PARTAGER
Un grave accident de la circulation.

Au lendemain de la série macabre d’accidents de la route et leurs lots de morts dont certains calcinés à l’intérieur des véhicules, mais aussi la mise en ligne sur le web d’images obscènes de citoyens sénégalais, le Président Macky Sall a cru devoir décréter la tolérance zéro en annonçant une batterie de mesures pour punir sévèrement les responsables de ces tragédies. Mais est-ce que le problème ne réside que dans les deux cas mentionnés ? Toujours est-il que la tolérance zéro ne doit pas aller dans un sens unique : de l’Etat vers le citoyen indélicat. Les citoyens doivent être, eux aussi, des sentinelles et les derniers remparts contre les dérives étatiques, les actes d’incivisme notoires et les dérégulations de tous ordres qui portent atteinte à la paix civile, à la sécurité et à la stabilité sociale. Un renforcement de la vigie, de part et d’autre, est de nature à rétablir l’équilibre des abus et à les ramener à des proportions acceptables. A l’évidence, l’inconduite des automobilistes, qui engendre un nombre élevé d’accidents mortels et la publication d’images obscènes en violation de l’intimité et de la vie privée d’autrui ne sauraient être les seuls cas devant requérir la tolérance zéro. La vie quotidienne au Sénégal nous offre une multitude de déviances qui méritent toutes autant de sanctions que ces deux dernières actualités qui défraient la chronique.
Oui pour la tolérance zéro dans le port de tenues indécentes dans les écoles, lycées et collèges du pays où des élèves, garçons et filles, agressent la vue de leurs camarades, maîtres, professeurs, surveillants et autorités, avec des tenues trop indécentes pour être portées, et de façon si désinvolte, en milieu scolaire et éducatif. Quand des élèves se pavanent dans la cour de l’école et même en classe avec des «kriss-kross», des «check-down» ou des «pinw», pour les garçons, ou avec des «pathial», des «Dakar ne dort pas» ou des «dangal », pour les filles, c’est l’espace pédagogique qui est profané. Aussi, les autorités scolaires et académiques sont-elles interpellées pour instaurer des mesures hardies, assorties de sanctions sévères pour mettre un terme à tout ce dévergondage.
Entre autres facteurs de causalité des accidents de la route, il y a les véhicules tombés en panne au bon milieu de la chaussée, en ville comme en rase campagne, et dont le chauffeur, voire l’apprenti, à défaut d’un triangle de pré-signalisation – ce qui est déjà une infraction – ne trouvent rien de mieux que des branchages d’arbre ou la roue de secours qu’ils déposent négligemment sur l’asphalte pour soi-disant prévenir les autres conducteurs. La dangerosité d’un tel acte d’indiscipline n’a d’égale que le scandale des véhicules et notamment de camions qui circulent, et notamment la nuit, sans signaux lumineux cataphotes ou catadioptres. Il y a aussi les automobilistes qui font demi-tour sur la chaussée, qui empruntent un sens interdit ou qui empiètent les passages cloutés, en situation de stationnement, violant ainsi l’espace réservé aux piétons qui doivent traverser la chaussée. L’ivresse au volant, la non-détention d’un permis de conduire et le dépassement de la vitesse autorisée ne sont pas en reste dans le festival d’infractions notées sur la route. Pourtant, la plupart de ces actes d’indiscipline qui sont constitutifs de violations du Code de la route se font au vu et au su d’agents chargés de la sécurité routière, dont la responsabilité dans la perpétuation de ces cas de transgression de la loi est pleinement engagée. Que dire aussi des taximen qui klaxonnent à tort et à travers, même dans les hôpitaux, eux qui s’arrêtent brusquement ou freinent des quatre fers, dans un crissement de pneus, parce qu’ils ont été hélés par un «client» ou simplement parce qu’un quidam a sifflé pour appeler son chien ou qu’il a levé le bras… pour se gratter la tête. Les comportements «accidentogènes» des chauffeurs de taxis, sur les routes du Sénégal, sans verser dans la stigmatisation, appellent à une introspection, par ces derniers qui doivent se racheter une conduite. Peut-être que cela leur éviterait à l’avenir de subir des actes ou des déclarations extrêmes comme le geste malheureux de l’homme d’affaires Ousseynou Diop qui a buté le taximan Ibrahima Samb ou la sortie musclée du général Mansour Niang qui ne serait pas surpris qu’un autre taximan soit flingué.
