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A la retraite depuis 8 ans, Amadou Mbaye Loum est décédé hier à l’âge de 68 ans à l’hôpital Principal de Dakar. Le Quotidien avait rencontré en septembre 2012 ce journaliste chevronné pour lui permettre de partager ses trente ans d‘expérience journalistique. Oui, la carrière de Amadou Mbaye Loum a été riche en émotions, en découvertes et en enseignements. Ses souvenirs sont pour l’histoire le plus saisissant témoignage de sa carrière. Ils sont dans sa mémoire, ils ont forgé sa conscience. Il a toujours cru que le risque physique est parfois inhérent au journalisme et qu’il lui confère une partie de sa noblesse. Père d’un garçon qui vit aux Etats-Unis, Amadou Mbaye Loum a bourlingué en mettant sa vie en péril dans des zones de conflit. Liban, Liberia, Gambie…, Le Quotidien publie une dernière fois les notes de ce «reporter de guerre».

Vie et projets d’un nouveau retraité
«L’espace médiatique me man­que un peu. Pour ne pas être partisan, c’est l’espace médiatique de la Rts qui me manque le plus. C’est là que j’ai fait toute ma carrière. C’est mon premier et unique employeur. Sur un autre plan, il ne me manque pas parce que je regarde la télé, je lis les journaux, j’écoute la radio. Je suis toujours connecté à l’espace médiatique. De par mes sensations très fortes que j’ai eues au cours de ma carrière professionnelle, je me suis quand même reposé. Je réfléchis, j’ai dormi d’un sommeil du juste. Dans ma tête, je ne dors pas, je pense à faire des choses, à voir comment est-ce qu’il faudrait recadrer ou relancer une activité quelconque. Je pense surtout à faire de la production. Je voudrais la faire avec la Rts même si je n’exclus pas les autres télés. La priorité reste quand même la télévision sénégalaise. Je connais son mode de fonctionnement, les gens qui y sont, leur capacité de travail, leur compétence.
A mon avis, la Rts ne fait pas assez de production, les autres télés aussi. Si on écoute les radios et regarde les télévisions, on constate que s’il n’y avait pas de Wakh sa khalat, de clips, je ne sais pas ce qu’on aurait comme production. Est-ce que les gens iraient dans la vallée du fleuve Sénégal ou bien au Sénégal oriental voir ce qui s’y passe ? Que chacun dans son cadre d’activités aille faire de la production plutôt que de la politique. A Kédougou, on parle de l’or et de ses retombées. J’ai réfléchi, j’ai attendu deux, trois mois avant de programmer un reportage sur le fleuve Gambie qui traverse le territoire sénégalais sur plus de kilomètres que le territoire gambien. Les terres sont fertiles. Il ne faut pas que les gens là soient obnubilés par l’or. Je suis allé voir les campements touristiques, les champs de coton, j’ai montré qu’en dehors de l’or, les jeunes de Kédougou peuvent s’appuyer sur d’autres choses. Il faudrait que les gens fassent de la production. Au lieu de parler, il faut montrer. Et on verra par exemple dans le Gouloumbou les terres neuves que Senghor avait créées en déplaçant des populations du Sine pour les amener derrière Tambacounda. C’est une grande zone de production de bananes malgré les difficultés de désenclavement, des pistes pour écouler les productions. Mais personne ne connaît cette localité alors que c’est une zone de production de bananes qui aurait pu satisfaire le marché sénégalais.

