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Un parti politique est mis en place par un groupe d’hommes et de femmes partageant au début les mêmes objectifs, la même frustration ou les mêmes combats. Ils sont rarement plus de vingt (20) au départ. Ils s’occupent dans un premier temps de l’écriture des statuts et du règlement intérieur. Ils se partagent les tâches et occupent la tête des structures identifiées, selon leur profil. Ensuite commence la phase de massification. L’ensei­gnant va chercher à enrôler ses collègues, et comme dans des cercles concentriques à élargir la base.
En plus de l’existence formellement consignée dans ses statuts, un parti politique a besoin de mettre en place des structures qui lui permettent d’atteindre ses objectifs. Les partis ont des objectifs différents et doivent mettre en place l’organisation structurelle qui correspond à ces objectifs.
Le parti doit adopter une structuration qui, en plus d’être à l’image de la sociologie nationale, consacre la proximité avec les populations à la base. Pour cela, il faut un organigramme classique qui comprend des organes standard de couverture territoriale du pays avec généralement au moins trois niveaux : des organes de base, des organes de coordination, des organes de direction, un Congrès ou Assemblée générale du parti.
Selon les objectifs du parti, cette organisation peut couvrir l’ensemble du territoire national, des régions spécifiques, voir même une seule région si le parti a des ambitions régionales plutôt que nationales. Un parti qui se met en place peut aussi adopter une stratégie de couverture géographique progressive afin de faire une gestion efficace de ses ressources.
L’Alliance pour la République (Apr) n’a pas dérogé à la règle. Ils étaient un petit groupe au début à avoir l’idée et la volonté de mettre en place un parti politique. Certains étaient là parce qu’ils ne pouvaient accepter le sort infligé à Macky Sall par l’ancien Président Abdoulaye Wade. D’autres se sont engagés à cause de leur propre frustration née de leur isolement au sein du Parti démocratique sénégalais. On y trouvait même un groupe de gens dont le destin était intimement lié à celui de Macky et qu’ils n’avaient plus d’autres choix que de se retrouver avec lui dans le parti ; cette catégorie était composée de jeunes et d’adultes qui travaillaient avec lui dans les cabinets des différents départements qu’il a eu à occuper.
Rappelons que nombreuses ont été les personnes qui ont fait des va-et-vient entre le Pds et l’Apr ensuite, car ils étaient peu ceux qui croyaient que Macky pouvait participer et gagner les élections après trois ans d’existence de la formation politique. Certains n’y ont cru qu’arrivés au moment du second tour. Ils sont revenus la tête baissée et toute honte bue. Bref.
L’Alliance a réussi sa structuration horizontale avec la mise en place de ses structures et a lancé sa phase de massification tous azimuts. Des comités électoraux sont mis en place et une base de données est tenue afin de répertorier tous les nouveaux adhérents.
C’est dans cette phase de massification que l’Apr est arrivée au pouvoir, sans pour autant entamer et finir celle dite de la structuration verticale.
Aujourd’hui, beaucoup de responsables demandent à ce que cette phase soit faite ; ce qui est un piège. Il est difficile voire quasi impossible de structurer verticalement un parti au pouvoir. Qui sera au-dessus de qui ? Si vous devez procéder à une vente de cartes, les responsables avec une puissance financière iront avec une longueur d’avance et c’est en même temps la meilleure manière de déstructurer le groupe ou de le mettre entre les mains de lobbies.
Les commissaires chargés de la vente ou de la supervision de l’élection des responsables pourront participer à mettre des hommes et des femmes qui seront choisis par un homme ou un groupe ayant l’ambition de mettre la main sur le parti.
L’autre difficulté, ce seront les chocs qui naîtront entre les légitimités historiques et celles-là nées de la signature d’un décret présidentiel. Un ministre acceptera-t-il de laisser la tête de la coordination ou de la fédération à un directeur, par exemple, même si ce dernier a une légitimité politique conférée par l’histoire ? Même s’il se trouve être un membre fondateur de l’Apr, il risquera de ne pas tenir devant les moyens qui seront déployés par ce ministre. Bonjour alors la disparition des responsables historiques.
Au demeurant, l’administration du parti échappera au président de celui ci, occupé qu’il est dans ses tâches de chef d’Etat. L’élan de solidarité disparaîtra avec le déclenchement d’une guerre hardie de positionnement et cela nuira gravement à l’image du président du parti.
Ce qu’il faut à un parti au pouvoir, n’ayant pas eu le temps de faire sa structuration verticale, c’est de se concentrer sur celle horizontale et d’animer les différentes structures mises en place. C’est cette animation qui fera tourner en plein régime le groupe politique.
Souleymane LY
Spécialiste en communication
julesly10@yahoo.fr

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