PARTAGER

A revoir certaines anciennes images de la capitale sénégalaise, Dakar, on a le vertige avec ses bacs d’ordures puantes par-ci, décharges à ciel ouvert par-là, épaves de voitures çà et là, des eaux usées ruisselant dans les rues ! Presque partout, c’était le même décor. Pointée du doigt, la ville Dakar s’offrait à nos yeux comme une des métropoles africaines parmi les plus sales, très sales même, avec son lot de nuisances qui affectaient la vie des citoyens. Ce dérèglement des normes hygiéniques et sanitaires, mal vécu par les Sénégalais, surtout les Dakarois, a jadis posé aux pouvoirs publics de problèmes majeurs d’insalubrité.
Face à cette situation et devant l’urgence, le Président Macky Sall, s’inspirant de son collègue Paul Kagamé, président de la République du Rwanda, a théorisé le «cleaning day» (littéralement en wolof «set setal»), pour rompre avec la trajectoire maladroite de l’évolution de l’agglomération dakaroise.
Le «cleaning day» ne renvoie-t-il pas au «set setal» années 1988 et 1989 ? Ce mouvement spontané des jeunesses dakaroises, particulièrement médinoises, lequel avait inspiré Youssou Ndour à sortir deux tubes, Set et Xaleey Médine, pour magnifier leur engagement citoyen. Armés de balais, de pinceaux, de peinture, les jeunes avaient nettoyé les rues et les trottoirs, et fixé la mémoire de leurs quartiers respectifs (personnages historiques, notamment marabouts, footballeurs, politiciens) en graffitis peints sur les murs. Certains ont bravé le temps. A la différence du «set setal» des années 90, le «cleaning day», voulu très sobre par le Président Sall, parce que citoyen, n’est programmé que le premier samedi de chaque mois et axé sur le nettoiement des grandes artères des villes, marchés, écoles et autres. Ce, pour rendre la capitale Dakar «clean», également lui donner un visage souriant, dynamique et attrayant, à l’image de Kigali, «la ville la plus propre d’Afrique». Ce programme a fait tache d’huile dans les autres capitales régionales. Le souci d’un espace public meilleur a toujours impliqué les populations qui, dans leur quête du bien et du beau, ont cru à cette mission de rendre reluisants les espaces de vie jusqu’aux plus intimes. Lorsqu’une entreprise d’envergure nationale se présente, dit-on, toutes les autres actions de faible portée sont laissées entre les mains des incrédules, des apatrides. Suffisant pour justifier toute la frénésie actuelle contre l’insalubrité dans tout le Sénégal.
Mais M. le Président, est-ce que les hommes politiques devraient-ils prendre le «cleaning day» comme un mode transitoire d’instaurer une nouvelle gouvernance dans nos localités ? Au-delà de cette effervescence citoyenne saluée par tous se cache, contrairement à vos instructions, une appropriation militante par certains acteurs politiques, comme nous en sommes habitués en de pareilles situations. Tous les moyens sont bons pour s’afficher. Ici, il y a un ministre qui, pour échapper à la guillotine, (à quand le prochain remaniement ministériel ?), «bunkerise» jalousement son fief, là-bas des maires rivalisent avec des directeurs généraux qu’ils considèrent comme «les nouveaux reconvertis de la République», là aussi, des députés, ne voulant pas rater le Ter à la prochaine Législature, se crêpent le chignon avec des conseillers municipaux, ces derniers contestés malheureusement par leurs militants de base qui leur reprocheraient de ne pas substituer à des Gab ambulants, et tout ça, sur un terrain d’affrontements fraternels entre partisans la même chapelle politique. Ces adversités politiques, sous haute surveillance policière, ont à tort obstrué dans bien des localités le travail de groupes collégiaux, clubs de randonnée ou groupements citoyens venus jouer leur partition. M. Le Président, dans ce «cleaning day», la logique morale voudrait que le traitement symptomatique des problèmes politiques ne s’exporte pas sur ce terrain. Cette nouvelle démarche d’actions se doit d’être orientée uniquement vers la satisfaction des besoins vitaux des populations. Nous y adhérons.
Monsieur le Président, croyez-vous que vos concitoyens sont-ils prêts pour exécuter convenablement ce plan d’investissement humain à grande échelle ? Ici, à la Médina, la culture de la gestion environnementale porte sa négation dans la mesure où le concept de voie publique est confiné en «mbèdum buur» (Lu waay neex def). Ici, l’occupation anarchique de l’espace public est à son summum avec les marchands de tabliers, les enclos de moutons et de bœufs, les ateliers de menuiserie métallique ou ébéniste, les garages de mécaniciens, les salons de coiffeurs qui ont pignon sur rue. A la Médina, tout comme à Dakar, il doit y avoir une prise de conscience qui s’imposerait à tout un chacun. Pour reconstruire cette nouvelle mentalité, il nous faut avoir effectivement une nouvelle vision, celle-ci devant lier action et discipline. Justement, c’est ici la voie royale qui donnerait non seulement à Dakar, mais à toutes les capitales régionales, ce nouveau visage tel voulu par tous les sénégalais.
Gallo THIAM
Médina

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here