Responsabilité et défis de la Rts
Les gens ne pardonnent rien à la Rts. Pourtant, c’est à tort. Nous sommes un service public, on nous demande aussi d’aller à Ziguin­chor, Kédougou, Matam pour y faire des choses. Parce que nous avons un ministre de tutelle qui est de cette région, ou il y a un membre du gouvernement qui a sa base politique là-bas. Souvent, il s’agit juste d’une petite manifestation religieuse ou d’un match de football. Dans cette situation, les déclarations priment sur tous leurs aspects. Il faut qu’on arrête ça. La télé va déplacer des gens avec une équipe de quatre personnes au moins et payer les frais de mission pour revenir avec deux minutes de reportage. C’est vraiment ridicule, cela tue le service public. C’est vrai qu’il a besoin d’être financé, mais il faut que les tenants du pouvoir sachent que ce n’est pas par cela qu’on peut arriver à faire de la télé. Nous ne faisons pas ce que nous avons envie de faire, mais plutôt ce que les gens nous demandent de faire. Nous faisons ce que nous pensons pouvoir faire.
La Rts fait énormément de choses pour satisfaire les Sénégalais surtout en matière de sports. Aujourd’hui, on constate que des radios commentent des matchs de football en regardant ces rencontres sur la Rts. Franchement, ce n’est pas honnête. Je pense que le Synpics et les organes de régulation doivent se pencher sur cette question. Il faut assainir le milieu et le métier. Il y a des gens qui y sont entrés par effraction. Même s’il faut reconnaître que l’école n’est pas seulement le Cesti ou l’Issic, mais Le Soleil et Le Quotidien peuvent former de grands journalistes. Il faut respecter l’éthique et la déontologie. Aujourd’hui, la presse est le seul milieu où on peut trouver du travail. De ce fait, il faut encadrer les jeunes, les former et leur inculquer l’humilité.

Premiers pas dans le journalisme
J’ai obtenu mon diplôme de journaliste en 1976 au Cesti. J’ai effectué mon premier reportage dans la zone du Ferlo, à Yoly. En compagnie de trois agents (journaliste, preneur de son, un caméraman), un journaliste de la radio et un chauffeur. Au retour, nous avons fait un accident. Notre Volkswagen s’est retourné sur ses quatre roues et a fait un tonneau. Je n’avais même pas de frais de mission alors qu’on m’avait donné un simple ordre de mission. Cela m’a traumatisé. Je suis rentré à Dakar avec Ben Mady Cissé (secrétaire d’Etat à la Promotion humaine). Ce fut une année difficile. En compagnie de trois autres camarades (Yves Jacques Sow, Babacar Fall, Dg de Pana Presse, Yves Hawounou), nous avons été «recrutés». On nous a proposé de faire des magazines et d’être payés à la pige à raison de 10 mille francs Cfa pour chaque magazine. On s’y est mis. Entre-temps, Babacar Fall est parti en France, Yves Hawounou est rentré au Bénin. Avec Yves Jacques Sow, nous faisions tous les dimanches un magazine sur l’actualité internationale, le jeudi on faisait un magazine sur l’actualité nationale. Alors qu’à l’époque, la Rts avait privilégié les présentateurs de télé. Nous étions jeunes, mais nous avions un autre regard sur l’actualité. Les responsables ont commencé à nous payer parce qu’au bout d’un mois, on arrivait à avoir 100 mille francs Cfa alors que les salaires de l’époque n’étaient pas très élevés. On nous a finalement dit : «Non, non ! On vous fait un forfait de 52 mille francs Cfa.» Nous avons accepté d’être engagés sous ces termes même si c’était la croix et la bannière. Mais on râlait aussi tout le temps.
Le jour où nous avons rencontré le Président Senghor pour la première fois, on nous avait convoqués au Palais. Ce jour-là, le ministre Daouda Sow et Djibril Ba (Dg de la télé) nous ont accueillis en nous disant à l’entrée de la salle d’audience, devenue présentement la salle du Conseil des ministres : «Vos problèmes sont réglés.» C’est comme ça que nous avons été engagés en 1977. Nous avons pourtant perdu un an à travailler pour la télé avec une rémunération faible.

