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Des images douloureuses, montrant la ville d’Abidjan sous les eaux, avec son lot de morts, ont choqué le monde les semaines passées. A ce propos, nous compatissons à la douleur de nos frères ivoiriens dont certains ont incriminé la défectuosité du réseau de drainage des eaux pluviales et leur manque d’entretien. Ces causes indexées sont habituelles dans les pays du continent africain : négligence ou incapacité, reste à savoir.
Du coup, ces inondations dramatiques deviennent un prétexte pour parler du Sénégal dont certaines localités ont déjà enregistré les premières pluies et plus particulièrement dans la région de la capitale, Dakar. En effet, il est constaté que cette agglomération semble être «allergique» aux pluies, car à la moindre précipitation, des flaques d’eau sont quasiment visibles partout et beaucoup de rues et routes sont également inondées, rendant du coup la mobilité des personnes et automobiles extrêmement difficile. On dirait que la capitale est tombée sous le charme de ce hideux scénario qui lui colle à la peau comme une sangsue.
Pourtant chaque année, à la veille de la saison pluvieuse, un Conseil interministériel est tenu pour déterminer les actions de prévention et d’intervention d’urgence à mener ; mieux, un programme décennal de gestion des inondations 2012-2020, devant mobiliser plus de 200 milliards de F Cfa, a été défini.
Le volontarisme des pouvoirs publics est à saluer pour endiguer ces catastrophes naturelles qui surviennent de plus en plus de manière intense et tragique. Cependant, force est de constater qu’un nombre important de quartiers et d’axes de circulation continuent toujours à patauger et à être inaccessibles pendant une longue durée durant l’hivernage, avec son lot important de dégâts matériels et même parfois humains.
C’est pourquoi, au-delà de rencontres interministérielles, des ressources budgétaires colossales mobilisées, il serait nécessaire de faire remarquer certains faits récurrents et presque «normalisés» dont la négligence continuera encore à amplifier les inondations et rendre vains tous les efforts consentis :
la réduction importante ou l’élimination totale des capacités d’infiltration du sol par des dépôts massifs et répétitifs des gravats dans les rues sablonneuses,
l’extension démesurée des limites des maisons sur la voie publique,
le déversement des ordures dans les réseaux de drainage des eaux de ruissellement,
l’absence dans la plupart des projets immobiliers et de lotissements d’un système de drainage des eaux pluviales,
la construction de routes protégées des inondations, perturbant le sens d’écoulement naturel des eaux et provoquant ou amplifiant les inondations dans les quartiers traversés qui ne disposent pas de réseaux de drainage des eaux pluviales,
la destruction, diminution drastique, voire disparition des zones boisées (bande de filaos, forêts de Mbao et Sébikotane),
l’occupation anarchique ou contre nature par des constructions des zones de captage et d’infiltration naturelle des eaux pluviales (les Niayes).
Ces quelques faits saillants mentionnés montrent à suffisance le chemin qu’il nous reste encore à parcourir pour inverser la tendance au plan de l’aménagement urbain, de la construction des routes, de  la protection de l’environnement et du développement du civisme.
Vaincre ou atténuer considérablement l’impact pernicieux des eaux de ruissellement ne passe pas, comme on le sait, par des solutions spécifiquement techniques ou ponctuelles (pompage, sacs de sable, remblais). Nos grandes agglomérations telles que Dakar ont l’impérieuse nécessité de s’adapter à la nouvelle donne climatique où les pluies se concentrent de plus en plus sur une courte période avec de fortes intensités.
Certes les séminaires, colloques, réunions au plus haut sommet, études scientifiques, programmes sont légion, mais le constat est qu’ils font évoluer peu ou pas le panorama de la région-capitale à la moindre goutte de pluie. Nos ingénieurs, urbanistes, hydrologues, climatologues, autres experts,  sont-ils dépassés, li­mi­tés, sous-utilisés, ignorés ?
Pourtant, sous d’autres cieux où les inondations sont plus désastreuses avec des fleuves qui débordent de leur lit, des mesures de mitigation probantes sont notées. Je ne crois pas que leur expertise soit meilleure que la nôtre.
Toutefois, une chose est sûre, chaque secteur du développement urbain, détient une clé de la bonne pratique contre les inondations. Pourquoi donc ne pas les mettre en action par anticipation et créer une réelle harmonie dans leurs interventions ?
Concernant les populations locales, il est nécessaire de coupler différentes approches pour rendre leurs comportements conformes aux exigences de la résilience face aux inondations : la sensibilisation, l’éducation au civisme et la sanction (application des lois). Cette dernière mesure évoquée semble de plus en plus être un passage obligé au risque de voir, encore longtemps, tous les efforts consentis par les pouvoirs publics réduits à néant.
En définitive, la résilience de nos villes face aux inondations cessera d’être des discours et une recommandation forte des nombreux symposiums, fora et autres séminaires si l’action est bien planifiée, permanente, concertée, intégrée, anticipée, suivie, entretenue et préservée par une application correcte des lois et règlements.
Certes Dakar est une ville subsaharienne, enregistrant moins de pluies qu’Abidjan, mais cela n’exempte pas ses gestionnaires et habitants de se mettre à l’heure de la résilience et du développement durable.
Mamadou DIENG
Vision Guédiawaye
mdieng14@yahoo.fr

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