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L’islam et le souci de la bientraitance animale
(Partie 1)
La nature spirituelle de l’animal : sa participation à la psalmodie cosmique
L’acceptation d’une source de vérité qui vient en supplément à la raison, et non pour la disqualifier, pourrait être une alternative à l’anthropocentrisme radical qui nourrit la mentalité adossée au concept de l’animal-ressource. Cette source autre est appelée révélation par les croyants, notamment de la tradition abrahamique qui la considère comme une guidance divine. C’est ainsi que le Coran nous donne à méditer sur non pas une activité mais une œuvre cachée et voilée aux modes de connaissance ordinaires dont est capable l’humain. Cette œuvre d’ordre spirituel imperceptible de l’humain con­siste en une sorte de psalmodie cosmique accomplie par toutes les créatures sous le mode de ce que le Coran appelle Tasbîh (déclamation de la louange de Dieu).
Il s’agit d’un service spirituel constitutif de la créature et qui est une fin en soi. Tout le cosmos n’existe que d’être le chantre incessant de la Louange de Dieu : «Les sept cieux et la terre et ceux qui s’y trouvent, célèbrent Sa gloire. Et il n’existe rien qui ne célèbre Sa gloire et Ses louanges. Mais vous ne comprenez pas leur façon de Le glorifier. Certes, c’est Lui qui est Indulgent et Pardonneur.» (Coran 17: 44)
Seuls les humains et les jinns, les deux êtres dépositaires de libre-arbitre, peuvent s’affranchir de cette fonction spirituelle. Dans une telle perspective, la «nature» y compris l’animal ne peut pas être réduite à de la matière et à de la ressource. L’animal offre toutes sortes de services à l’humain tout en étant en prière pour accomplir une fonction à elle inhérente. Elle est dotée d’une âme spirituelle, de laquelle on ne peut la séparer, qui mérite respect et considération. C’est donc une autre «nature» de l’animal qui est révélée laquelle fait que celui-ci accomplit jusqu’à sa mort la célébration sans relâche de la Louange de Dieu (tasbîh bihamdillah) et la prosternation devant Sa grandeur (sujûd).
Ces versets nous disent qu’en plus des fonctions et rôles que le savoir scientifique nous permet d’observer et d’expliquer dans une certaine mesure, les créatures ont un comportement spirituel. L’animal est créé pour participer à la Gloire de Dieu et pas seulement pour les usages que les humains peuvent en faire. A ce sujet, voici des versets incontournables :
«Nous avons certes accordé une grâce à David de Notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges d’Allah)» (Coran 34 : 10).
«N’as-tu pas vu que c’est devant Allah que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux, ainsi que beaucoup de gens ?» (Coran 22 : 18)
Le cas du prophète Dâwud (David) célébrant le Tasbih en chœur avec des oiseaux et des montagnes opère comme un signe dans les signes vu que la frontière humain-animal et humain-pierre devient caduque pour laisser place à une fraternité et une communion dans la louange à Dieu. Cette exception peut-être comprise dans le sens où c’est un honneur qui lui a été fait peut-être parce-que sa psalmodie de la louange de Dieu était tellement sincère, intense et profonde que Celui-ci a voulu le faire accompagner par tout le cosmos dans sa composante vivante (les oiseaux) comme dans sa composante inanimée (la pierre). On sait aussi toujours par le Coran, que cette rupture de frontière est offerte à Salomon qui parlait et entendait les animaux. Toutefois, Salo­mon avait à son service des animaux, des jinns et le vent pour ne parler que des non humains, alors que David était en service cultuel avec des oiseaux.
L’existence révélée de cette âme spirituelle chez l’animal fait de lui une créature enchantée par une sorte de qualité propre, un attribut réel mais caché ou voilé à la raison et qui lui donne une valeur inhérente et intrinsèque indépendante de la subjectivité humaine. A travers cette optique théologique, apparait une nouveauté significative en ce que la reconnaissance de cette dimension spirituelle de la «nature» animale peut aider à affaiblir la rage de possession et de domination qui alimente toute les maltraitances infligées à cet être vivant. Libéré de l’emprise carcérale du concept animal-ressource, l’humain devient capable de penser et d’assumer un rapport à l’animal bâti sur l’obligation morale de bientraitance. A l’aune de la morale islamique, la bientraitance notamment animale peut recouvrer les trois notions suivantes : Ihsân (bel-agir, bienfaisance), Rahmah (compassion, miséricorde), et rifq (douceur, tendresse). A ce stade, nous n’en dirons pas plus sur les fondements scripturaires de cette triptyque ni sur les modalités de son application.
Cependant, il est crucial pour ne pas contredire le dogme de l’islam, de faire la différence entre cette «nature» spirituelle de l’animal et sa sacralisation par le truchement du panthéisme, de l’animisme ainsi que des cosmovisions apparentées plus récentes comme l’égalitarisme biocentrique.

Ahmadou Makhtar KANTE
Imam, écrivain et conférencier
amakante@gmail.com

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