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La semaine dernière, je vous entretenais du Dialogue national qui n’est rien d’autre qu’une arme de distraction massive, l’art de perdre du temps à chercher des solutions à des problèmes artificiels, parce que le Sénégal n’a pas fondamentalement un problème politique. C’est cet art de perdre du temps à chercher des solutions à des problèmes artificiels qui fait que la vie politique sénégalaise est mortellement ennuyeuse. Tout est réduit à des problèmes d’ego et d’attaques personnelles. La vie politique sénégalaise est devenue une torture intellectuelle. Pour fuir cette torture, je m’exile sur l’International. Je vais commencer mon long exil par la Turquie. Un grand pays, un grand peuple, une grande histoire, comme la Russie, ou l’Iran. Derrière l’Iran «perce» toujours la Perse antique. De Gaulle qui avait le sens de l’histoire, a toujours compris que derrière l’Urss qui était une création artificielle, perçait toujours la Grande Russie. De la même manière, derrière la Turquie perce toujours l’empire ottoman. Il faut partir de ce postulat que derrière la Turquie perce l’empire ottoman, pour comprendre la politique extérieure de Erdogan et sa «volonté de puissance» qui, à défaut de recréer l’empire ottoman, veut créer une zone d’influence dans la plupart des anciens territoires de l’empire (le Maghreb, le Moyen Orient, l’Arabie et l’Europe). Les Turcs sont comme les Perses et les Russes. Ils ont l’orgueil national très développé. C’est le propre des pays qui ont eu un passé impérial. Le Mali est dans la catégorie mais n’a pas les moyens de son orgueil, alors que les Turcs s’en donnent les moyens. Ils veulent adhérer à l’Union Européenne. La porte se ferme de devant la Sublime Porte (autre nom de l’empire ottoman), Erdogan ferme la porte de l’Europe et ouvre celle de l’Orient, en rappelant aux Turcs que leur empire s’étendait des Balkans à l’Arabie. Et Jérusalem, la Mecque, Médine, la Bulgarie, la Roumanie … ont été des provinces ottomanes comme a failli aussi l’être Vienne, assiégée deux fois sans succès par les Ottomans. Donc, on se tourne vers l’Orient mais on ne désintéresse pas de l’Europe, où s’est passée la plus grande partie de l’Histoire de la Turquie, qui a dominé la Grèce pendant des siècles, guerroyé des décennies dans les Balkans et mené de multiples guerres contre la Russie en Crimée. Sur le plan purement historique, la Turquie est européenne mais la peur de l’Islam a poussé les Européens à utiliser tous les subterfuges pour lui fermer la porte. La Turquie est tellement européenne que François 1er dans sa bataille contre Charles Quint, s’est allié au sultan Soliman, que les Européens appellent Soliman le Magnifique, que les Ottomans appellent le Législateur. Après le déclin de l’empire, Mustapha Kemal Atatürk, pour reformer le pays, a tourné le dos à l’Orient pour se tourner vers l’Europe et ses standards. Erdogan regarde vers l’Est mais tient l’Europe par l’épée de Damoclès de l’immigration, en menaçant d’ouvrir les vannes vers l’Europe car la Sublime Porte est devenue la porte de l’Europe pour les migrants. La Turquie a des merveilles qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie, comme Sainte Sophie bâtie par l’empereur Byzantin Justinien, qui avait l’ambition de dépasser le Roi Salomon et son temple de Jerusalem, le Palais de Topkapi qui a donné son nom au Lounge de l’aéroport Blaise Diagne, mais aussi et surtout Byzance-Constantinople-Istanbul, l’unique ville au monde où l’on peut «changer de continent, sans changer de pays en restant dans la même ville».
L’idée de Sublime Porte pour qualifier l’empire ottoman, renvoie aux nombreuses portes qu’il fallait traverser pour accéder au sultan. L’Emergence pour le Sénégal est aussi une sublime porte. La première qu’on doit franchir est celle du complexe d’infériorité qu’on masque par l’orgueil anachronique. Un pays ne peut pas vouloir émerger en faisant appel à l’investissement étranger et passer son temps à dénoncer la neo-colonisation française, turque, chinoise, marocaine… Dubai est ouvert à tous les investisseurs, et sans que les Arabes pensent que leur pays a été vendu aux étrangers, parce qu’ils n’ont pas de complexe d’infériorité. Le Fondateur des Emirats a aidé ses populations à dépasser le cap. Quand les investisseurs ont commencé à affluer, les Arabes avaient commencé à dénoncer l’invasion étrangère. Il convoqua une grande réunion tribale en leur rappelant que leur pays était un désert. Que les Arabes vivent dans les déserts parce qu’ils n’ont pas le choix, d’où toute cette poésie autour de l’idéal du jardin, de la verdure et de l’eau, qui est l’antithèse du désert. Que si des Occidentaux, pour des raisons irrationnelles, venaient y bâtir des tours, on devrait les encourager parce que, en rentrant chez eux, ils ne ramèneraient pas leurs tours dans leurs sacs et ne les amènent pas non plus dans leurs tombes. Une très grande sagesse qui a fait aujourd’hui que Dubaï est la «ville rêvée» des Arabes. Inspirons-nous de cette sagesse, et de cette ouverture pour faire de Diamniadio la ville rêvée des Africains. Réapproprions-nous Senghor. Soyons ouverts au monde tout en restant enracinés.

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