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Extraits des cahiers de Yoro Boly DYAO
Dans le Ouâlo, le Cayor et le Djolof, les cérémonies qui accompagnaient l’élection des rois s’accomplissaient «suivant des principes païens entremêlés de très faibles formalités émanant de l’Islam». L’influence islamique était beaucoup moins visible encore dans celles du Baol, du Sîne et du Sâloum, car les populations de ces pays sont, en grande majorité, Sérères. «Les croyances du mahométisme, encore assez respectées dans les pays ouolofs, s’écroulent et fondent en complète dissolution dans ces trois pays contre les forces de l’idolâtrie dans les contrées peuplées de Sérères, de sorte que même les populations musulmanes voisines sont animées d‘une foule d’idées idolâtres et en font fréquentes pratiques en leurs usages vulgaires et, cérémoniaux».
Cayor
Dans le Cayor, l’assemblée des électeurs, sous le nom de Oud-Réou (ceux du pays), se réunissait à Dyamatil, sous la présidence honoraire du Lamane Dyania-tilel effective de la famille mène Khogane. Cette famille fournissait les Dyaoudine- Mboul-i-dyambour, chefs qui ont les mêmes fonctions et les mêmes prérogatives que les Dyaoudine-i-Nâléou du Ouâlo. De même le Lamane Dyamatil et le Tyalaou Dyambanyane correspondaient au Dyogomây et au Mâlo du Ouâlo, mais sans pouvoir prétendre à la même noblesse d’origine.
La famille Khagane était du second ordre de noblesse ; le troisième ordre se composait des deux familles mène Guet et Dyougtoune. «Les très vastes posses- sions des domaines territoriaux dont jouissaient ces deux familles, les unes dans des conditions féodales, et les autres matrimoniales, rendaient leurs chefs très semblables «en ces droits, avec les anciens barons de la féodalité européenne».
Les cérémonies d’intronisation du Damel se faisaient à Mboul, capitale du Cayor. Le bain du Damel avait lieu à Gadde-Nyandoul ; les gens du Cayor lui donnaient le nom de Khoulikoulï «nom expressif à l’imitation des bruits de forte onde».
Les habitants de Gadde-Nyandoul sont d’origine maure. Les Maures des différentes tribus de la rive droite ont, en effet, formé dans le Cayor de nombreux villages qui, disséminés parmi ceux des Ouolofs, dépendaient, comme ceux-ci des Damel *. Cependant les Maures de ces villages élisaient des chefs de leur race qui commandaient avec le titre de Serigne (marabout). Le chef de Gadde-Nyandoul, était le seul à porter le titre de Bour-Gadde [Gadde signifie en ouolof campement maure) parce que ce village avait été le premier fondé par les Maures au Cayor, sous le règne du Damel-Tênye Amari-Ngoné-Sobel (xv siècle). Ce fut le fondateur de Gad-El qui institua la coutume du bain de Khou­likhoulï, auquel les gens du Cayor attachent une importance particulière. La tradition attribue l’adoption de cette coutume aux heureux résultats du bain pris par Amari-Ngoné-Sobel. Les gens les plus qualifiés sont en effet unanimes à affirmer que ce fut immédiatement après ce bain que l’on apprit à Amari-Ngoné-Sobel l’invasion du Cayor par Mbanye-Ndanti, successeur de Lélifoul-i Fak, et, qu’après de rapides préparatifs, il attaqua l’armée du Dyoloff à Ouarak, la détruisit et tua le Bour-Ba.
Les Damel-Tènye payaient, à l’occasion du bain, une coutume d’un captif et de vingt têtes de pagnes aux descendants de ceux à qui Amari-Ngoné-Sobel avait fait le même cadeau.
Les gens du Cayor prétendent que les Serinye-Gadde puisaient l’eau nécessaire au bain du Damel avec un récipient en paille tressée à mailles larges et qui^ cependant, ne laissait pas échapper une goutte d’eau.
L’eau du bain de Khoulikhoulï devait provenir uniquement du Gadde-Nyandoul. La cérémonie pouvait se faire longtemps après la nomination du Damel en souvenir du long intervalle qui s’était écoulé entre la nomination de Amari-Ngoné-Sobel et le premier bain khoulikhoulï.
Yoro Boly DYAO

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