Quoi de plus excédant que d’entendre l’automobiliste derrière soi, impatient à souhait, klaxonner à vous casser les tympans pour vous sommer de rouler alors que le feu est au rouge.
Oui pour la tolérance zéro contre les trafiquants de drogue, les trafiquants d’enfants et pédophiles.
Oui pour la tolérance zéro contre cette licence qui fait que, sans autorisation administrative, tout le monde se croit être dans son droit de barrer la route et à ériger des tentes pour l’organisation de cérémonials de toutes sortes : meeting politique, gamou, thiant, baptême, mariage, décès, foureul, sabar, tannebeer, simb, ganalé Makka, etc. Gare au téméraire qui ose rappeler à l’ordre les organisateurs de ces rassemblements sur la voie publique. Ils lui rabattront le caquet au quart de tour, en lui assénant un sévère «fii mbeddu buur la», en manquant de peu de lui rectifier le portrait au besoin. Les coladéra dans les quartiers ne sont pas les seuls cas de nuisances sonores et tapages nocturnes. Même les campus des universités ne sont pas épargnés par le phénomène, avec les dahiras qui y pullulent, transformant l’espace académique et les résidences universitaires servant de dortoirs aux étudiants en lieux de célébration de tous les cultes et de rivalités confessionnelles voire confrériques.
Oui pour la tolérance zéro contre la promotion de contre-valeurs véhiculée par un discours immoral du genre «chance mo gën licence», «xaalis kenn duko ligeey dañu koy lijënti», «borôm kudd du lakk», «japp ci rek», etc. Les tenants d’un tel discours font la part belle à la triche et valorisent l’opportunisme, le népotisme, la corruption, la prévarication et les magouilles de toutes sortes.
Oui pour la tolérance zéro contre les manifestations publiques, indécentes et ostentatoires des signes de richesse et d’opulence comme les «baatré» à Sorano ou au Grand théâtre national, quel que soit l’auteur de cette forme de violence dans un pays pauvre et très endetté. Pourtant, il existe encore au Sénégal une loi contre le gaspillage dans les cérémonies familiales, sauf qu’elle n’a jamais été appliquée. Surtout lorsque ce sont des autorités qui s’illustrent le plus à ce niveau. Mais là-dessus, les autorités doivent commencer par balayer devant leurs portes. En effet, quand Moustapha Cissé Lô, 2ème vice-président de l’Assemblée nationale, jette des billets de banque sous les yeux et devant un Président Macky Sall qui prône une «gouvernance sobre et vertueuse», il ne prêche pas par l’exemple. L’Etat doit rétablir l’ordre, la discipline et le respect des lois, en commençant par le sommet. Il lui faut, au risque d’être impopulaire, sévir, sans cruauté inutile ni faiblesse coupable.
Oui pour la tolérance zéro quand les arbres, murs, coins et recoins de la voierie publique sont transformés en pissotières, avec des gens qui se soulagent en pleine rue en y vidant leur vessie ou en y faisant leurs besoins à volonté. Seulement, la première faute revient à l’Etat qui n’est pas fichue d’installer des commodités pour les citoyens comme des vespasiennes et des édicules publics.
Combien de fois a-t-on vu des constructions pousser comme des champignons sans avoir fait l’objet, au préalable, d’études architecturales ou de permis de construire à même de les rendre légales, sûres et habitables ? Les effondrements de bâtiments non réglementaires le montrent à suffisance.
