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Pendant toute la durée de la Biennale, des expositions se déroulent dans les lieux les plus originaux. Dans le désir de rapprocher l’art des populations, c’est au cœur des Hlm de Dakar qu’un trio d’artistes expose dans un atelier de réparation de piano.

La rue 14 traverse le quartier des Hlm de part en part. A sa genèse, une paisible impasse. Une mosquée, des échoppes de tailleurs et des boutiques bordent le parking. En face, un atelier de réparation de pianos que rien ne distingue. Seuls les instruments qui occupent la plus grande partie de l’espace renseignent sur les activités du lieu. Sur la devanture, le Off de la Biennale 2018. C’est ici qu’un collectif de trois artistes a choisi de présenter ses toiles. Doyen du groupe, Malick Gassama explique le choix du lieu par une volonté d’amener la Biennale au plus près de la population. Loin du parcours officiel, cette galerie occasionnelle au cœur du quartier des Hlm est une façon de «sensibiliser les populations à l’art, particulièrement la jeunesse», souligne l’artiste.
Avec lui, Abdoulaye Dia et Abdou Fall ont aussi choisi ces cimaises. «Moi je travaille sur l’esthétique négro-africaine. C’est pourquoi j’ai commencé à travailler sur un masque songhaï, particulièrement de la secte Kifouébé» explique M. Gassama qui situe son œuvre dans l’expressionisme de Jackson Pollock. «Pollock s’inscrivait dans l’expressionisme abstrait, moi je m’inscris dans l’expressionnisme géométrique», précise toutefois l’artiste. Sur le mur, plusieurs toiles représentent ses œuvres. Sur ses toiles, des masques parcourus de lignes géométriques dans un entrelacement de couleurs, expriment l’inconscient collectif selon M. Gassama. «Les mas­ques ne sont plus utilisés comme on le faisait auparavant et ça reste un patrimoine qu’il ne faut pas occulter. Dans un tableau, je les ai cassés, dans un autre, je les ai brulés», dit-il.
A coté, Abdoulaye Dia, dans une démarche contemporaine, s’intéresse aux embouteillages. Sur toutes ses toiles, des voitures plus ou moins claires s’enchevêtrent dans une atmosphère opaque qui rend compte des dangers qui guettent la société sénégalaise en général. «Ces tableaux sont ma vision pour le changement. Pas seulement pour les voitures mais aussi pour notre pays. Parce que les embouteillages bloquent tous les secteurs d’activité. Et quand on se bloque tous, on n’ira nulle part», explique Abdou Fall qui utilise l’acrylique sur toile avec des techniques mixtes dont le collage. Sur de grands tableaux, les voitures ne sont plus seulement peintes, elles sont mises en relief.
Abdoulaye Dia donne une dimension très écologique à son œuvre. Sa matière de prédilection, le bois, est représenté sur presque toutes les toiles. Sur un tableau à dominante rouge, M. Dia exprime un «Sénégal debout face aux multinationales qui volent les ressources du continent». Sur un autre, une pirogue et un filet retirent des océans le squelette d’un poisson. C’est la représentation du pillage des ressources halieutiques, explique M. Dia.

Workshop avec les enfants
Et pour mieux vulgariser la pratique artistique dans ce quartier de Dakar, le collectif entend monter une grande exposition dans un an. «Ce sera aussi l’occasion de faire des workshop avec les enfants du quartier», souligne M. Gassama. C’est à l’Ecole nationale des arts que ces trois artistes se sont rencontrés. Aujourd’hui engagés dans des parcours professionnels différents, ils n’en gardent pas moins leur désir d’exprimer leurs émotions à travers l’art et la peinture. Et quand on évoque l’aspect financier, leur réponse est sans équivoque. «L’objectif n’est pas de vivre de son art, c’est une passion», souligne Malick Gassama. Une passion partagée depuis l’école des arts où Malick Gassama, le gendarme, le technicien, Abdoulaye Dia, et le peintre, Abdou Fall, ont commencé à dialoguer.
mamewoury@lequotidien.sn

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