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Le père de la littérature ivoirienne s’est éteint ce samedi à Abidjan. Agé de 103 ans, Bernard Dadié laisse à la postérité plusieurs œuvres littéraires majeures dont «Le pagne noir», «Climbié» ou «Un Nègre à Paris».

Le doyen des écrivains africains s’est éteint ce samedi dans une clinique de la capitale ivoirienne. Agé de 103 ans, Bernard Dadié est né le 10 janvier 1916 à Assinie dans le Sud de la Côte d’Ivoire. Pendant la première partie de sa vie, il a connu la colonisation. Il a étudié en Côte d’Ivoire à Grand Bassam, puis à Bingerville. Après, il est devenu écrivain au Sénégal. C’est dans ce pays qu’il intègre l’Ecole normale William Ponty où il écrit des scénarios. Assémien Déhylé (1936), le plus connu des scénarios qu’il a écrit, est l’histoire d’un village avant la colonisation. De retour en Côte d’Ivoire en 1947, il passera deux ans en prison avant d’exercer après l’indépendance du pays en 1960 plusieurs fonctions au sein de l’Administration de Félix Houphouët-Boigny. Grand Prix littéraire d’Afrique noire, premier Prix James Torres Bodet de l’Unesco, romancier, poète, dramaturge, Bernard Dadié a passé toute sa vie au service des arts et de la culture.
C’est aux environs de 4h du matin que Bernard Dadié, déjà très affaibli des suites d’un Accident vasculaire cérébral (Avc), est pris d’un malaise, puis admis dans une clinique privée d’Abidjan avant de s’éteindre vers 14h. «C’était un homme discret et digne. Ces derniers mois, il vivait dans une forme de stoïcisme», a confié son neveu Joseph Anoma à Jeune Afrique. L’écrivain, qui a été un membre actif de la Rda au Sénégal jusqu’en 1947, devient ensuite un activiste et participe à la création du mouvement de la Négritude. Il travaille pour l’indépendance avec le Parti démocratique de la Côte d’Ivoire, et en 1950, il est emprisonné pour ses efforts. En prison, M. Dadié écrit son Carnet où il s’adresse à la lutte africaine.
«Le temps ne tient jamais compte de ce qui se fait sans lui», écrivait-il dans Un Nègre à Paris, paru en 1959 aux éditions Présence africaine. Plus tard, en 1965, Patron de New-York lui vaut le Grand prix littéraire d’Afrique noire alors qu’il se forge une carrière au sein des hautes sphères politiques ivoiriennes. Mais nombre de ses écrits sont également à inscrire au rang de l’excellence littéraire : Le Pagne noir – Contes africains (1955), Un Nègre à Paris (1959), Les voix dans le vent (1970), Monsieur Thôgô-Gnini (1970) ou les poèmes du recueil La rondes des jours (1956). Avec ses publications, Dadié a créé un nouveau genre de littérature africaine qui s’appelle les «Chroniques». Elles sont les études des autres cultures et ce sont des efforts de préserver ces cultures. Les poèmes Dans tes yeux et Je vous remercie, mon Dieu (tirés du recueil La Ronde des jours 1956) montrent les croyances de Dadié qui a beaucoup d’espoir pour l’avenir.
Bernard Dadié, qui a été le tout premier ministre de la Culture de Côte d’Ivoire, est resté constant dans son engagement politique jusqu’au soir de sa vie. Amoureux de l’Afrique, de ses cultures et de ses traditions, il va s’évertuer tout au long de sa carrière à mettre en lumière le continent dans ses écrits. Ironie du sort, la semaine prochaine paraît en Côte d’Ivoire un ouvrage intitulé 100 écrivains rendent hommage à Dadié aux éditions Eburnie. «Bernard Dadié est le symbole des lettres ivoiriennes, le symbole de la résistance littéraire, le symbole du non», lance l’écrivain ivoirien Josué Guebo, ancien président de l’Asso­ciation des écrivains de Côte d’Ivoire, qui a participé à l’écriture de ce livre. «Il s’est opposé à la colonisation comme à la néo-colonisation.»
mamewoury@lequotidien.sn

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