Combien de fois a-t-on vu des dépassements volontaires dans les constructions avec des saillies démesurées au niveau des balcons ou des excroissances des murs d’enceinte des maisons ?
Combien de fois a-t-on vu des gens, pendant le mois de Ramadan, sous prétexte qu’ils ont jeuné, cracher à tort et à travers transformant les planchers ou même la rue publique en crachoirs géants ?
Combien de fois a-t-on vu des tags ou graffitis sur des murs ou des affiches de toutes sortes sauvagement collées sur des panneaux de signalisation routière jusqu’à cacher et rendre illisibles les messages desdits panneaux ? Ce qui pose naturellement un problème de sécurité publique.
Combien de fois a-t-on vu des lampadaires pour l’éclairage public ou des pylônes de feux tricolores renversés par des chauffards qui, par la suite, s’en sont tirés à bon compte, car étant repartis tranquillement après avoir percuté et détraqué ces équipements très coûteux pour le contribuable ?
Combien de fois a-t-on vu des grilles et des couvercles des regards d’égouts ou d’évacuation des eaux pluviales volés par des ferrailleurs qui iront les revendre ensuite, exposant les populations à des accidents et rendant les conduits vulnérables à des obstructions qui favorisent les inondations ?
Combien de fois a-t-on vu des gens jeter par-dessus bord de leur véhicule toutes sortes de détritus (mouchoirs, papiers, peaux de banane, épluchures d’orange, restes de cacahuètes, etc.) ? C’est à croire que plus la voiture est imposante et rutilante, plus on a la chance de voir ces gestes regrettables et qui sont symptomatiques d’un état d’esprit de sous-développés au plan de la civilité.
Incapables de comprendre que la saleté est le reflet de la personnalité, nous évoluons pourtant dans cet univers de crasse. Les eaux usées et les détritus sont déversés sur la voie publique avec ou sans l’existence de poubelles ou de vidoirs.
Combien de fois a-t-on vu des «bonnes volontés», «monsieur bons offices» ou «médiateurs» intercéder à la faveur d’un fautif convaincu et d’un coupable reconnu pour le soustraire à l’expiation d’une peine fort méritée, au prix d’un «maslaa» d’enfer qui favorise et perpétue l’impunité ?
Les scandales du taximan qui avait emprunté la passerelle piétonne de l’autoroute à Dakar et du car-rapide qui avait fait demi-tour au bon milieu du pont Faidherbe à Saint-Louis, après avoir fait le buzz un temps et enflammé les réseaux sociaux, sont maintenant complètement jetés aux oubliettes.
Combien de fois a-t-on vu des charretiers ou des calèches emprunter des voies réservées à la grande circulation comme la Voie de dégagement nord (Vdn) ou l’autoroute sans être inquiétés ?
Que n’a-t-on pas vu au lendemain du chavirage du Joola, suite à l’appel à une introspection et au changement des comportements lancé par le Président Wade ? Tout d’un coup, tout le mode ou presque s’est mis à respecter les files d’attente, à attendre le prochain bus au lieu de se bousculer pour monter dans celui qui est déjà plein, les transports en commun en surcharge sont sommés de se délester de leur trop-plein de passagers, le respect des normes est redevenu au centre des préoccupations de Sénégalais, plus gagnés par la peur que par une résolution à changer leurs us. Mais comme qui dirait, c’était trop beau pour être vrai. Avec le temps, l’oubli aidant, les choses ont repris de plus belle. Les gens ont petit à petit retrouvé leurs vieux démons avec, il faut le reconnaître, le laxisme et le manque de suivi des autorités étatiques qui ont un mal morbide à s’inscrire dans la durée voire dans la pérennité pour ce qui est de l’application correcte de leurs décisions majeures.
