PARTAGER

La triste nouvelle a fait le tour du Sénégal culturel avant-hier nuit et hier au réveil. Le décès de l’artiste peintre, sculpteur et installateur Ndary Lô a ému tout le monde. Il était une valeur sûre de l’art contemporain africain. Le «Maître du fer», comme l’appelaient affectueusement ses pairs, a connu une carrière particulièrement remplie, avec plusieurs distinctions sur le plan national et international.

Le sculpteur Ndary Lô sera l’un des grands absents de la prochaine édition de la Biennale des arts de Dakar. L’artiste aux doigts en fer est décédé à Lyon, en France, des suites d’une longue maladie. Lauréat 2002 et 2008 du grand Prix Léopold Sédar Senghor à la Biennale des arts de Dakar, ce sculpteur né en 1961 à Tivaouane était un habitué pour ne pas dire un incontournable de ce grand rendez-vous des arts. Ses œuvres étaient très attendues et appréciées aussi bien pour le «off» que pour le «in» du Dak’art. «Certains artistes travaillent avec le souci de la vente en tête. Je n’ai pas cette préoccupation, mais plutôt celle d’une femme qui porte un enfant», disait-il pour décrire l’amour qu’il a pour son art. En réalité, sa préoccupation première n’est pas de savoir si son bébé artistique (Ndlr, sa création) sera une fille ou un garçon, si le bébé sera beau ou laid, mais de l’enfanter. «C’est la force de l’expression qui m’intéresse», affirmait-il.
Son matériau de prédilection était le fer à béton. Mais Ndary Lô était également un peintre au trait très précis. D’ailleurs, il a eu des moments colorés, mais a toujours privilégié les tons sobres. Sur toile, il avait à l’époque figé des drapés donnant ainsi d’autres contours au tableau classique. De lui l’on retiendra qu’il a été «un artiste fasciné par la matière et les formes improbables». Grâce à son génie, des lampes à pétrole sont devenues des personnages. Le fer à cheval qu’il trouvait régulièrement au détour d’une rue à Rufisque est devenu le revêtement de nombre de ses œuvres. A tel point que les férus d’art estiment qu’il «a révélé autrement la matière sur ses formes filiformes en marche». «Plutôt épuré dans leur découpe de l’espace, d’une rare complexité dans leurs détails, son rendu sur fer révèle vide, plein, aspérité complexes, volumes gracieux…», commentaient les critiques d’art dans la Collection Une passion en couleurs de l’ancien ministre des finances, Abdoulaye Diop et de Fatoumata Sow.

Sa contribution à l’art contemporain africain
Ndary Lô, peintre, sculpteur et installateur fut un adepte de la théorie du «daptaïsme» (Ndlr, l’adaptation de la matière) et beaucoup reconnaissent sa marque de fabrique, sa griffe ou plutôt sa signature artistique à travers ses invitations à des voyages dans le monde de la marche : Marches décisives, marches toniques, longues marches… qui mettent en scène des hommes et des femmes fins et longilignes, rappelant les personnages du Sahel. «Debout ou assis, ses personnages pensent la vie, portent la vie et invitent au rêve et à la sublimation», mentionne-t-on dans l’édition d’août 2005 du trimestriel d’analyses et de réflexions sur les arts visuels, Afrik’arts. En réalité, l’artiste de 56 ans qui vient d’être arraché à l’affection des siens a marqué d’une pierre blanche son passage sur terre. Avec ses statues Hommes qui marchent, ces Hommes debout qui interrogent le monde, il a pu visiter le monde et contribuer de fait à une meilleure connaissance de l’art contemporain africain.
On sait qu’outre le Sénégal où il a fait ses débuts et où il a présenté plusieurs expositions, ses œuvres ont également habité les cimaises de prestigieuses galeries : c’est le cas par exemple de son exposition L’art en marche présentée au Musée Dapper à Paris en 2002. Chroniqueur de son époque, le défunt artiste, à travers ses œuvres, s’emparait de l’actualité comme on peut «s’emparer des mouches qui volent ou que l’on saisit au vol». «Si j’ai souvent recours à l’humour et l’exagération dans mon travail, c’est pour mieux communiquer, notamment avec les plus jeunes. Ils portent en eux l’Afrique et son histoire. Il ne faut pas la leur cacher. Elle ne peut que les aider à grandir», affirmait-il dans un entretien accordé à africulture.com

Grand Prix du chef de l’Etat pour les arts en 1999
Ndary Lô était aussi un artiste qui exhibait les passages de la vie. «Rien n’est arrêté, tout vit, tout change dans la marche de l’homme qui va de la naissance à la mort», défendait-il en bon disciple de la sagesse de Montaigne, lors d’une exposition à Dakar. Il précisait également ce jour-là : «Je ne peins pas l’être. Je peins le passage.» Des propos qui en disent long sur qui était réellement Ndary Lô et quel a été sa philosophie et son regard sur l’art. Il avait donc compris très tôt l’expression du visuel dans les arts visuels et cela lui a été très payant, car il a eu un parcours jalonné de distinctions. Après des études d’anglais, Ndary Lô avait en effet suivi une formation à l’Ecole nationale des beaux-arts de Dakar et a fait partie des figures de proue de sa génération. Outre le grand Prix Léopold S. Senghor de la Biennale de Dakar qu’il obtint en 2002 (Ndlr, avec son installation intitulée La longue marche du changement) et en 2008 (Ndlr : avec la Muraille verte, installation imposante composée d’une centaine de sculptures de fer et qui représente la lutte de l’homme contre la désertification), il a également été lauréat du grand Prix du chef de l’Etat pour les arts en 1999. Adieu l’artiste !
arsene@lequotdien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here