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Il a entendu «Repos, mon capitaine !», «Repos mon commandant !», «Repos, mon général !». Il était aussi au repos après une carrière militaire couronnée de barrettes. Et depuis hier, le général de bri­gade Amadou Abdoulaye Dieng, c’est un repos éternel. Ce natif de Saint-Louis est décédé à l’âge de 86 ans. Dans l’ombre des chefs d’Etat, le capitaine des années «70» sert d’abord sous Léopold Sédar Senghor dont il fut l’aide de camp jusqu’en 1974. Dans les premières années de Abdou Diouf, il prend le grade de colonel et est propulsé en 1983 à la tête du commandement de la zone militaire sud dans un contexte chauffé par le Mouve­ment des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc). Il est alors l’homme sur qui Diouf compte pour mater la rébellion. En 1988, il devient chef d’état-major de l’Armée de terre, puis sous-chef d’état-major général des Armées du géné­ral Mama­dou Mansour Seck. Ayant fait ses marques dans cette zone «conflictogène», il devenait l’homme de la situation. Un passionné. «Ça a été un moment intéressant et palpitant», confiait-il à l’Aps.

Crise casamançaise : «Prendre des mesures radicales
fortes ou lâcher le morceau»
Par la suite, le général Dieng est nommé gouverneur de la région de Ziguinchor. On dirait un «Monsieur Casamance», terme qu’il n’aime pourtant pas entendre. Et il l’a fait savoir lorsqu’il recevait, il y a quelques années, la Médaille d’honneur de l’Armée de terre au camp Dial Diop. «La fonction de ‘’Monsieur Casamance’’ revêt un caractère politique. (…) Ce n’est pas notre travail, je ne me vois pas dans ce rôle. Ce que nous pouvons, c’est conseiller les jeunes et les encourager. J’étais en fin de carrière. J’ai été choisi pour rétablir l’ordre et l’autorité de l’Etat. Ça a été difficile au début, mais avec la participation des uns et des autres et la bonne volonté des populations, nous avons réussi à rétablir la sécurité», disait-il. Amadou Abdoulaye Dieng faisait partie de ceux-là qui théorisaient la méthode du bâton d’abord avant la carotte pour résoudre la crise casamançaise. «Il n’y a pas trente-six mille solutions pour faire revenir définitivement la paix en Casamance. Un Etat, c’est une autorité qui doit imposer des solutions. Il faudra donc donner encore à l’Armée plus de moyens, mais aussi des instructions. Si on demande à l’Armée de faire revenir la paix et qu’on leur laisse faire leur boulot, normalement, selon les chartes de l’Etat, la paix reviendra en Casamance en moins de trois mois. C’est en ce moment seulement que l’Etat pourra discuter tranquillement avec les rebelles pour que la paix revienne dans cette région du Sénégal qui ne peut rester qu’une région du Sénégal. (…) Le gouvernement doit, soit prendre des mesures radicales fortes pour régler le problème ou bien lâcher le morceau», avait déclaré le général Dieng en février 2010, dans L’Observateur.

La parenthèse de l’Onel
Le général Amadou Abdoulaye Dieng, c’est aussi l’homme que Diouf avait choisi pour diriger l’Observatoire national des élections (Onel), ancêtre de la Commission électorale nationale autonome (Cena). Le président de la République d’alors ne pouvait plus souffrir des élections contestées comme celles de 1993. Et les Législatives de 1998 étaient le véritable test de confiance pour l’opposition qui ne veut plus de l’organisation des élections par le seul ministre de l’Intérieur. Alors, Diouf concède la création de l’Onel, mais ça ne suffit pas. Il faut une personnalité neutre ou présumée comme telle pour superviser le processus. L’ère de la «militarisation de la vie politique» arrive avec un général à la Place Washington (Lamine Cissé) et un autre (Mamadou Niang) à la tête de l’Onel. Résultats : l’opposition s’offre une percée honorable avec plus de 20 députés pour le Pds, 11 pour l’Urd de Djibo Leyti Kâ. Le général Niang est ainsi l’homme qu’il faut pour les candidats à la Présidentielle de 2000. Mais à un an de celle-ci, Diouf a préféré nommer Niang comme ambassadeur du Sénégal en Guinée Bissau. L’opposition y avait vu une «sanction». Mais Adrien Thouvenel-Avenas, dans son mémoire L’alternance politique au Sénégal : 1980-2000, Université Sorbonne Paris IV – Master 2, 2007, rappelle que les textes de l’Onel disposaient «qu’après chaque fin d’élection, les membres composant l’observatoire sont invités à quitter leur poste». Diouf choisit donc un autre général à la retraite, Amadou Abdoulaye Dieng, en l’occurrence. L’opposition se braque et accuse le pouvoir de miser sur un homme «partial», à la limite un «militant». Elle l’accuse d’avoir, par le passé, animé un «mouvement de soutien en faveur de la réélection de Diouf». Sous la forte pression de l’opposition, Diouf recule et choisit le magistrat Louis Pereira de Carvalho. C’était la parenthèse Dieng pour l’Onel.
hamath@lequotidien.sn

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