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La décision de gouvernement italien de mettre l’Aquarius sous séquestre pour une histoire de gestion de déchets à bord n’est rien d’autre que du harcèlement politico-administratif pour dissuader le navire de sauver des migrants en mer. Le Panama qui lui avait accordé un pavillon a été obligé de le retirer à la suite de fortes pressions. Par ce harcèlement politico-administratif, l’Italie criminalise le devoir de solidarité. «Qui veut noyer son chien l’accuse de rage». L’argument n’a jamais été aussi vrai parce que, depuis des mois, l’Italie cherche la petite bête pour empêcher l’Aquarius de prendre la mer pour sauver des vies. Mettre sous séquestre un navire qui sauve des naufragés en mer pour une vénielle histoire de gestion de déchets à bord, il fallait y penser. C’est à la fois grotesque et ridicule. C’est indigne de l’Italie et des valeurs européennes, sauf si on accepte que les valeurs européennes ne sont pas valables en Méditerranée et au-delà, comme la formule qui proclame que «vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà». La Méditerranée ne devrait pas être une frontière pour les valeurs européennes que des penseurs comme Kant considèrent comme un socle de «projet de paix perpétuelle». Ce qui choque, ce n’est pas la décision du gouvernement italien qui assume sa xénophobie, mais le silence coupable des gouvernements africains dont les ressortissants sont traités comme des esclaves en Libye et à qui on refuse le droit humain le plus élémentaire en mer : le droit à être secouru. L’Aquarius, c’est comme l’Exodus, ce bateau qui, en 1947, transportait des rescapés juifs des camps nazis, qui avait été refoulé au large des côtes palestiniennes par la marine anglaise. Après ce refoulement, beaucoup de ports européens refusèrent d’accueillir le navire, dont les passagers finiront en Allemagne, dans la zone d’occupation anglaise. Quelle inhumanité que de rapatrier des rescapés des camps nazis ! C’est ce que l’Europe veut faire en voulant rapatrier les rescapés de la Méditerranée en Libye. Exodus et Aquarius, même combat. Une seule différence. Les Juifs ont mis l’Europe face à sa responsabilité et sa mauvaise conscience. Ce que les dirigeants africains n’osent pas faire.

Gibraltar, Ceuta et Melilla
Les relations internationales sont un immense jeu d’échec où, au-delà des discours et des principes, règnent toujours les rapports de force. Le Premier ministre espagnol profite de la grande faiblesse britannique pour poser la question de Gibraltar, le rocher sous souveraineté britannique et enclavé en Espagne. La position du Premier Espagnol n’est pas loin du chantage. Il dit au gouvernement britannique, ou on revoit la question de Gibraltar ou je mets mon veto à l’accord sur le Brexit que vous avez mis des mois à négocier péniblement avec l’Union européenne. L’Espagne, qui fait du chantage à la Grande Bretagne, devrait balayer devant sa porte avec Ceuta et Melilla, mais c’est ça les relations internationales. L’Espagne n’a jamais su créer un rapport de force pour arracher Gibraltar à la Grande Bretagne. De même que le Maroc n’a jamais réussi à le faire face à l’Espagne qui est aujourd’hui dans le rôle de l’arroseur arrosé. Si par principe elle revendique Gibraltar, elle doit pour ce même principe pouvoir libérer Ceuta et Melilla. Gibraltar est une continuité de son territoire, comme Ceuta et Melilla le sont pour le Maroc.

Gilets jaunes, Y’en a marre
Les mouvements des Gilets jaunes et Y’en a marre sont des symboles de nouvelles logiques de l’action collective. Ces dernières consistent à faire de la politique autrement en partant du s constat de la crise du politique (discrédit des politiciens) et non pas de la politique (gestion des affaires de la cité). Ces nouvelles logiques émergent avec la crise des partis politiques et des classes politiques traditionnelles. Le caractère spontané et désorganisé de ces mouvements est à la fois leur force et leur faiblesse pour deux raisons. Premièrement, dès que ces mouvements se structurent, ils tombent dans la logique fonctionnaliste comme les organisations politiques. Deuxièmement, l’activisme civique et citoyen ne peut pas et ne doit pas être un métier. S’il le devient, la logique fonctionnaliste crée une suspicion légitime comme celle qui frappe les appareils politiques. Ces mouvements sont secrétés de temps en temps par le système démocratique pour régler une contradiction. Y’en a marre a été secrété par les dérives de Wade et le mouvement a grandement contribué à sa chute. La chute de Wade a vu l’apogée de Y’en a marre qui, pour éviter les faiblesses des mouvements spontanés, est devenu fonctionnaliste. En devenant fonctionnaliste, il a perdu ce qui a toujours été sa force : un mouvement spontané de citoyens.

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