Voyages avec Senghor
C’était en 1978. Djibril Ba m’a appelé pour me dire que le Président Senghor devait voyager. Il m’a demandé de couvrir l’événement en France. Voyager avec le Président, c’était un prestige même si Senghor était très exigeant. A l’époque, les gens ne faisaient pas confiance aux jeunes sortis du Cesti. On nous taxait de communistes. Alors, à l’issue de la réunion que les autorités ont eue au ministère, elles ont dit : «Avec leurs jeans, ils ne peuvent pas accompagner Senghor.» Pourtant, j’avais commencé à présenter le journal télévisé.
Mais il n’est jamais aisé d’accompagner le Président Senghor. Djibril Ba est alors revenu du ministère tout malheureux. Il me dit : «La prochaine mission à l’étranger, ce sera pour toi.» Un de nos doyens à l’époque nous disait que lorsqu’ils avaient accompagné le Président Senghor aux Pays-Bas pour voir la Reine, ils étaient obligés de louer des chapeaux haut de forme et des habits parce que le Président était très exigeant en habillement. Senghor était un homme très particulier. J’ai fait avec lui des campagnes électorales. Une fois à Gossas, il chahutait Abdoulaye Wade en le caricaturant. Je me tenais devant, il dit en wolof avec son accent chantonnant parce qu’il était bègue. J’ai éclaté de rires dans ma juvénilité. Il s’est arrêté et m’a regardé. Senghor n’avait jamais souri en public. Il m’a fixé des yeux, je me suis dit que j’ai fait une gaffe. Mais quand tout le monde a rigolé, il a souri. A Joal, les vieux Sérères dansaient torse nu, avec des pagnes traditionnels qui leur arrivaient aux genoux. Il restait impassible. Ils ont dansé jusqu’à la tribune, ils lui ont ensuite donné une corne de bœuf. Je ne sais pas ce qu’il y avait là-dedans, mais Senghor l’a prise et l’a amenée avec lui.

Démission du Président Senghor
Ce jour-là, on est arrivé au Palais très tôt. On s’est mis au poste de police situé à côté de la résidence au Palais à 8h 20 minutes. J’ai vu le Président Senghor sortir avec un pantalon beige alors qu’il aimait s’habiller, lors des grandes cérémonies, en costume noir assorti d’une chemise blanche et d’une cravate. Il n’avait pas non plus peigné ses cheveux. Il passe devant nous pour aller au poste de sécurité. On se lève, mais il fait comme si de rien n’était. Vers 9h 25 minutes, alors qu’il devait faire sa déclaration à 10 heures, il est redescendu en costume. Il revient vers nous avant de dire «C’est les messieurs de la presse.» Comme s’il venait de nous voir. Après avoir parlé au gendarme préposé au poste de sécurité, il ajoute : «Ce n’est pas tous les jours qu’un président de la République démissionne en Afrique. L’événement mérite d’être attendu.»

