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Le football féminin est au-devant de l’actualité ces dernières semaines avec, entre autres, l’innovation de la Ligue des clubs champions et l’annulation de la Can 2020 par la Caf qui ne semble pas plaire à la Fifa. Tour de terrain avec le directeur technique national, Mayacine Mar.

Est-ce que l’annulation de la Can féminine 2020 peut avoir des conséquences sur le football féminin, au plan local ?
S’il y a une partie du football qui est bien impactée, je pense que c’est bien le football féminin. Vous savez, la progression des filles dans le football féminin est très lente. S’il y a une coupure aussi longue que celle qu’on est en train de vivre, ça devient très compliqué pour nous. On avait bien commencé avec une bonne progression au niveau de l’équipe U20. Malheureusement avec la pandémie, la coupure est très longue. Nous ne sommes jamais restés un à deux mois sans être dans la préparation de l’Equipe nationale féminine. D’ailleurs, la preuve, à chaque fois qu’on nous donne deux à trois semaines, voire un mois de repos, on perd des acquis.

Alors, difficile d’imaginer les conséquences s’il faut rester trois ans sans compétition africaine ?
Ce n’est pas une bonne chose. Aujourd’hui, la Can était une compétition organisée pour nous et qui constituait un point de mire. C’est vrai qu’il y a aussi l’Ufoa. Cette année, nous devions organiser la Can féminine. L’année prochaine, je pense qu’il est également prévu une compétition féminine. On est en train de travailler sur le programme Ufoa. Et il va falloir qu’on revoie tout ça.

Justement, ces compétitions ne risquent-elles pas d’être reportées à l’image de la Can féminine ?
Ce sont des compétitions qui sont propres aux zones. Nous avons dressé un projet de programme pour la Coupe de l’Ufoa de manière générale. Et je pense que pour 2021, 2022, 2023 et 2024, nous avons prévu des compétitions de filles. Je ne peux pas m’étaler trop là-dessus, mais l’année dernière, quand on le faisait, on n’avait pas d’information sur l’annulation de la Can au niveau des filles. Cela va, peut-être, nous permettre de reprogrammer pour 2021 les équipes féminines séniors.

Etes-vous optimiste pour un retour de la Can pour cette année 2020 ?
Je vois déjà le coup de gueule de la Fifa. Je pense que cela va les pousser à réfléchir un peu. Il faut dire que les raisons évoquées pour l’annulation de la Can sont liées à la pandémie. Maintenant, si la pandémie est vaincue d’ici le mois d’août, est-ce qu’il n’y aura pas possibilité de remettre ça ? De toutes les façons, pour la Coupe du monde féminine, ça commence au mois de septembre pour les U20. Aujourd’hui, notre problème, c’est comment se préparer maintenant parce que dès septembre, on rentre en compétition.

Que vous inspire la Ligue féminine des clubs champions ; une nouvelle compétition instaurée par la Caf ?
C’est une bonne chose. Même nous, nous l’avons prévue au niveau de l’Ufoa de la Zone A, pour l’organiser en 2021. Cela va concerner l’équipe féminine championne des 9 pays de la Zone A. Je pense que plus on augmente la compétition, plus on augmente le niveau de compétitivité. C’est cela qui est un peu rare.

Cela demande tout de même des moyens pour organiser une telle compétition en Afrique ?
Vous savez, le football féminin est bien soutenu par la Fifa, mais également par les fédérations. Au Sénégal, nous travaillons sur deux leviers : l’augmentation du ratio de matchs au niveau des filles et introduire la compétition au niveau des U15 et U17 filles. Nous avons déjà commencé le second levier, c’est-à-dire l’introduction du football féminin dans les établissements scolaires à forte densité féminine. Le projet est en passe de passer au niveau de la Fifa dans le projet Forward pour les U15 et U17. On a pris deux régions, à savoir Dakar et Ziguinchor. A Ziguinchor, on a dix établissements qui vont mettre en place chacune deux équipes féminines : U15 et U17. Nous avons également ciblé 16 équipes entre Dakar, Rufisque, Pikine et Guédiawaye. On envisage également d’organiser un championnat en U15 et U17. C’est un projet en phase de début. Après, on va évaluer pour voir si on peut l’étendre.
Naturellement, le championnat local féminin ne sera pas en reste…
Non ! Le championnat local est bien soutenu. On va plutôt vers l’augmentation du ratio. Maintenant, on va le faire en aller et retour. Pour la Division 2 aussi, il faut qu’on essaie de mieux la revoir pour, peut-être, avoir une poule unique. Nous avons des handicaps au niveau du football féminin comme l’éloignement de certaines équipes. C’est pourquoi on a eu des difficultés à organiser, cette année, le championnat en aller et retour, avec Ziguinchor qui est trop loin. Ce n’est pas un problème de transport. C’est plutôt à cause des filles qui sont à l’école. Elles doivent se déplacer toutes les deux semaines, cela pose problème. Et on ne peut pas organiser un championnat sans Ziguinchor. On est en train de voir comment trouver une solution.

Est-ce que le projet à l’école implique l’Uassu ?
Nous sommes en contact avec des Inspections d’académie. Avec l’Uassu, c’est une discussion pour, peut-être, créer un championnat de football féminin mais qui n’est pas obligatoire. On est en train de travailler sur ce projet avec eux. On a remarqué que les filles aiment bien jouer au football parce qu’il y a beaucoup d’inter-classes de foot féminin au niveau des établissements. Mais là où nous pouvons travailler, c’est avec le projet Forward, en avançant progressivement au niveau des établissements avec un championnat bien organisé. On va commencer avec Dakar et Ziguinchor et on va essayer de perpétuer cela. Je pense qu’une fois que c’est bien ancré, la Fédération va susciter, peut-être, un projet Forward pour continuer avec les Ligues et la possibilité de prendre en compte d’autres régions.

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