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La faucheuse a encore frappé. Le grand musicien Cheikh Tidiane Tall a rendu l’âme hier, des suites d’une longue maladie. Instrumentiste, claviériste, la guitare il savait bien la jouer, mais en plus, il était un grand arrangeur. Professionnel de plus de 40 ans d’expérience, il a travaillé avec de nombreux artistes sénégalais. Mais son amitié avec la diva de la musique traditionnelle, Kiné Lam est connue de tous. Le rappel à Dieu de ce «maestro», a plongé dans la tristesse les acteurs de la musique. Ses amis et anciens collaborateurs, ont porté témoignage sur un homme généreux, un monument de la musique, quelqu’un qui maitrisait son art mieux que quiconque.

Par Mame Fatou KEBE

L’année 2017 s’annonce déjà triste pour les artistes musiciens, après la disparition il y a deux mois à peine, de Abdoulaye Mbaye, c’est au tour de Cheikh Tidiane Tall, le grand instrumentiste et soliste du groupe Xalam 2, de prendre congé. Il a quitté ce monde hier, suite à une longue maladie qui l’avait retenu au lit depuis son retour de la Mecque. Guitariste, claviériste, arrangeur et producteur à la fois,  Cheikh Tidiane a eu à travailler avec pas mal d’artistes, parmi lesquels Kiné Lam, avec qui il a noué un long compagnonnage, dont est né l’album Balla Aissa Boury.
Il y a aussi Fatou Guewel pour qui il a arrangé Cheikh Ibra Fall, Dial Mbaaye pour Fa Wade Wélé, ou Coumba Gawlo Seck, avec Yomalé, entre autres.  Professionnel pendant plus de 40 ans, l’on sentait qu’il aimait vraiment coopérer avec les femmes musiciennes sénégalaises et avait même l’ambition de les aider à chercher à mettre sur pied un concept.
Né en 1946 à Dakar, l’homme a su se faire remarquer de par son talent, qu’il avait inné, mais aussi par ses collaborations avec certains ténors de la musique sénégalaise comme Youssou Ndour, Souleymane Faye, Idrissa Diop, entre autres artistes. Il  s’est très tôt lancé dans la musique. «Quand je jouais le grand Jimmy Hendricks et Eric Clapton, c’était en 1970. Ce que je joue en ce moment, je savais le faire avant 1970», avait-il dit dans un entretien avec un média de Dakar. Ce qui justifierait notamment la maitrise de ce qu’il faisait avec la guitare, il savait bien la jouer et personne n’en a jamais douté. Cheikh Tidiane Tall ou «le maestro» comme on aimait l’appeler, fut également membre  de Xalam 1, un orchestre fondé en 1965 par Pr. Sakhir Thiam, puis du Sahel en 1972.  En 1975, avec ses amis, il sort un album de six titres. Mais le groupe éphémère n’aura vécu que trois ans, et en 1978, c’est la scission. Deux ans plus tard, l’opinion apprendra que Cheikh Tidiane Tall et Idrissa Diop étaient emmenés aux Etats-Unis par Jules Sagna de la Radio Sénégal pour enregistrer avec des musiciens cubains, l’album Orchestre Cheikh Tall et Idrissa Diop en 1980, dont une version mbalax/jazz/pop du folklore sénégalais existe.
Après 15 ans, le groupe mythique sénégalais Xalam 2 reprend vie en 2015, avec la sortie de «Waxati», un nouvel album «plus aéré, avec des harmoniques plus longues, mais fidèle à leur style «afro-jazz», fusion de rythmes du terroir sabar, mbalax, musique mandingue, musique peul, bougarabou et sahourouba diols, ndioup sérère…, jazz, rhythm’n blues, funk, jive sud-africain, et sonorités brésiliennes. Deux singles seront extraits de l’opus, «Kombitala» et «Nderaan», assurent les commentateurs.

Témoignages… Témoignages… Témoignages…

Henri Guillabert, claviériste à Xalam 2 : «Un grand dans la musique»
« Un grand homme généreux. Nous au niveau de Xalam, il nous a guidés dans notre progression dans la musique. Cheikh Tidiane a toujours été le grand frère dans la musique, il n’a jamais lésiné pour aider quelqu’un dans la musique. Il a été un grand dans ce qu’il faisait. Tout ce que l’on peut en ce moment, c’est de prier pour lui.»

Papis Konate, pianiste : «On a un profond respect»
«Je suis en studio en ce moment, et on vient juste de m’appeler pour m’annoncer la nouvelle. Mais malheureusement ce ne sont pas des blagues, il est décédé des suites d’une longue maladie, depuis son retour de la Mecque. Ce que je peux dire, c’est que je l’ai connu depuis ma jeunesse. En ce moment-là, il jouait avec mon père Madi Konaté. C’était-il y a longtemps ; en tout cas, je n’étais pas encore musicien. Vraiment, nous on ne peut que prendre leur exemple, c’est un très grand musicien. Parce que nous, je veux dire toutes les générations qui ont suivi, on a un profond respect pour des hommes comme lui. Il a fait quelque chose que personne n’a encore fait dans la musique sénégalaise. Mais c’est dommage que les gens attendent souvent la mort de quelqu’un pour savoir ce qu’il valait. Pour moi, il a terminé tout le livre de la musique. Parce que je l’entendais souvent avec Kiné Lam, en ce moment-là je ne l’avais pas encore approché, mais avec les grandes dames de la musique sénégalaise qu’il aidait à travers la musique traditionnelle. Mais il était bien aussi en salsa, piano. C’était extraordinaire. Un grand musicien vit mal quoi, ils ne sont pas très connus. Vraiment c’est un monument qui est parti avec des connaissances. »

Guissé Pene, acteur culturel : «Il aimait partager son savoir»
«C’est une perte que tout le Sénégal partage par l’œuvre incommensurable et immense que Cheikh Tidiane Tall a laissée. C’est un artiste complet, il joue de la guitare, du clavier et fait des arrangements. On sait qu’il a fait rayonner l’espace musical sénégalais de la contribution des femmes, en commençant par la première femme qui a eu à diriger un groupe, Kiné Lam. De xalam1 à Xalam2, par ses qualités d’arrangeur, Cheikh Tidiane n’a fait que faire rayonner la musique sénégalaise. C’était l’homme disponible, il était généreux, il aimait partager son savoir, il aimait aussi partager avec sa famille. Moi j’en sais quelque chose, parce que, en dehors des collègues on était d’abord des cousins, c’est mon oncle, je lui étais très proche par le lien familial, mais aussi parce que nous partageons le même espace musical. C’est une grosse perte, la musique vient de perdre un grand homme qui était malade. Nous partageons ces moments avec les Sénégalais et les acteurs de la musique. »
Zeynoul Sow, président de l’Association des acteurs de l’industrie musicale (Aim) : «C’est une grosse perte pour l’humanité»
«C’est un monument. Durant toute sa carrière, il a fait de superbes productions, et d’arrangements, il a travaillé avec tous les ténors de la musique sénégalaise. C’était aussi le secrétaire chargé à la formation de l’Association des acteurs de l’industrie musicale (Aim). C’est dire que c’est un homme de valeur, un homme de culture qui vient de nous quitter là. Vraiment une grosse perte pour le milieu de la culture sénégalaise, pour l’humanité aussi. C’est vraiment dommage. Nous sommes tous attristés.»
Stagiaire

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