Guerre du Liban
Ma première mission tombe malheureusement sur l’envoi du premier contingent de militaires sénégalais au Liban (1985). J’y vais sans même savoir ce qui m’attendait. Je prends un vol avec le lieutenant-colonel Mamadou Abdoulaye Dieng (général à la retraite). Après huit heures de vol, on débarque à Damas avant de quitter la ville à six heures du matin pour aller vers le Liban situé au sud de la Syrie. A l’époque, Mamadou Abdoulaye Dieng était lieutenant-colonel. Mais lors des missions, on met un galon électronique supérieur pour vous mettre aux normes des Nations unies. Ce jour-là, un colonel français lui a dit : «On embarque mon colonel.» Dieng répond au Français : «Où sont nos armes ?» Alors que le matériel était transporté par des Galaxy, les avions américains capables de convoyer des chars. Le colonel Dieng dit à ses hommes : «Il n’est pas question d’embarquer sans armes. Allez prendre vos armes avant qu’on embarque !» J’étais loin d’imaginer ce qui pouvait se passer. Il coupe le convoi en trois parties. On quitte, sa voiture reste derrière. On quitte Damas pour aller à Beyrouth.
Ce jour-là, il y a eu un accident entre un véhicule militaire sénégalais et un autre véhicule sans grands dommages. Ensuite, on est parti au Liban sud où on s’est installé dans la ville de Kahna. Après l’installation, il fallait effectuer des patrouilles pour faire la reconnaissance des lieux. Du côté des journalistes, il y avait Gaston Faye, Ma Kahna Magib Fofana et Momar Diongue du Soleil. Deux Jeep étaient partis, le premier est passé sans problème. Mais le deuxième a sauté sur une mine alors qu’il y avait à son bord un chauffeur commando et trois gendarmes sénégalais. Les deux gendarmes et le chauffeur commando ont été déchiquetés. La quatrième personne n’a eu que des égratignures. Quand on a ramené son corps avec ses talismans autour du rein, on devait l’évacuer au Pc des Nations unies. Quand les infirmiers ont débarqué par hélicoptère pour l’évacuer, ils se sont exclamés : «C’est quoi ça ?» Ils voulaient les enlever, mais nous leur avons demandé de les laisser avec lui. Nous avons eu trois morts ce jour-là. La nouvelle avait ému les Sénégalais. Nous avons filmé des images pour rassurer les Sénégalais, en leur disant que ces pertes peuvent subvenir dans les manœuvres à Dakar ou à Tamba. On prévoyait les probables pertes en vies humaines ou en matériels. On a déposé la fiche de perte à l’ambassade, dirigée à l’époque par le défunt ambassadeur Samba Ndiaye et trois gendarmes.
Ensuite, nous sommes partis à Tyr, au sud Liban. En allant dans notre cantonnement, nous sommes tombés dans une embuscade que les Palestiniens avaient tendue aux Français. Ils nous ont arrosés, les coups de feu venaient de partout. Le véhicule a été criblé de balles et il était même exposé à la Dcm vers la rocade du bat train. Le capitaine Nelson (général à la retraite), malgré qu’il soit le plus gradé, est descendu du véhicule. J’étais au milieu, le lieutenant-colonel Boubacar Ba Bebel était à droite, plus le chauffeur. Ce dernier est sorti pour demander à Nelson : «Qu’est-ce qu’on va faire ?» Il lui a répondu : «Du calme.» Le chauffeur est parti garer le véhicule, nous sommes allés nous retrancher. Finalement, il a reçu une balle dans le ventre avant de mourir sur le coup. On a finalement dormi chez les Palestiniens. Il y a avait une partie qui voulait nous retenir comme otages. Après des négociations, on a été relâchés.
En rentrant à la base sénégalaise, j’ai reconnu finalement un chauffeur. Il s’appelait Ernest Ortalla. Quand je faisais Cesti-matin, il y avait un tangana que l’on fréquentait, qui était contigu à son garage. Je lui ai demandé : «Jeune homme, comment t’appelles-tu ?» Il me répond : «Ernest.» Nous avons mangé ensemble, il nous a déposés. Au retour, il avait ramassé les débris d’une bombe à fragmentation. Il est mort. C’est une expérience qui m’a beaucoup marqué. Sur le coup, je m’étais dit que ça arrive aussi. C’est en 1998-1999 en Guinée-Bissau que j’ai compris.

