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L’implication des journalistes a été le maillon faible dans le projet «Acteurs culturels et médiatiques en Afrique : Moteur !», organisé par l’Institut Panos. Ce constat unanime soulevé hier lors du séminaire de Saly a permis aux participants d’évoquer le lien entre journalisme et activisme.
Phillipe Couve, ancien journaliste à Rfi (Ndlr : il a conçu l’émission Atelier des médias sur Rfi), aujourd’hui consultant à Samsa.fr, s’est demandé si les journalistes devenus le maillon faible du système ne doivent pas revoir leur façon de travailler ? «N’y a-t-il pas une remise en cause à faire chez les journalistes ? Les activistes ne doivent-ils pas se rapprocher des journalistes ? Doivent-ils remplacer les journalistes ? Ceux-ci, doivent-ils aller vers l’activisme ?», s’interroge à haute voix Philippe Couve.  Et pour répondre, l’Ivoirien Suy Kahofi affirme que journalisme rythme avec activisme. «Moi je ne dissocie pas le journalisme de l’activisme», a-t-il dit, précisant qu’un journaliste est toujours engagé pour une cause. Pour lui, le vrai problème, c’est que «les journalistes traditionnels, pour la plupart ne maîtrisent pas les Nouvelles technologies de l’information et de la communication». «Ils n’ont pas une connaissance de facebook, twitter… ne maîtrisent pas leurs usages à des fins de promotion de leurs écrits. Et donc, ces journalistes nourrissent un complexe technologique», a-t-il éclairci, ajoutant que la plupart des journalistes, au­jourd’hui «n’ont pas l’humilité d’aller apprendre l’utilisation de ces médias auprès des activistes».
Suy Kahofi, qui souligne l’importance de faire du journalisme citoyen, note toutefois que de plus en plus de journalistes créent aujourd’hui leur propre blog, parce que, avoue-t-il, «il leur est souvent difficile de dire ou d’écrire certaines choses dans leur média». Pour Kahofi, la création de ces blogs est une façon de faire de l’activisme tout en restant journaliste. «Le journaliste aujourd’hui ne doit plus rester dans son bureau. Il doit descendre sur le terrain et pratiquer autrement son métier… », a encore insisté M. Kahofi, précisant que dans nos pays africains, certains journalistes deviennent activistes et qu’il faut que les activistes se forment s’ils veulent pratiquer du journalisme.
Cette vision des choses, Tidjane Sy, journaliste et directeur de l’école de formation Ejicom, ne la partage totalement pas. Il explique qu’il ne faut pas créer de guerre-guerre entre blogueur et journaliste. «Un journaliste n’est pas forcément un activiste», mentionne-t-il rappelant qu’en tant que journaliste, il informe l’opinion de ce qui se passe et que cela ne fait pas de lui, un activiste. «Les journalistes qui ne font pas de l’activisme ne sont pas forcément en retard», analyse Tidjane Sy, indiquant que c’est une question de choix. D’ailleurs, dans son entendement, «l’expression  journalisme citoyen est un piège à notre métier».
D’autres intervenants pensent que le fait que les journalistes soient quelque peu le maillon faible de la citoyenneté résulte non seulement de la non-maitrise des nouveaux outils, mais surtout de la compréhension des enjeux. «Les médias ont des limites. Que font-ils pour rendre leur travail plus accessible, plus visible ? Que font-ils pour créer l’engagement chez les journalistes ?…», se sont-ils interrogés, constatant avec regret que les médias traditionnels ne veuillent même pas investir dans ces nouveaux outils pour s’offrir une vitrine sur le monde.
Au final, les participants à ces échanges sont d’avis que le problème n’est pas forcément le journaliste, mais que les médias doivent se doter de ressources humaines et financières s’ils veulent rentrer dans l’air de la modernité. «Les journalistes n’ont pas encore pris conscience qu’ils ne sont pas sur un piédestal. Ils ne se rendent pas compte que les blogueurs les mettent sur un piédestal et qu’il faut qu’ils ré-interrogent leur pratique quotidienne…», a résumé Phillipe Couve.

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