accidentTout le monde l’a constaté pour s’en désoler, les opérations de désencombrement de la voie publique, entreprises ponctuellement par les autorités à l’encontre des marchands ambulants, avec une forte dose de mise en scène et à grand renfort de tapage médiatique, sont perçues par les déguerpis comme la manifestation d’un activisme débordant et ayant des soubassements politiques. Le temps de laisser passer l’orage, les  déguerpis reviennent progressivement sur les lieux où ils vont se réinstaller comme avant. C’est le cas des tabliers établis aux abords du Coud à l’Ucad de Dakar. Partout dans les marchés urbains, parce que des marchandises n’arrivent pas à prendre place dans les boutiques, les commerçants les entreposent sur le trottoir même qu’ils obstruent du coup, obligeant alors les piétons, faute de mieux, à disputer dangereusement la chaussée avec les voitures.
Oui pour la tolérance zéro contre ces dangers ambulants que sont les transports en commun chargés à ras bord, avec des passagers n’ayant pu avoir une place assise dans l’habitacle du véhicule et qui se résolvent à rester perchés sur le marchepied de l’autocar qui peut céder à tout moment sous le poids de son (sur)chargement humain. Les résolutions prises après le drame du Joola sont oubliées.
Oui pour la tolérance zéro contre ces guimbardes et tacots brinquebalants de « clandos», bons pour la casse, mais qui roulent laborieusement sur les routes, de véritables «pousse mou takk» dont on ne sait pas trop comment ils ont pu obtenir la visite technique et d’où les passagers ne descendent jamais sans dommages : habits salis ou déchirés par des saillies d’une carlingue en très piteux état.
Oui pour la tolérance zéro contre ces conducteurs de motos Jakarta, avec l’hécatombe qu’ils créent sur les routes où ils se comportent comme dans un rallye. Un fléau qui est en passe de décimer la jeunesse de notre pays et d’hypothéquer son avenir. L’inconscience, l’insouciance et l’irresponsabilité de ces jeunes, sans casque de protection, et qui jouent avec leur vie tous les jours, ne semblent pas émouvoir ou scandaliser les autorités qui se contentent d’opérations sporadiques et épisodiques de contrôles, mais sans suivi, ce qui allonge la liste des tués, mutilés ou paralysés par ces engins de la mort. Il y a même un hôpital du pays où un espace à eux réservé est baptisé «victimes des motos Jakarta». Au banc des accusés, l’Etat du Sénégal, avec sa piètre politique de l’emploi des jeunes qui pousse ces derniers, faute de mieux, à l’horizon bouché, et sans perspectives, à choisir une occupation rémunérée, mais à leurs risques et périls, car potentiellement dangereuse.
Oui pour la tolérance zéro contre la mendicité généralisée et incontrôlée. Tous les jours, alors qu’ils n’y sont pour rien, les Sénégalais se culpabilisent eux-mêmes à la vue de spectacles affligeants à chaque coin de rue, au niveau des «feux rouges», devant les banques, les mosquées, etc. Des scènes de mendicité, avec surtout une femme, souvent en état de grossesse, flanquée de ses marmots, des jumeaux pour la plupart, et portant un bébé sur le dos et à califourchon, à moins qu’elle n’allaite un nourrisson, et qui tend la main avec insistance, la mine défaite, au point de poser au passant un cas de conscience si jamais il ne se montre pas en âme charitable en mettant la main à la poche. Une forme de terrorisme de la pauvreté. Cela vaut aussi pour les talibés et les enfants jetés dans la rue par des adultes véreux et sans scrupules pour faire la manche, en guenilles et la sébile en mains.
Oui pour la tolérance zéro contre ces gains faciles de «madjial» des prétendus «Baye Fall» aux gestes menaçants, qui sont à la limite de l’agression physique lorsque qu’ils demandent le « addiya» au nom d’un marabout imaginaire, alors que tout le monde connaît la destination finale de l’argent qu’il ont réussi à soutirer aux pauvres passants dont la plupart, notamment les femmes, ont mis la main à la poche(tte), la peur au ventre ou sous le coup de terreur, plutôt que par geste de charité.
