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«Un seul être vous manque et tout est dépeuplé», Alphonse De Lamartine
On ne l’a jamais pris à défaut : une mise toujours bien soignée, une silhouette parfaite dans des costumes sur-mesure impeccablement bien coupés. Sa fidélité au poste et à l’Etat, sa longévité et sa constance dans la haute Administration et les très hautes sphères de la République illustrent à merveille les qualités de cet infatigable et grand serviteur de la République. Le ministre Bruno Diatta, chef du Protocole de la présidence de la République, est de la race des preux chevaliers servants.
De 1976 à 2018, Bruno Diatta, rappelé à Dieu le vendredi 21 septembre 2018, était au service de la République et de son Protocole. Dans le cabinet du ministre des Affaires étrangères de l’époque (Assane Seck), il attire l’attention du premier Président du Sénégal indépendant, Léopold Sédar Senghor. Il rejoint le Protocole de la Présidence, sous la tutelle de Monsieur Cheikh Lèye, promu ambassadeur du Sénégal en Allemagne, deux ans après l’arrivée du prodige Bruno Diatta. Depuis et jusqu’à son dernier souffle en service commandé, l’ancien de Van Vo (actuel Lycée Lamine Guèye) et de Sciences Pô Toulouse (France) est le patron du service de Protocole de la présidence de la République du Sénégal.
Dans son travail, ses méthodes, son organisation et son style, le diplômé de l’Ena mettait d’accord tout le monde. Avec sa mort, il a plus que jamais réuni les cœurs et réconcilié la Nation avec elle-même. Ainsi, rarement un homme d’Etat n’a fait l’unanimité autour de sa personne.
Bel esprit de bon serviteur, il possédait les rares qualités de la courtoisie, de la cordialité, d’intégrité et d’humilité. Brillant et séduisant, Bruno Diatta a incarné le sens élevé et vertueux de l’Etat, ainsi que l’affirmation de sa laïcité dans l’abnégation, le dévouement et le raffinement.
Dans ce contexte mondial de lanceur d’alerte ou de délateur, Bruno Diatta était un modèle et un cas d’école à offrir tant sa tenue, sa retenue et sa réserve de haut fonctionnaire au cœur de l’Etat n’ont jamais souffert de la soif d’orgueil et de gloire de héros autoproclamés, prompts à mettre à nu la République. Bruno Diatta était convaincu que les «Etats sont perdus» quand leurs serviteurs, dans le secret des Dieux, se mettent à déballer. Là-dessus aussi, il n’a jamais été pris à défaut. Sa langue n’a jamais fourchu.
Dans la galaxie des chefs de Protocole, il est un «Special One» et une force intérieure jamais éprouvée en public. Il a toujours été là, dans sa constance, dans les temps forts et fleuris de la vie de la République comme en période de secousses politiques. On a tous l’impression que le service du Protocole était vide, tellement Bruno se confondait avec celui-ci de par sa constance. Au Sénégal et en Afrique. En Europe et en Asie. Aux Amériques et dans le Pacifique. Et partout, sur les tribunes du monde et dans les concerts des Nations où se joue le destin du Sénégal. Sans faiblesse inutile, sans cruauté coupable, il déroulait altier et adroitement les normes du Protocole d’Etat, assimilé et devenu son quotidien. Partout dans l’incarnation personnifiée de l’Etat, il était là, sa personne se confondant même avec l’emblème du Sénégal, ici comme ailleurs.
Le Protocole chevillé au corps et à l’esprit, l’homme a toujours repoussé ses limites. Jusqu’au grand soir du vendredi 21 septembre 2018, à l’heure de la dernière limite des choses : la mort. Sans Protocole. La mort suite à un malaise chez lui. Au moment où le chef de l’Etat Macky Sall, juste après son décollage, a décidé de bon cœur d’atterrir à l’aéroport Léopold Sédar Senghor, du nom du Président qu’il a commencé à servir en 76, comme adjoint, puis titulaire depuis 1978. Les vingt ans durant du règne de Abdou Diouf, Bruno Diatta était là. Quand le Président Abdoulaye Wade est arrivé en 2000, il l’a accompagné. Avec le Président Macky Sall, il a toujours été au rendez-vous. Jusqu’à son dernier souffle.
Il s’en est allé en pouvant dire, peut-être seul, que depuis 40 ans, nul, mieux que moi, ne connaît la solennité de l’Etat, ses secrets, ses gaietés, ses lambris dorés et feutrés, mais aussi les mystères et les ombres de la République. Bruno Diatta, une tombe vivante, reposera désormais dans une tombe, emportant ses secrets.
Né en 1948, il a vécu 70 ans. On aimerait l’avoir encore avec nous. Mais on ne dira pas que sa vie est un roman à moitié lu. Mission remplie, Monsieur le ministre ! Et la Nation tout entière vous rend le salut que vous lui avez toujours donné, par le biais de la représentation, à travers donc les Présidents que le Peuple sénégalais s’est toujours choisi et que vous avez servis, loyalement et dans la paix.
Par conséquent, un tel homme au sens noble du devoir mérite les dignes hommages de cette Nation. Cet homme et cet homme d’Etat mérite tous les honneurs de la République car, comme dit-on, pour beaucoup recevoir, il faut beaucoup donner. Lui, Bruno Diatta, a tout donné à la République, lui qui est tombé sur le champ d’honneur. Une telle figure ayant servi sous quatre régimes, quatre présidents de la République, mérite tout de la Nation. C’est l’écho général des Sénégalais qui souhaitent en chœur que les 3 chefs d’Etat sénégalais encore en vie lui offrent un inédit hommage vivant et vibrant. Et offrent au Peuple sénégalais un cliché inédit de ces instants historiques de ferveur et de recueillement que seront ses obsèques.
Puissent son expérience et son œuvre inspirer ses successeurs et servir de cas d’école pour les diplomates à venir ou encore en service ! Et à toute la jeunesse. Qu’il repose en paix ! Quand, comme il est de rituel dans sa confession, le prêtre dira à son enterrement : «Seigneur, nous te confions celui que nous aimions tant.»
Babacar DIOP – laroudiop@yahoo.fr

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