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Le président de l’Association des maires du Sénégal revendique une révolution dans l’allocation de ressources aux collectivités territoriales. Pour lui, l’action publique est plus efficace quand elle est territorialisée.

Aliou Sall a salué l’augmentation sensible des ressources allouées aux collectivités territoriales à travers le Fonds d’équipement des collectivités locales et les Fonds de dotations aux communes. Cependant, «cette évolution même exponentielle de ces ressources» n’est pas ce qui importe, d’après le président de l’Association des maires du Sénégal (Ams). A l’image de ce qui se fait dans l’énergie par une révolution du solaire, le maire de Guédiawaye souhaite une dans le domaine de la décentralisation. «Jusqu’ici très franchement, il y a une grande hésitation de la part de l’Administration à s’engager davantage dans une répartition des ressources favorables aux collectivités territoriales», s’indigne le maire. Il s’exprimait hier, en marge d’un atelier de partage sur la réforme de la patente, le guide pour la mise en place de commissions fiscales et le modèle de contrat de performance entre la direction des Impôts et domaines et les collectivités territoriales. «Dans chacune de nos discussions avec les techniciens, quand nous réclamons plus de ressources fiscales, ils évoquent le déséquilibre des finances pu­bliques», ajoute-t-il. Pourtant, précise M. Sall, ces pairs ne cherchent pas à s’emparer des ressources de l’Etat. «C’est pour faire en sorte que les compétences qui nous ont été transférées soient assumées correctement», défend le président de l’Ams. L’édile de Guédiawaye d’affirmer qu’il s’agit d’aller vers la mise en œuvre de l’esprit de l’Acte 3 de la décentralisation qui est essentiellement la territorialisation des politiques. «Nous ne comprenons pas qu’à ce jour encore, pour construire une petite salle de classe d’une commune dans le département de Goudiry, que la confection, l’appel d’offres et le paiement se passent à Dakar. Ce n’est pas raisonnable», fustige-t-il. M. Sall ne comprend pas non plus que pour l’achat d’un véhicule, qu’un maire soit obligé de lancer un appel d’offres pour 600 véhicules qui tarderont à se matérialiser. «C’est compliqué, alors que si la ressource avait été affectée au maire, il allait avoir le loisir d’acheter le véhicule qui convient à son territoire, au relief, au climat et tout», estime-t-il. Pour lui, dans certains aspects, «l’action publique est plus efficace quand elle est locale, territorialisée». Il ne fait pas ce plaidoyer auprès du chef de l’Etat qu’il sait «très convaincu», mais auprès de la haute administration, des hauts fonctionnaires à qui il dit, pour les rassurer, que le maire au Sénégal a changé et qu’il n’est plus juste cet agent social. «Le maire est très préoccupé par son bilan. En plus, les populations sont devenues très éveillées et surveillent ce qu’il fait tous les jours. On a de plus en plus de mécanismes de contrôle de tout ce qui est fait au niveau local.» Aussi, les profils des maires ont évolué. Pour lui, le contexte est favorable au partenariat entre les collectivités territoriales et la haute administration dans le sens de faire un grand bond en avant. Mais aussi vers une vraie territorialisation des politiques publiques. Et pour cela, les élus, par sa voix, demandent au secrétaire général du ministère de l’Economie qui a présidé l’atelier d’être leur interprète auprès de Amadou Ba, «mais aussi auprès de vos collègues du ministère des Finances qui sont les champions de la rigueur, mais qui doivent comprendre que c’est dans le partenariat que l’action publique qui nous interpelle tous est plus efficace».
Réagissant à l’appel de Aliou Sall, le Sg du ministère de l’Economie, des finances et du plan a confirmé qu’il n’est plus envisageable de mettre en œuvre et de réussir les politiques publiques sans plus de transferts en termes de compétences et de ressources aux collectivités locales qui sont «plus que des opérateurs, des acteurs à la base». «On ne peut pas envisager aujourd’hui une mise en œuvre réussie du Pse, si on ne transfère pas plus de ressources, de compétences d’autant plus comme vous l’avez dit, les profils des maires ont évolué», avoue Cheikh Tidiane Diop. Etant donné que les collectivités locales sont une continuité de l’Admi­nistration centrale, M. Diop est convaincu de l’importance d’aller vers les contrats de performance Etat-collectivités locales engageant les parties sur des objectifs en donnant aux collectivités territoriales conséquemment de moyens.
ksonko@lequotidien.sn

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