Opérations Fodé Kaba 1 et 2
En 1980, l’Armée sénégalaise était intervenue pour gérer une mutinerie qui était survenue en Gambie. C’était l’opération Fodé Kaba 1, suivie plus tard de Fodé Kaba 2. Le Président Daouda Diawara, qui est parti au sommet de l’Oua, puis à Londres au mariage de Lady Diana et du prince Charles, a été déposé par Kukoy Samba Sagna. Je pense que c’était plus une rébellion qu’un coup d’Etat. A l’époque, il y avait des soldats appelés Field forces. Ce sont ces paramilitaires qui sont allés donner aux prisonniers des armes pour rejoindre leur cause. Après cet incident, l’avion de commandement est allé prendre Diawara à Londres. A Dakar, il a été logé dans l’aile Est du palais de la Répu­blique.
En 1981, il y avait deux Korité célébrées vendredi et samedi. J’ai travaillé le vendredi et j’ai présenté le journal du samedi. Vers 18 heures, Pathé Fall Dièye (Dg de l’époque) est passé me trouver : «Loum, on va aller enregistrer le message de Diawara au Peuple gambien à la Présidence.» On est parti au Palais. Après quelques minutes, Djibo Kâ (ministre de l’Information) est venu avant de dire après quelques discussions : «Diawara doit faire un message.» Je lui ai rétorqué : «Est-ce que Diawara peut rassurer les Gambiens à partir de Dakar en leur disant que la situation est sous contrôle ?» Il m’a demandé ce qu’il faut faire. Je lui ai dit qu’il faut faire la déclaration en Gambie. Il réfléchit avant de me demander si je suis prêt à y aller. En bon chahuteur, il lance : «Tu es encore jeune. Pathé Fall Dièye et Pape Racine Sy vont y aller. S’ils meurent, on ne perdra rien.»
Le lendemain matin, on me réveille pour me dire qu’une équipe de la télé m’attendait. On me dit que Diawara rentre et que je dois partir avec lui en Gambie. A Banjul, Diawara est hébergé à l’ambassade du Sénégal. Il a dormi même dans le bureau de l’ambassadeur (Mbaye Mbengue) sur un canapé. On lui a finalement apporté un lit picot des militaires. Après, on a libéré les otages et ouvert un corridor à Kukoy qui est parti avec huit de ses compagnons en Guinée-Bissau.

Couverture casamançaise
Lors d’une mission en Casa­mance en 1993, on m’avait dit qu’il faut qu’on fasse un débat parce qu’on ne pouvait plus nier l’existence de la rébellion. Je suis parti, en passant par Banjul, puis à Ibinakoye. De là-bas, on a pris un guide pour aller à la forêt de Diakaye. C’était le Pc de Kamougué Diatta dont le nom à l’état-civil est Souayibou Diatta. Il nous a demandé à moi, Belly Sy, Lamine Sow, Mamadou Seck nos numéros de téléphone et adresses. Le lendemain, je suis rentré à Dakar. A dix heures, on me dit que le débat est donné. Est-ce que Kamougué Diatta ne pouvait pas penser que j’étais venu pour l’espionner ? Il avait une section de gens habillés en uniforme avec casques comme des militaires.
En 1995, j’ai vu un livre dans lequel on relatait l’enlèvement des Français qui avaient disparu. J’ai constaté aussi que seules les chaînes françaises traitaient de cette question. Je suis parti sur les lieux avec une équipe avant de rencontrer le feu colonel Abdou Sely Niang qui était chef des opérations. Entre-temps, il avait déplacé son Pc d’opération de Ziguinchor à Oussouye. Il m’a demandé de partir. Au retour, je suis tombé sur une embuscade. Heureusement, des blindés de l’Armée sont venus à notre secours.

Bissau 1998
En 1998, j’ai interrogé le Président Joao Bernardo Vieira. Lors de cette interview, il avait une saharienne au collet, avec une gourmette en or. Après l’interview, je lui ai dit : «M. le Président, vous êtes en guerre. La prochaine fois, enlevez la gourmette avant l’interview parce que vous semblez tutoyer les gens.» Pourtant la radio Bom­bolong, appartenant au camp de Ansoumana Mané, a dit que Vieira avait fui. Je lui ai fait faire le tour de la ville avec mon caméraman. Il est sorti faire le tour de la ville avec son pistolet automatique pour prouver aux populations qu’il n’a pas fui, comme le prétendent certains. J’ai vu des gens casser des postes radios qui captaient les radios sénégalaises qui avaient annoncé la fuite de Vieira.

