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El Hadji Alioune Badara Diagne Golbert a rendu l’âme vendredi à l’hôpital régional de Saint-Louis. La nouvelle est tombée tel un couperet dans la matinée aux environs de 9 heures et s’est répandue comme une traînée de poudre partout au Sénégal. Cette disparition subite a plongé Saint-Louis dans l’émoi et la consternation. Le Sénégal perd un de ses plus illustres fils, mais Saint-Louis a perdu son emblème, son plus grand défenseur, son deuxième totem, son ambassadeur plénipotentiaire, bref son ange gardien.

C’est un monument qui vient de s’écrouler. La grande faucheuse est encore passée par-là. Et comme d’habitude, elle a frappé par surprise et durement. C’est en effet au moment où l’on s’y attendait peut-être le moins que El Hadji Alioune Badara Diagne Golbert a tiré sa révérence, à l’âge de 79 ans, dans sa ville natale, là où tout a commencé un 2 novembre 1941, jour de sa naissance. L’enfant de Balacoss est parti à jamais, mais son œuvre restera gravée dans la mémoire collective. Golbert est mort. Le Golbert de Saint-Louis est mort, le Golbert du Sénégal est parti. Saint-Louis et le Sénégal garderont certainement pour l’éternité de lui le souvenir d’un homme affable, courtois, généreux et valeureux qui aura marqué son époque. Le Sénégal pleure en ces moments de doute et de questionnement  un de ses plus illustres fils, un citoyen modèle qui a su se forger une notoriété qui a largement dépassé les frontières nationales.

Le parcours atypique d’un homme multidimensionnel
Apprenti technicien à radio Saint-Louis, de 1963 à 1966, Alioune Badara Diagne de son vrai nom a réussi à gravir tous les échelons, devenant tour à tour animateur, technicien, journaliste reporter, rédacteur en chef, chargé des Programmes, directeur des Programmes et directeur de la station régionale de la Radiotélévision sénégalaise à Saint-Louis de 1966 à 1996, année de sa retraite. Cette période a  marqué la vie de Golbert Diagne qui, parti de rien ou presque, a occupé d’importantes positions dans le milieu de la presse. Reporter sportif, chroniqueur, reporter et animateur d’émissions radiophoniques, il a partagé des plateaux avec les plus grands journalistes et communicateurs de notre  pays, parmi lesquels Doudou Diène et Abdoulaye Diaw. Il a couvert les plus grands événements sportifs de notre pays et du continent africain et participé au cours de sa riche carrière à plusieurs stages de formation dans les domaines de la réalisation en radio, en management à Washington, un stage de formation à l’Institut national de l’audiovisuel de Paris (Ina), un stage d’encadreur de journalistes à Niamey et en  management et perfectionnement des radios à Cologne, en Allemagne. Ses nombreux voyages à l’étranger pour des formations et séminaires lui ont également permis d’acquérir des connaissances plus approfondies dans le domaine de la communication et une expérience avérée qu’il a mise à contribution pour finalement acquérir une notoriété non seulement au niveau local, mais aussi national. Ses reportages passionnés et passionnants lors de différentes visites de chefs d’Etat et autres autorités à Saint-Louis et ses envolées dans ses reportages sportifs sont encore gravés dans la mémoire des Saint-louisiens et des Sénégalais.
De fil en aiguille, il réussit à devenir l’un des meilleurs journalistes reporters du Sénégal. Mieux, par la force des choses, il devient de manière informelle l’un des plus grands formateurs de reporters au Sénégal. Avec la radio Téranga Fm, il forme en effet plusieurs dizaines de reporters dont la plupart occupent de hautes responsabilités dans des rédactions. Parmi ces derniers, on peut citer Bougane Guèye Dani, président directeur général de D-média, son fils Malal Junior Diagne, Alioune Fall, ex directeur de publication de L‘Observateur, Ben Makhtar Diop de la 2stv, Mouhamed Naby Sylla, correspondant de la Rfm à Saint-Louis etc.
En 1996, alors qu’il avait pris sa retraite, Golbert Diagne, qui déjà s’était fait remarquer pour son amour viscéral pour la ville de Saint-Louis, décide de ne pas abandonner la communication. Avec le soutien de son ami le président de  la République de l’époque, Abdou Diouf, il bénéficie d’un financement du Fonds de promotion économique pour ouvrir à Saint-Louis la radio Téranga Fm, première radio privée installée à Saint-Louis. Cette radio, il en fera une tribune pour Saint-Louis.

