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Ils étaient nombreux à venir saluer la mémoire du défunt sécretaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), Aboubacry Mbodj. Foule bigarrée d’anonymes et d’officiels, ils ont marqué de leur présence l’adieu à un homme juste, épris du souci d’humanité dans ce bas monde.

Lieu habituel des adieux officiels aux personnalités publiques dits levée du corps, l’arrière de l’Hôpital Principal de Dakar frissonne d’un léger vent sec à l’entame de cette fin de journée dakaroise. Il vient soulager le front de ceux qui n’ont trouvé d’ombre ou de place pour s’épargner des rayons perçants du soleil. Ceux-là comme tous les autres sont venus pour Abou­bacry Mbodji. Lui, c’est celui qui jusqu’à sa disparition du monde des vivants la semaine passée, veillait aux destinées de la Raddho (Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme) même depuis son lit d’hospitalisation parisien. Abou­bacry Mbodj aurait sans doute aprécié en philosophe de formation qu’il était de voir l’aéropage d’officiels venu marquer de sa présence l’estime que la société sénégalaise lui portait. Et c’est sans doute avec une ironie délicieuse, qu’il aurait aprécié la présence d’une délégation de Karim Meïssa Wade ou encore l’oraison funèbre prononcée au nom des partis politiques par Madické Niang. Du reste, c’est dans ces moments que la Nation se rassemble au-delà des combats menés pour la défense des justes causes. L’ex-pouvoir était donc là tout comme le nouveau à l’instar de Moustapha Diakhaté, présent à l’arrivée du corps à l’aéroport, témoignant de l’assistance de l’Assemblée nationale et de celle de la présidence de la République dans la prise en charge de son hospitalisation. S’il ne devait en manquer qu’un, c’était lui, Alioune Tine, son prédecesseur à la tête de la Raddho, mais Aboubacry Mbodj ne lui en tiendrait pas rigueur, car empêché par une mission en dehors du territoire national son compagnon continue de mener le combat des droits humains, un combat que Aboubacry savait par expérience sans répit. Du­rant 1h30, les divers hommages se sont succédé, hommage de la famille, de la belle-famille, de celui de ses voisins, de celui d’adoption la société civile, des familles omarienne et mouride jusqu’à celui du seul diplomate présent l’ambassadeur de Pales­tine. Au moment où le soleil entamait son déclin, le fracas des voix et des chaises qui viennent clôre ces cérémonies a laissé place au brouhaha des amis contents de se retrouver là. Seul restait le mutisme du groupe des femmes réuni derrière le pupitre et qui d’un bout à l’autre de la cérémonie est resté sans voix.

Sidiki Kaba salue l’«infatigable militant»
Le ministre de la Justice, au nom du gouvernement, s’est déplacé pour venir saluer au nom de la Nation la mémoire de Aboubacry Mbodj. Il a cité d’emblée André Marlaux (sic) : «C’est la mort qui transforme la vie en destin.» Pour Sidiki Kaba, le destin du défunt était celui d’«être un infatiguable militant des droits de l’Homme». Affirmant que «tout en respectant les codes de sa société, il était un citoyen du monde qui se conjuguait à l’universel en particulier pour défendre toute humanité ba­fouée», le Garde des Sceaux a souligné que la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen constituait son bréviaire l’aidant à ne jamais se départir de sa capacité d’indignation.
bdavid@lequotidien.sn

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