Expérience libérienne
Le Liberia a été une expérience particulière parce que j’ai vécu des choses inimaginables en compagnie du chef d’état-major général des Armées, (général Mamadou Seck), le colonel de l’Armée de terre et de l’air (Ousmane Ndoye). Bref, les grands chefs de l’Armée. On est allé voir Charles Taylor à Gbanga. On négocie le dégagement des troupes sénégalaises qui étaient au nombre de 1 500 hommes. A l’arrivée, j’ai interviewé Charles Taylor. Ce jour-là, l’Armée sénégalaise allait être décapitée en rentrant à Dakar. Elle a failli subir une très grosse perte : intendance, matériel, santé, génie, Armée de terre, Armée de l’air. On décolle de l’aéroport de Saint James Spirit de la banlieue de Liberia. Mais le train arrière gauche pète ainsi que la jante arrière. C’était un capitaine qui pilotait. Le général était pilote, le chef d’état-major aussi. On atterrit à Dakar alors que l’aéroport était fermé. Il y avait des ambulances et des sapeurs-pompiers tout autour. J’ai eu peur ce jour. Le commandant de bord a manœuvré pour atterrir. Il était prévu qu’il y ait de la mousse sur la piste pour éviter des étincelles qui pouvaient faire exploser l’avion. Le général Mansour Seck m’a dit : «On va aller faire Ndiambour Cissé dans la région de Kaolack et plateau final à Gniby vers Guinguinéo.» Il parlait et je faisais semblant de l’écouter. Il poursuit : «Il faut aller voir après le colonel Ousmane Ndoye pour savoir comment vous allez coordonner cela. Vous avez une question ?» Je réponds : «Oui ! Mon général, comment on va faire pour atterrir ?» Il me dit : «Il n’y a pas de problème.» Finalement, l’avion a atterri sans problème.

Palais de Buckingham
La guerre des Malouines (avril et juin 1982) opposait l’Argentine et l’Angleterre. Les îles Malouines, réclamées par les Britanniques, étaient situées au sud de l’Argentine. Il faut savoir que l’Angleterre comme la France n’ont pas la possibilité de faire de longues distances. A moins qu’elle n’ait une aéronavale (des bateaux pour transporter des avions). Les Anglais étaient alors obligés de faire relâche ici. La base de Dakar avait été un point de relâche pour l’Armée britannique. A un moment donné même, l’eau minérale se faisait rare parce que les Bri­tanniques en achetaient beaucoup. Si l’Angleterre a gagné la guerre des Malouines, c’est grâce à la position de relais qu’elle avait avec la base de Dakar. Quand l’Angleterre a remporté cette campagne, le Président Diouf a été invité à un voyage d’Etat. Dans son agenda, la reine n’en a accordé que trois fois dans l’année, surtout à des souverains. En 1988, elle a invité le Président Diouf à une visite d’Etat. Londres m’a impressionné, surtout son organisation. Juste après notre arrivée à la gare Victoria, avant la venue du Président, on a vu le train arriver. C’était incroyable. Le timing est exceptionnel. Dès que la porte du train s’est ouverte, la Reine a serré la main de Abdou Diouf. Ils ont pris des carrosses. On nous avait prévenus que dès que le carrosse est aperçu, on exécute l’hymne du Sénégal. Avant d’enchaîner avec God save the Queen. Dans les normes, le carrosse devrait s’arrêter dès que l’hymne s’achève. Cela s’est passé exactement comme ça. Lors de cette visite, le Président Diouf a aussi souffert du port de la redingote (pantalon gris raillé) à cause de sa taille. Mais la reine Elizabeth lui a fait un privilège extraordinaire, en lui demandant de mettre un blazer et un pantalon gris. C’était la première fois qu’elle faisait une dérogation à ces rè­gles.»

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