambassadeur de Belgique, son Excellence M. Philippe Colyn, qui procédait à l’inauguration de la digue de retenue du village de Hanène, s’est réjoui. Il s’est félicité de ce que le projet Barvafor ait contribué à la revitalisation de la vallée de Diobass, jadis considérée comme le grenier de la région, mais qui s’est asséchée du fait d’un long cycle de sécheresse. Aussi, s’est-il déclaré heureux de constater que, grâce au projet, la nappe phréatique a connu une importante remontée, favorisant la reprise de l’activité horticole, mais aussi rizi­cole.  Puisque cette année, 20 hectares ont été emblavés pour la culture du riz. Une spéculation agricole dont, selon lui, la dernière production remontait à 40 ans dans la zone.
Cofinancé par l’Etat du Séné­gal et le Royaume de Belgi­que, le projet Barvafor, selon l’am­bassadeur belge, a consacré plus de 11 millions d’euros en investissements pour renforcer la production agro-sylvo-pasto­rale par l’accès durable à l’eau pro­ductive dans les zones rurales de Diourbel, Fatick, Kaffrine, Kaolack et Thiès. Au total, estime-t-il, 27 ouvrages hydro-agricoles ont été réalisés à la demande des 20 communes bénéficiaires. 25 sont achevés et 18 font déjà l’objet d’une valorisation agricole, permettant ainsi de mobiliser 10 millions de m3 d’eau sur plus de 2 000 ha de terres aménageables pour les cultures de contre-saison, riziculture et maraîchage.
A en croire M. Philippe Colyn, dans la région de Thiès, le rééquipement des forages et l’extension du réseau a permis d’aménager 3 périmètres maraîchers d’une superficie totale de 14 ha sur le site de Ndoyenne. Et le barrage de Hanène qui vient d’être inauguré est l’édifice aval d’un ensemble de 4 ouvrages répartis le long de la vallée du Diobass, dont trois ouvrages semi-filtrants à Ndioukhane, Ndioungane Péléo, Taténe et Teup Dal, destinés à recharger la nappe phréatique. Un programme de renforcement des capacités a aussi accompagné les investissements pour organiser et structurer les bénéficiaires et les doter de capacités pour assurer de façon autonome la gestion des ouvrages. L’ambassadeur de Bel­gi­que a conclu en déclarant qu’après «6 années d’exécution, le projet Barvafor se termine dans quelques mois, en mettant à disposition des communautés bénéficiaires un important po­tentiel de valorisation agricole qui vient contribuer à l’atteinte des objectifs du gouvernement du Sénégal dans le secteur de l’agriculture et de l’équipement rural». Il annonce que l’Agence belge de développement (Ctb Sénégal), avec l’appui du ministère de l’Agriculture, compte mettre en œuvre un nouveau projet qui va travailler pour la réduction de l’émigration rurale et la réintégration dans le bassin arachidier. Pour sa part, le secrétaire général du ministère de l’Agriculture et de l’équipement rural, Dogo Seck, a remercié, au nom de l’Etat du Sénégal, le Royaume du Belgique «pour son appui constant à l’Etat du Sénégal dans sa marche vers l’émergence».
nfniang@lequotidien.sn

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