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Le Centre culturel Blaise Senghor a tenu, en prélude à la célébration de la journée internationale du théâtre, une table ronde sur le thème «Des planches aux séries télévisées : parcours atypique du théâtre sénégalais». Invité à se prononcer sur le sujet, le comédien professionnel et acteur de séries télévisées, Ibrahima Mbaye Sopé, a soutenu que «la télévision tue le théâtre».

Aujourd’hui les acteurs du théâtre ne se voilent plus la face. Ils sont pleinement conscients qu’au Sénégal, le théâtre ne vit plus. Il est mort et enterré et cela depuis que les chaines de télévision ont commencé à leur ravir la vedette en diffusant des séries télévisées. «La télévision n’a pas commencé à tuer le théâtre, elle a déjà tué le théâtre sénégalais», a déclaré Ibrahima Mbaye Sopé, lors de la table ronde organisée vendredi dernier par le Centre culturel Blaise Senghor en prélude à la Journée mondiale du théâtre célébrée ce lundi 27 mars. Ce comédien professionnel, n’y est pas allé du dos de la cuillère. Il a fait le constat amer qu’au Sénégal les gens considèrent le théâtre comme un produit de luxe, ce qui fait qu’ils ne sont pas trop portés à suivre du théâtre sur scène. «Pour regarder une pièce de théâtre sur scène,  il faudrait aller jusqu’ à Sorano, payer un ticket, prendre un taxi…Et les gens ne sont pas dans cette dynamique». «Pour eux, il faut surtout du temps pour suivre du théâtre sur les planches», a regretté Ibrahima Mbaye Sopé.
La télévision ne facilite pas non plus les choses, croit-il savoir. «Au lieu de faire tout cela, les gens préfèrent rester chez eux se disant ce qu’ils vont voir à Sorano, ils peuvent désormais l’avoir chez eux. Ils ne sont donc plus obligés de bouger. Ils restent dans leur salon, la femme à coté, prennent leur tasse de thé et consomment ce qu’ils considèrent comme du théâtre». Cette situation de l’avis de Mbaye Sopé, «tue le théâtre». Encore qu’au Sénégal insiste-t-il, les gens n’ont pas véritablement la culture du théâtre joué sur scène. «Ce théâtre, ça ne les  intéresse pas, d’autant qu’ils le considèrent comme un symbole d’aliénation, une activité héritée des «Toubab»»,  analyse ce comédien formé à l’Ecole  nationale des arts. Il interpelle alors sans sourciller: «tant que ces considérations resteront an­crées dans la mentalité des Sénégalais le théâtre sénégalais en souffrira toujours».

Le secteur très porteur des séries télévisées
Cette diagnostique du 4e art établi, Ibrahima Mbaye Sopé en tant qu’acteur de la série Wiiri Wiiri, dit être bien placé pour comprendre la ruée des comédiens vers les séries télévisées. A la lueur de ses propos, l’on comprend que l’époque des téléfilms de 1h 30 minutes passant chaque mardi sur le petit écran est complètement révolue. «Maintenant les gens allient business et travail, et choisissent de récolter 10 sponsors avec une série de même pas 20 minutes, que de faire un téléfilm d’1h 30 minutes avec un seul sponsor. Et, s’il s’agit d’une production jouée à Sorano, il n’y a même pas de sponsor», fait-il savoir, soulignant que pour ces raisons, «Les séries télévisées sont donc très prisées par les hommes de théâtre, au sens où ils leur offrent un double gain, un gain de temps et un gain d’argent». Une chose que l’acteur de théâtre, Ibrahima Mbaye trouve salutaire.
«On est arrivé à un stade où le monde a évolué, les choses ont changé, les gens n’ont plus le temps de rester et de consommer des heures et des heures un produit de théâtre. Il faut s’adapter. C’est comme cela que cela fonctionne», fait-il comprendre à son assistance. Quid des animateurs, mannequins, chanteurs, lutteurs, ceux là même qu’on appelle les nouveaux types de comédiens et qui envahissent le 4e art et les séries télévisées ? Bien qu’il soit un comédien professionnel, Ibrahi­ma Mbaye Sopé, soutient que cela ne l’a jamais dérangé. Bien au contraire, il estime, qu’un produit, il faut aussi savoir le vendre. «La télévision, le cinéma, ce sont des images. Si quelqu’un voit un animateur, un lutteur, qu’il aime bien jouer un rôle, il peut dire, tient je le sponsorise. Maintenant, c’est à nous comédiens professionnels de montrer la voie et de mériter notre place». Pour restructurer le secteur du théâtre, le producteur Oumar Sall tend la perche aux comédiens qu’il invite à collaborer avec les maisons de production afin de mieux vendre leurs produits. Le président de l’Association des artistes et comédien du Théâtre sénégalais (Arcots-Pikkine), Layti Fall a lui, prêché l’humilité. «Ces nouvelles stars des télés doivent y aller avec beaucoup d’humilité», a-t-il metionné.
aly@lequotidien.sn

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