Ambassadeur
plénipotentiaire
de Saint-Louis
Alioune Badara Diagne Golbert sera en effet, durant toute sa vie, un défenseur et même un protecteur de la ville de Saint-Louis, ville qui l’a vu naître et pour laquelle il aura sacrifié toute sa vie. Son micro en bandoulière, il a en tout temps et en toute circonstance pris la défense de cette ville qu‘il adulait. Son fameux slogan «Deuk si deuk bi défar deuk bé ka gueune» (il vaut mieux être utile à sa ville que de s’en réclamer) a fait le tour du pays. Golbert était en effet prêt à se battre et à braver tous les dangers pour défendre les intérêts de Saint-Louis dont il était en quelque sorte l’ambassadeur plénipotentiaire. Il n’hésitait pas, à la première occasion, de porter les doléances de la ville devant les autorités. En véritable avocat, il sillonnait les rues pour recueillir les préoccupations des populations dans les quartiers les plus reculés pour ensuite les étaler à la place publique dans son émission «Ndar ragn», une émission interactive qui se déroulait tous les jours de la semaine, sauf le vendredi, et qui lui permettait d’attirer l’attention des autorités sur les problèmes récurrents de Saint-Louis afin que des solutions leur soient trouvées. L’amour de Golbert Diagne pour Saint-Louis, dont il était finalement devenu l’ange gardien, ne souffrait d’aucun doute. «Je ne vis que pour cette ville. Ceux qui la combattent devront d‘abord passer sur mon cadavre», avait-il l’habitude de dire.

Un grand homme de culture et un comédien hors pair
Golbert Diagne n’était pas seulement un as de la communication, c’était aussi un très grand homme de culture et un formidable comédien. C’est dans son enfance qu’il a commencé à jouer au théâtre, déjà à l’école élémentaire et dans la troupe théâtrale de son quartier. Plus tard, il intègre la troupe théâtrale de radio Saint-Louis qu’il a créée avec Daouda Guissé. Avec cette troupe, ils font du théâtre à la radio une réalité bien saint-louisienne. Mais c’est avec la troupe Bara Yeggo que ses talents de comédien hors pair vont éclater au grand jour. Avec Marie Madeleine Diallo, Daouda Guissé, Serigne Fall, El Hadji Mansour Seck et en compagnie d’autres artistes, ils tiennent en haleine le Sénégalais devant le petit écran. Personnage central de plusieurs téléfilms, Golbert se fait un nom dans le milieu de la culture et devient une célébrité et un formidable comédien dans tous les sens du mot. Après quelques années de passage à vide, il rebondit dans le théâtre populaire et joue quelques sketch lors de grands événements à Saint-Louis et tient des rôles dans des téléfilms comme Wiri avant d’arrêter à cause de son état de santé devenu fragile.
Même si son amour pour Saint-Louis avait fini de lier son nom à la mythique cité tricentenaire, Golbert était aussi un patrimoine national, une célébrité que tous les Sénégalais se faisaient le plaisir de rencontrer. Sa mort est donc une grosse perte pour le Sénégal, mais surtout pour Saint-Louis qui se sépare ainsi de son totem et de son ange gardien à qui certes elle n’a pu rendre un hommage populaire à la dimension de l’homme qui a été enterré dans la plus grande discrétion par sa famille, ses amis et ses proches collaborateurs, mais qu’elle portera pour l’éternité dans son cœur.

 

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