Oui pour la tolérance zéro contre la ruralisation de Dakar ou de certains centres urbains du pays dont le paysage est complètement défiguré par des scènes insolites comme la divagation, à travers les grandes artères des villes, de troupeaux de moutons, de chèvres ou de vaches soi-disant sacrés selon la rumeur et les idées reçues – malheur à celui qui ose les toucher – obligeant même les automobilistes à observer des arrêts pour les laisser traverser la chaussée, soulevant derrière leur passage un gros nuage d’une poussière qui enrhume les infortunés qui ont le malheur de la respirer.
Oui pour la tolérance zéro contre les malfrats, et autres coupe-gorge qui, à la faveur des ténèbres du soir, écument la banlieue qu’ils tiennent en coupes réglées, obligeant les populations à se calfeutrer chez eux dès la tombée de la nuit pour n’en ressortir que le lendemain après le lever du soleil.
Oui pour la tolérance zéro contre les scènes de violence qui émaillent les matchs de navétane ou les combats de lutte, avec des hordes de voyous qui cassent tout sur leur passage. Aucune forme de clémence, d’indulgence ou de circonstances atténuantes ne sauraient leur être accordés quelle que soit la pression d’individus ou de groupes influents qui voudraient intercéder en leur faveur.
Oui pour la tolérance zéro contre le politicien «vendeur de sable», résidant presque toute l’année à Dakar, et qui, à la veille d’élections, revient dans son fief, dont il est pourtant le maire, pour raconter historiettes aux populations, mais qui disparaît de la circulation une fois élu pour ne retourner de nouveau dans son bled qu’à l’approche d’autres élections pour leur refaire le même cinéma.
Oui pour la tolérance zéro contre ces députés absentéistes, dormeurs, applaudisseurs à tout rompre, incompétents dans leur globalité et qui donnent une mauvaise image de représentants du Peuple.
Oui pour la tolérance zéro contre les transhumants politiques qui changent de leader, mentor ou référence et donc de parti politique, au gré des changements de régime au pouvoir, et qui brûlent aujourd’hui les idoles qu’ils vénéraient hier et vice-versa.
Oui pour la tolérance zéro contre tout candidat à l’élection présidentielle qui, une fois élu président de la République, s’assoit sur ses engagements électoraux et qui n’en fait qu’à sa tête.
Oui pour la tolérance zéro contre ces partis politiques qui n’existent que de nom ou qui se résument à 2 pelés et 3 tondus, certains n’ayant même pas d’adresse physique, et qui encombrent inutilement l’espace politique sénégalais qui gagnerait à être assaini et débarrassé de toute cette redondance.
Tolérance zéro contre les manifestants irresponsables qui barrent et bloquent les routes, cassent des voitures, saccagent le bien public, s’en prennent à des personnes privées, victimes innocentes qui ont le malheur de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment.
Au fait, qui est le plus à blâmer entre le parent qui dégage ses responsabilités d’éducateur, avec une lâcheté à nulle autre pareille, et choisit de confier ce rôle a un marabout aux ressources très limitées, et ce dernier conscient de la précarité de ses moyens, mais qui accepte de recevoir l’enfant qu’il place ensuite dans les conditions que l’on connaît ?
Oui pour la tolérance zéro contre les excroissances des marchés dits de proximité comme le «marché Hlm» ou le «marché Castors», poussant les commerçants à déployer leurs étals et à s’installer jusque sur le seuil des portes des maisons des riverains qui, du coup, ont bien du mal à entrer ou à sortir de chez eux. Et gare à eux s’ils protestent. Une volée de bois vert leur clouera le bec vite fait.
