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Abdoulaye Diop ministre Culture.

Le département ministériel en charge de la Culture a toujours existé depuis sa création par le Président Senghor au début de notre souveraineté nationale. Avec lui, le Président-poète, la Culture a été au centre de la politique diplomatique du pays, notamment par l’accent mis sur la coopération culturelle multilatérale entre le Sénégal et les autres pays du monde.
Nos artistes plasticiens, avec les sociétaires de «l’école de Dakar», ce courant artistique qui a donné ses lettres de noblesse aux arts plastiques, nos danseuses et danseurs des Compagnies Linguère et Sira Badral du Théâtre national Daniel So­ra­no, ainsi que nos comédiens, avec fierté, le savoir-faire et le savoir-être en bandoulière, ont été les fers de lance de notre diplomatie ; le Président Senghor en ayant fait des «ambassadeurs», qui le précédaient dans tous les pays-frères où il devait se rendre.
Quelle belle époque, pour la Culture, les arts et les artistes !
Tout cela répondait à une conviction organique forte du Président-poète, pour qui «la Culture est au début et à la fin de tout développement» !
Vint ensuite la période sombre pour la culture, dite des ajustements structurels, imposée par les institutions internationales, et qui a vu le secteur être relégué par les autorités sénégalaises, au rang de «secteur non prioritaire». Ce fut comme une traversée du désert auquel le Département résista par sa présence dans tous les gouvernements mis en place.
L’avènement du Président Wade donna un regain d’intérêt et d’envergure à la culture qui bénéficia d’une grande visibilité, avec des manifestations et des infrastructures dignes. Les infrastructures, notamment, sont théorisées dans son concept de Parc Culturel, avec ses «7 Merveilles» que devait accueillir le site de la Gare où certaines de ces infrastructures sont fort heureusement, visibles.
Mais c’est aussi pendant ce magistère que le département de la Culture connût ses plus gros, et même parfois grotesques bouleversements. Il sera associé à beaucoup d’autres secteurs, comme le tourisme, la communication, le patrimoine ou… le genre, sans beaucoup de pertinence ni parfois, de cohérence, du fait des résultats obtenus par les différents ministres…
C’est cette propension des autorités à lier la culture à d’autres secteurs de l’économie qu’elle est censée tirer dans sa trajectoire, ou tout le moins, aider à capitaliser son propre potentiel, combinée au fruit de notre réflexion, qui nous emmènent à penser que ce Département ministériel doit pouvoir revendiquer sa transversalité et la mettre en œuvre dans tout gouvernement.
Pour cela, il faut oser sortir des sentiers battus de la «real-politik», et envisager la culture dans son acception globalisante que l’on retrouve, au-delà de la signification de l’Unesco, dans toutes les composantes endogènes et exogènes d’une vie humaine, ou d’une société.
L’objet de nos propos n’est rien de plus, alors, que «le département de la Culture et de la communication, dans le premier gouvernement de Macky II».
De notre point de vue, au-delà des missions assignées à ce Département, de multiples partenariats pourraient être envisagés avec différents départements ministériels, notamment :
Le ministère des Forces armées, au travers de l’Alfa, l’Agence pour le logement des Forces armées, avec la mise en place d’Agr (Activités génératrices de revenus), profitables aussi bien à l’Agence, qu’aux intervenants artistes et autres compétences.
Le ministère de l’Inté­rieur avec comme offre, l’implication des artistes et acteurs culturels à toutes les étapes de tout processus électoral. L’Asp (l’Agence d’assistance de protection de proximité) pourrait profiter d’Agr (Activités génératrices de revenus), mais aussi de renforcement de capacités, quant à leurs missions et collaboration avec les populations, de la part des artistes intervenants et autres compétences.
Le ministère des Finances et du Budget a en charge, entre autres, le Domaine, le Cadastre, le fisc, la solde, les pensions, ainsi que des stratégies de financement, Fongip et Fonsis. Différentes formes de collaboration pourraient être envisagées allant dans le sens de la vulgarisation et de la sensibilisation pour une meilleure appropriation des populations, sur toutes ces prérogatives dont la gestion est liée à notre quotidien social et professionnel. Une forme de collaboration engageant les guichets dans le développement culturel et artistique, pourrait et devrait pouvoir être envisagée.
Le ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur renferme désormais la Direction de la francophonie qui a une longue tradition de collaboration avec le ministère de la Culture. En matière de Coopération internationale, la culture et les arts doivent et peuvent avoir une meilleure représentativité et une meilleure visibilité. Les Confé­rences internationales dont ce ministère a la charge, pourraient et devraient être un bon prétexte de collaboration entre les deux départements. La mise en œuvre de toutes les conventions avec l’Ua peut être un vivier pour la culture. Le fonctionnement du Comiac (Comité permanent de l’Oci pour l’information et les affaires culturelles) peut être boosté par un apport du département de la Culture et de la communication.
Le ministère du Déve­loppement communautaire, de l’équité sociale et territoriale a en charge le Pudc, le Puma, Promovilles, l’Anacmu (l’Agence nationale de la Couverture maladie universelle), le Commissariat à la sécurité alimentaire. Ces stratégies de développement, à part les techniciens et les bénéficiaires directs, con­naissent une très faible appropriation de la part des populations sénégalaises. Les arts et la culture pourraient aider à rectifier cet état de fait.
Le ministère du Pétrole et de l’énergie  gagnerait à vulgariser les métiers du pétrole et du gaz, ainsi que les enjeux liés à cette nouvelle source d’énergie. Les artistes sont tout indiqués pour prendre cela en charge. Les énergies renouvelables qui sont un concept assez vague pour le citoyen lambda, peuvent aussi être mieux cernées et comprises par les populations.
Le ministère de la Fonc­tion publique et du re­nouveau du service public. Le renouveau du service public passe par un certain nombre d’obligations dont l’appropriation par les fonctionnaires et autres agents de l’Etat peut être facilitée par une approche didactique et ludique dont les artistes ont le secret.
Ministère des Infras­tructures, du transport terrestre et du désenclavement a en charge les «corridors» dont la configuration et les impacts gagneraient à être mieux perçus par les populations.
Ministère de l’Economie, du plan et de la coopération. Une collaboration plus pointue entre le Mcc et l’Ansd pourrait aider les culturels à avoir des statistiques plus fiables.
Le ministère de l’Edu­cation nationale. La Comnat Unesco, l’alphabétisation et les langues nationales, mais également la relance du théâtre scolaire peuvent largement bénéficier d’une collaboration ciblée, avec le Mcc.
Sans être exhaustifs, les formats de collaboration avec une dizaine de ministères nous offrent une ébauche de champ de recherche en vue d’asseoir un partenariat gagnant-gagnant, entre différents secteurs de l’économie avec la culture, au nom de la transversalité de celle-ci…
Mamadou Ciré CISSE
dit Dano Consultant cirecisse@hotmail.com

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