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Le 19 avril dernier, j’alertais déjà, suite justement à un article signé Adama Gaye -La mégère Macky a parlé- sur les risques pour notre démocratie, d’entrer dans l’escalade de certains propos qui ne sauraient relever de la simple liberté d’expression. J’ai le plus grand respect pour mon confrère Adama Gaye et lui exprime ma plus profonde et sincère solidarité dans les moments si difficiles qu’il traverse. Je souhaite vivement qu’il se sorte très rapidement de cette douloureuse épreuve judiciaire. J’en appelle à la justice sénégalaise à ne pas démolir ce brillant journaliste. La Nation a besoin de femmes et d’hommes d’excellence comme Adama Gaye. La presse sénégalaise et continentale dont il est depuis de si nombreuses années, l’un des serviteurs les plus éminents méritent de cet esprit libre.
Cela dit, le petit entre soi médiacratique ne nous exonère de l’exigence de vérité. Il faut bien à un moment qu’on se dise les choses. Nous passons notre temps à décrire la vie des autres sans jamais essayer de la vivre, pour comprendre comment nos écrits, nos images et nos propos peuvent briser une carrière et comment en quelques mots et quelques clics, nous  pouvons éparpiller la crédibilité d’honnêtes concitoyens, ternir leur réputation et saccager des vies que certains ont mis des années à construire. Nous devons nous faire à l’idée que la liberté d’expression n’est absolue nulle part dans le monde. Lorsque nous  proférons des injures, attentons à la vie privée ou incitons à la haine, nous cessons d’exprimer une opinion. Nous commettons un délit. Ce n’est pas une invite à une sorte d’autocensure préventive, ni une leçon d’éthique journalistique, mais juste une opinion pour  nous éviter de chroniquer les procès de nos propres confrères.

Je vous soumets la publication, telle quelle, de l’article que j’ai publié en avril dernier et qui m’avait valu un cinglant droit de réponse de Adama Gaye intitulé «Cher Malick Sy, avec votre permission…»

Insulter le Président, c’est outrager le Sénégal

Mégère”, “dictateur aux c… molles”, illégitime type avec des copeaux qui lui servent de neurones…”, et j’en passe et des meilleurs. En lisant ces mots d’une violence rare signés Adama Gaye dans une tribune d’une toute aussi rare brutalité intitulée “La mégère Macky a parlé ! ”, ma réaction soudaine a été de m’interroger sur les raisons explicatives d’un tel abaissement et d’un tel déchaînement de haine. Je me garderais bien de donner des leçons ou de m’ériger en procureur pour jeter l’opprobre médiatique sur un grand intellectuel et une aussi grande figure du journalisme comme vous. Je n’en ai ni l’intention, ni la légitimité et encore moins les moyens.

Mais en tant que citoyen et confrère, je suis en droit de m’indigner face aux attaques obscènes et injurieuses contre le président de la République. J’ai trop longtemps hésité avant de me résoudre à reprendre au tout début de mon papier, les citations contenues dans votre contribution, car je crois que l’institution présidentielle mérite le respect de chaque citoyen sénégalais.
Quand les injures, les insultes, les calomnies et les allusions de bas de ceinture prennent le pas sur le débat intellectuel, nous fragilisons notre démocratie. Chaque citoyen de surcroît journaliste, peut critiquer la gouvernance de Macky Sall, mais le respect dû à la fonction de chef de l’Etat s’impose à tous. Et parce qu’il incarne le Sénégal, insulter l’incarnation de la Nation que les sénégalais se sont constitutionnellement  choisie, c’est outrager le pays. C’est inexcusable et inacceptable d’offenser le Peuple du Sénégal.
L’excès et la violence obscène de votre diatribe contre l’institution présidentielle est aussi une atteinte à la dignité de la personne de Macky Sall, qui est aussi un mari et un père de famille. Et nous devons tous nous faire à l’obligation qu’on ne peut tout dire ou tout écrire, pour je ne sais quelle raison. Parce qu’absolument rien ne justifie un tel déferlement de haine sur un homme, fut-il un adversaire politique.

Certains pourraient grandement s’étonner de me voir défendre Macky Sall, mais c’est la sacralité de l’institution que nous nous devons de protéger.

Depuis bientôt sept ans que je jette un regard critique sur la gouvernance de Macky Sall. Ma dernière publication intitulée “Macky II, le risque pour le Sénégal de prendre encore 5 ans ferme”, est la preuve que je n’ai jamais cherché et n’essaie surtout pas d’entrer dans les bonnes grâces de son régime. J’ai arbitrairement été affecté et maintenu à Tambacounda depuis un septennat pour des raisons purement politiciennes, mais j’ai toujours refusé la compromission et la pratique révérencielle et utilitaire du journalisme. Histoire de rester en exacte coïncidence avec une certaine idée de l’éthique de notre métier mais aussi et surtout parce qu’aucune promotion, aucune prébende ne mérite qu’on brade sa conscience.

Mais je n’accepte pas de me satisfaire des outrances attentatoires à la dignité et la personnalité de n’importe quel concitoyen, y compris celles du président de la République. Quel qu’il soit.

M. Gaye, vous avez visiblement fait de votre anti-mackysme un engagement politique. Vu votre expérience, adossée à votre immense talent de journaliste, vous auriez pu opter pour la commodité et le confort en vous rapprochant du président de la République. Mais vous avez fait le choix de vous mettre en situation de contre-pouvoir. Votre posture mérite respect et considération parce qu’elle est exemplaire et courageuse. A chacun son combat. Et je pense humblement que le vôtre ne devrait pas se livrer dans l’arène de la diatribe vulgaire mais dans la fabrique de ces penseurs libres qui manquent si cruellement à notre pays.

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