Il est de notoriété publique que le Sénégalais, nombriliste, infatué et imbu de lui-même, se considère comme faisant partie des peuples les plus beaux, les plus élégants et les plus intelligents, surtout par rapport à ces autres Africains vis-à-vis desquels il développe un complexe de supériorité et qu’il appelle, avec une dose de condescendance, les «gnak». Un prêté pour un rendu, les Ivoiriens nous renvoient la balle, en nous affublant à leur tour du sobriquet de «gorgui», lourd de sens.
D’aucuns diront que critiquer c’est facile, il faut apporter des solutions. Les problèmes sont tellement complexes qu’il est indispensable que chacun se mette d’abord à sa véritable place. Chaque Sénégalais croit tout savoir, pense avoir la science infuse ou être investi d’une mission quasi-divine et d’avoir à lui seul les clés pour ouvrir la caverne d’Ali Baba, en oubliant l’essentiel : travailler.
Nous sommes très fiers du port altier des Sénégalais et de la grâce des Sénégalaises, les plus belles femmes au monde, mais pas assez perspicaces pour comprendre que faire la queue est sûrement le moyen le plus rapide pour servir une foule. Les dépassements sur la route, en 3ème voie, les bousculades, altercations et autres comportements inciviques à l’ouverture de certains guichets ou dans les transports publics doivent nous inviter à revisiter les valeurs de «ce pays d’élégance et de bon goût». Une indiscipline que les Sénégalais ont d’ailleurs exportée hors de nos frontières. Demandez aux Sénégalais qui se sont rendus une fois en pèlerinage aux Lieux Saints de l’islam.
Le «je m’en foutisme», le «maa tey», le «kenn mòmuma» et l’inclination à braver l’autorité ont fini de devenir des marques de fabrique typiquement sénégalaises et d’entrer dans les banalités. Cette tragédie, puisque c’en est vraiment une, ne doit pas s’arrêter à une simple énumération macabre de nos insuffisances et de notre incurie. Pas plus qu’elle ne doit aboutir à une indignation passagère et fugace, avec une émotion qui va retomber aussi vite qu’elle était montée en puissance.
A la place d’incantations ou de propos moralisateurs, nous avons surtout besoin, de temps en temps, de paires de claques bien appuyées et bien senties, là où ça fait plus mal, pour nous rappeler que nous vivons dans une société organisée et que nous n’avons pas le droit de faire n’importe quoi.
Nos actes, attitudes et habitudes au quotidien que nous avons, chevillés au corps, sont plus inhibiteurs et bloquants dans notre marche claudicante vers le développement que l’impitoyable météo économique internationale. Il y a urgence à prendre conscience de nos propres tares que nous étalons au quotidien et qui renseignent en suffisance sur l’ampleur du «mal sénégalais» qu’il convient d’extirper de nos entrailles afin d’opérer ce «catharsis» salvateur qui va sublimer le Sénégalais et le débarrasser de ces oripeaux qui lui donnent un visage hideux.
Nous ne sommes pas si naïfs pour penser que ces péchés mignons de l’homo-senegalensis disparaîtront par un coup de baguette magique pour laisser place à l’éclosion d’un «Nouveau type de Sénégalais», porte-étendard de ce «Sénégal émergent» qui n’existe que dans les rêves des gouvernants actuels. Sans un supplément d’âme et une volonté ferme de changer pour de vrai nos comportements pour les mettre résolument dans le sens de la marche vers le progrès, toutes les velléités enclenchées ça et là ne seront que des coups d’épée dans l’eau. Nous connaissons bien nos propres tares qui nous plombent les ailes et nous empêchent de décoller. Mais par complaisance, laxisme, permissivité et irresponsabilité, nous faisons la politique de l’autruche, versons dans le fatalisme («ndogalou Yalla») ou dans l’angélisme («garawoul  leppay bakh») pour mieux cacher nos propres carences et éluder, avec lâcheté, nos propres responsabilités…jusque dans la tombe.

Pape SAMB – papeaasamb@gmail.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here