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Directeur de publication du quotidien Walfadjri, Abdourahmane Camara s’est éteint dans la nuit du samedi au dimanche. Il est mort en restant fidèle au journal de Sidy Lamine Niass, décédé également il y a un an. Depuis sa sortie du Cesti en 1982, Camou, comme l’appellent les intimes, n’a travaillé que pour Sidy Lamine Niass. Joints par téléphone hier, des anciens collaborateurs et un reporter qu’il a encadré ont salué le professionnalisme de l’homme.

Il est resté fidèle à Walfadjri jusqu’à la mort. Directeur de publication du journal, Abdourahmane Camara est décédé dans la nuit du samedi au dimanche, au Maroc où il avait été conduit pour des soins. Son nom est associé à jamais au journal L’Aurore en français. Décédé à l’âge de 65 ans, Camou, comme l’appellent les intimes, a en effet connu le bébé né en 1984 qui a d’abord été un mensuel, puis un hebdomadaire avant de devenir un quotidien jusqu’à ce jour. Donc, entre le défunt et le journal, c’est 35 ans de relations.
Formateur au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), Jean Meïssa Diop a côtoyé le disparu pendant ses 27 ans de carrière à Walfadjiri. Et il retient de lui, dit-il, sa rigueur professionnelle, sa rigueur morale, sa rigueur dans l’expression. En fait, Camou tenait cette rigueur au français pour avoir fait des études de lettres à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Il intégra ensuite le Cesti d’où il est sorti comme diplômé de la 10eme promotion en 1982. «Avant la réunion de rédaction, on est stressé», a révélé Adama Coulibaly, journaliste-reporter à Walf depuis le 2 décembre 2013. Parce que le directeur de publication lisait le journal, page après page. Et il ne manquait aucun détail lors de la fameuse réunion quotidienne au cours de laquelle on critique le contenu du journal. Et, M. Coulibaly d’ajouter : «Il nous a poussés à être beaucoup plus sérieux dans ce que nous faisons. C’est un chef qui n’a jamais porté son habit de chef. Il était simple et généreux et était à l’écoute de tout le monde. Il veillait sur le journal, sur l’encadrement des jeunes journalistes. C’est une perte énorme, c’est le dernier rempart de Walf qui vient de partir.»
Jean Meïssa Diop, qui a été son compagnon durant des années, rappelle quant à lui, qu’ils ont relevé ensemble des défis pendant des moments difficiles après les vagues de départs qui avaient beaucoup perturbé la rédaction un certain temps. D’ailleurs, il se souvient d’un soir où ils étaient deux à boucler le journal. Et cela a duré, rajoute-t-il, les jours, les semaines, les mois qui ont suivi. Mais il rapporte également que «Camou, c’était un homme de conviction. Il était sincère dans son engagement pour l’avenir de Walfadjri. Je retiens également de lui l’image d’un croyant, d’un musulman fervent qui prenait la vie comme elle venait, très jovial et qui savait se mettre à la hauteur de n’importe qui». Jean Meissa Diop témoigne aussi que son imposant carnet d’adresses et ses relations avec les hommes politiques ont valu des richesses à Walfadjiri.
Le journaliste Tidiane Kassé aussi a partagé des moments de sa carrière professionnelle avec le défunt. Pour lui, M. Camara a été l’un des professionnels les plus pointus au Sénégal, doublé d’une humilité. Il faisait avant le recrutement d’un correcteur, se remémore-t-il, le travail de relecture des papiers, remettait les articles en forme. Mais surtout, il était un journaliste qui était attaché au principe de la véracité des faits. Kassé, co-auteur avec le disparu du livre intitulé «Assassinat de Me Sèye : enquête sur un complot», un ouvrage qui traitait de l’affaire Me Babacar Sèye, vice-président du Conseil constitutionnel de l’époque assassiné le 15 mai 1993, au lendemain de la publication des résultats des élections législatives de la même année, raconte une anecdote parmi mille autres : «Walf avait donné une information qui n’était pas tellement bien vérifiée, qui n’était très véridique. C’était pendant le conflit entre le Sénégal et la Mauritanie en 1989. On avait écrit que l’Armée mauritanienne avait bombardé Ourossogui (Ndlr : ville située au Nord du pays), il y avait un obus qui venait de la Mauritanie et qui était tombé sur le Sénégal. En fait, ce n’était pas Ourossogui qui a été atteint mais un village à côté de Ourossogui. On a écrit cela et, le lendemain, les gens nous ont un peu rectifiés. Et on a décidé avec Camou que ce numéro, on n’allait pas le laisser sur le marché, il fallait le retirer du marché. On a fait un communiqué à la radio Rts pour dire que Walf ne sera pas vendu, parce que l’information que nous avons donnée n’était pas une information vérifiée, n’était pas réelle.» Et tout a été retiré comme décidé par l’ensemble de la rédaction avant d’être incinéré. Et d’ajouter : «C’est quelqu’un qui était vraiment pointu dans le respect des faits. Je l’ai souvent entendu se chamailler avec des jeunes journalistes qui étaient avec nous, qui avaient l’habitude de mêler commentaires et faits. Ce pourquoi il combattait, c’était de ramener les gens aux faits.»
Le corps de M. Camara est attendu à Dakar demain avant son inhumation prévue le lendemain, mercredi.

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